CAMEROUN :: Origine du terrorisme pré-indépendance en pays Bamiléké :: CAMEROON
© Correspondance : Clément W. MBOUENDEU, Gardien de la Mémoire | 30 May 2026 02:09:51 | 679Après sa randonnée au Cameroun Occidental, Jean Mbouendé retrouve son maquis de Kambo-Kekem en mars 1956. C’est l’ultime voyage.
Il faut se souvenir que L'Union des Populations du Cameroun (UPC) avait été interdite par un décret de l'administration française le 13 juillet 1955, mais ses activités légales continueront sous le label du BNKCPA (Bureau National Kamerounais du Congrès des Peuples Africains), dirigé au Cameroun par Tchoumba Ngouankeu Isaac.
Il faut également rappeler que sous maquis, Jean Mbouendé disposait d’un secrétariat dont le responsable s'appelait Moïse Moya, fonctionnaire à Bafang et qui venait clandestinement rencontrer le nationaliste dans son refuge en vue de consigner les résolutions des réunions, compiler les pétitions pour le comité directeur et pour la postérité.
L'administration coloniale après avoir "muselé" l'UPC, va donc tenter de la discréditer.
Elle va alors utiliser les anciennes figures de l’UPC pour créer le parti des paysans indépendants en 1956 en vue de sa participation aux élections législatives du 23 décembre 1956.
Il s’agit de Djoumessi Mathias, le fondateur, qui rallie l’UPC avec son association le Kumzse en 1949 et devient son premier président au congrès du mouvement nationaliste à Dschang en avril 1950 avant de retourner aussitôt sa veste en octobre 1950 sous la pression du pouvoir colonial.
Njiné Michel, pro-upeciste qui a bénéficié du soutien de Jean Mbouendé aux élections de l’assemblée territoriale du Cameroun(Atcam) du 30 mars 1952 dans la subdivision de Bafang alors que les listes de l’UPC étaient bannies dans tous les bastions du mouvement.
L’UPC étant constituée en majorité des paysans, le pouvoir colonial va refuser de mettre fin à l’interdiction de l’UPC originelle pour essayer de faire croire à l’opinion que le parti des paysans indépendants est le mouvement nationaliste.
Il va ainsi piéger l’UPC en refusant qu’elle participe aux élections législatives en tant que parti politique, et en acceptant les candidatures indépendantes.
Les dirigeants upecistes et plus précisément ceux de l’aile dure, vont décider plutôt de boycotter ce scrutin. Le comité directeur tenu à Kumba du 30 novembre au 02 décembre 1956 (en l’absence de Jean Mbouendé, encerclé dans ses plantations de Kékem et de Ruben Um Nyobé, retranché dans son maquis de la Sanaga Maritime et qui prônaient une participation aux élections) va entériner cette décision qui va balancer le mouvement dans une phase insurrectionnelle telle que le pouvoir colonial avait prévu.
Le CNO (Comité national d’organisation) voit ainsi le jour le 18 décembre 1956 et l’objectif premier est de boycotter le scrutin du 23 décembre 1956 en zone Bassa et Douala
Singap Martin reçoit l’onction de créer un mouvement similaire en pays bamiléké, au comité directeur de Kumba.
Ainsi voient le jour les disparités au sein de l’UPC avec le courant radical, constitué de Moumié, Ouandié, Kingué et autres, et le courant modéré comprenant Um Nyobé, Jean Mbouendé, Tchoumba Ngouankeu et autres qui privilégient la lutte politique à la lutte insurrectionnelle.
Le pouvoir colonial organise donc les élections législatives sans l’UPC. Le parti des paysans indépendants qui y prend effectivement part, obtient 09 sièges et forment ainsi un groupe parlementaire en février 1957 dont les membres sont :
Djoumessi Mathias, Kemajou Daniel, Njiné Michel, Djuatio Etienne, Emac Imatha, Kamga Joseph, Ngayewang, Wanko Samuel et Lagarde, parlementaire d’origine française.
Le pouvoir colonial vient ainsi de faire la répartition du nationalisme :
1/ les vrais nationalistes constitués de l’aile dure et de l’aile modérée de l’UPC (Union des Populations du Cameroun)
2/ les nationalistes institutionnels, vrais faux nationalistes créés par le pouvoir colonial pour semer la confusion en perpétrant des exactions pour mettre sur le dos de la vraie UPC en vue de la diaboliser.
3/ Des groupes opportunistes et insurrectionnels vont aussi voir le jour à travers les bandits, en pillage et règlements de compte nés des anciennes rancunes.
Les membres du parti des paysans indépendants descendent donc sur le terrain en pays bamiléké dès l’aube de 1957 et se présentent comme l’union des paysans du Cameroun(UPC). Ils ont donc repris les sigles de l’UPC, la vraie ((Union des populations du Cameroun) pour faire diversion et surtout pour traquer et assassiner les membres de l’UPC authentique.
Ce sont donc ceux-là qui commencent avec le terrorisme et l’aile dure de l’UPC riposte.
En 1957, Singap Martin met sur pied le Sndk(Sinistre National de la Défense du Kamerun) avec ses lieutenants comme Simo Pierre et Momo Paul, suivant les recommandations du comité directeur de novembre et décembre 1956. Ils répondent à la violence par la violence, ce qui fait le bonheur du pouvoir colonial. La lutte devient alors incontrôlable.
Les scissions apparaissent au sein du SNDK dès 1958 après l’assassinat de Pierre Simo. Momo Paul veut se mettre sur orbite, avec l’appui du pouvoir colonial pour affaiblir cette faction de l’UPC.
1959, la violence entre dans sa vitesse de croisière
Momo Paul devient un électron libre dès 1959 en s’opposant au leadership de Singap Martin.
Um Nyobé est assassiné le 13 septembre 1958 et l’aile dure de l’UPC prend définitivement le pouvoir.
Le comité directeur installé à l’étranger veut réorganiser la lutte insurrectionnelle et crée en mai 1959 l’ALNK (Armée de libération nationale du Kamerun) qui fédère le CNO et le SNDK. La Direction est confiée à Singap Martin.
Le pouvoir colonial prend cela au sérieux et infiltre rapidement le nouveau mouvement en promettant à ses leaders Singap et Momo de leur remettre le pouvoir à l’indépendance.
Le pacte est scellé et ils n’obéissent plus aux directives du comité directeur, mais se joignent plutôt aux troupes de l’Union des paysans du Cameroun, l’UPC factice, désagrégée aussi depuis cette année, pour semer la terreur en pays Bamiléké dans l’optique d’accuser la vraie UPC.
C’est dans ce contexte que l’indépendance du Cameroun français intervient le 01er Janvier 1960.
Le pacte colonial avec les désormais renégats (Singap et Momo) n’est pas respecté.
Ils s’affolent et deviennent plus agressifs. Le pouvoir colonial assassine Momo Paul en novembre 1960.
Le même mois marque l’empoisonnement de Felix Roland Moumié à Genève en Suisse.
Le comité directeur est désormais entièrement entre les mains d’Ernest Ouandié. Le désaccord entre Singap Martin et Ouandié qui reposait sur le contrôle, l’indiscipline et la recherche de l’indépendance de l’alnk par rapport au comité directeur, va amener Ouandié à rentrer clandestinement au Cameroun en juillet 1961 pour réorganiser la lutte désorganisée par l’opportunisme et qu’on a éloignée du but initial qui n’était pas d’assassiner, ni de piller.
Singap sera à son tour assassiné par son nouveau maître colonial en septembre 1961 et Ouandié va réorganiser la lutte autour de Mallam Défense David (David Kana), malheureusement les divisions instrumentalisées par le pouvoir colonial étaient profondes et rien n’était plus maîtrisable.
Il faut toujours se souvenir que Jean Mbouendé n’a appartenu à aucune de ces organisations paramilitaires.
Cas pratiques
Le pouvoir colonial a créé des organisations fantoches et entretenu celles qui existaient déjà avec pour mission de perpétrer des crimes, de voler et de violer pour mettre sur le dos de l’UPC authentique.
Des opportunistes vont aussi s'y joindre pour s'enrichir sous le prétexte de revendication de la souveraineté nationale.
En plus des nationalistes institutionnels, on le bloc Bamileké, vieille organisation regroupant la majorité des chefs traditionnels Bamileké et dirigé par le chef Bandjoun Kamga Joseph. On a aussi le groupe de Singap Martin et Momo Paul, nationalistes retournés, le mouvement de Jeunesse conduit à Bafang par Tchani Lucas, Famadeu Abel et Tchouamou Thomas.
Les vrais faux nationalistes ayant repris les sigles de l’UPC (Union des paysans du Cameroun) pour faire diversion, plusieurs personnes naïves vont y adhérer croyant pouvoir servir le nationalisme.
En fait le dessein caché était la traque aux vrais nationalistes en vue de les assassiner ou à les retourner.
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