CAMEROUN :: Créer une Chambre de Métiers comme levier de transition vers une économie formelle :: CAMEROON
© Correspondance : Louis Marie Kakdeu | 30 May 2026 03:32:01 | 595Dans l'actualité, le gouvernement veut suspendre la connectivité de 700 000 paisibles citoyens qui étaient sans histoire au moment d’acheter leurs téléphones, ce qui est invraisemblable. En effet, le gouvernement camerounais n’arrive pas à profiter du potentiel fiscal que représente le secteur informel, près de 90 % de la population active et environ 60 % du PIB.
Le gouvernement s’en prend mal : il choisit la répression ou la pression fiscale. Pourtant, si l'État venait à créer une Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA) autonome, non noyée dans la chambre du commerce actuelle (CCIMA), alors cette nouvelle institution deviendrait un levier stratégique majeur pour intégrer des millions d'acteurs dans l'économie formelle. L’INS évalue à 3,5 millions le nombre d’Unités de Production Informelle (UPI) susceptibles d’élargir à l’horizontal l’assiette fiscal du pays. Mais, le gouvernement choisi de traquer et de matraquer le pauvre citoyen qui ne recherche qu’une bouffée d’oxygène ou un secteur de refuge. A ce jour, le Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Économie Sociale et de l'Artisanat (MINPMEESA) a initié des comités de pilotage et des projets de décrets pour la création d’une Chambre Nationale des Métiers de l'Artisanat (CNMA) dédiée mais, toujours sans succès. Un lobby ultracapitaliste continue de maintenir l’artisanat au sein de la chambre des industries, ce qui est comparable à l’arrimage d’un vélo à un TGV.
La démarche actuelle est suicidaire : elle prive l’État de recettes fiscales indispensables et maintient des millions de travailleurs dans la précarité (absence de protection sociale, accès limité au crédit). Il faut y remédier !
Les politiques actuelles de formalisation par la seule coercition ou la fiscalité ont montré leurs limites. Lutter contre l’informel au Cameroun par la seule répression est une impasse économique et sociale. La création d’une Chambre consulaire offre une alternative inclusive. En transformant l'adhésion au secteur formel en un acte économiquement rentable pour l’artisan, l'État camerounais sécurise ses recettes futures tout en modernisant le tissu industriel à la base de son économie.
Quel est le problème qui se pose ?
Le secteur informel camerounais est dominé par l'artisanat de production, de services et de commerce de petite échelle (mécaniciens, couturiers, menuisiers, maçons, coiffeurs). Ces acteurs n’ont pas leur place à la chambre des industries et font face à trois obstacles majeurs qui les maintiennent dans l'informel : (1) Le coût de la formalisation et l'absence de bénéfices perçus dans la mesure où l’enregistrement est perçu comme une démarche bureaucratique lourde qui n'apporte aucun avantage immédiat, (2) L'exclusion financière dans la mesure où sans existence juridique ou comptable, les artisans n'ont pas accès aux crédits bancaires classiques pour moderniser leurs outils de production et (3) le déficit de compétences et de normes qui s’explique par le fait que l'apprentissage se fait sur le tas, sans certification officielle, ce qui limite la qualité des produits et exclut les artisans des marchés publics ou de la sous-traitance industrielle. En l’état, l’existence d’un ministère de la formation professionnelle est inopérante sans existence d’une chambre des métiers nécessaire à la structuration et à l’intégration des personnes formées.
Quel est le rôle stratégique de la Chambre de Métiers?
Une Chambre de Métiers et de l'Artisanat (CMA) n'est pas une simple administration, c'est un organisme public géré par des professionnels. Son but est de représenter, défendre et promouvoir les intérêts des artisans. Pour lutter contre l'informel, elle doit agir comme un guichet unique d'incitation. Contrairement aux centres des impôts perçus comme répressifs, la Chambre de Métiers est une institution de proximité, perçue comme un partenaire de développement. Elle offre un statut valorisant : celui d'Artisan Professionnel Enregistré.
Pour attirer le secteur informel, la Chambre de Métiers doit déployer une stratégie basée sur quatre piliers attractifs : (1) Ne peuvent avoir le passeport professionnel d’exercer librement le métier que les professionnels dont le nom figure dans le Registre des Métiers. L’inscription doit générer une carte professionnelle (numérique) qui donne droit aux avantages des autres piliers. (2) L'accès préférentiel à la commande publique. Promouvoir le « Made in Cameroon » en réservant des quotas dans les marchés publics. (3) Créer un système de Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) et de Certificats de Qualification aux Métiers (CQM). (4) Faire le couplage avec la protection sociale et le micro-crédit. L'inscription à la CMA doit ouvrir automatiquement le droit à l'assurance volontaire de la CNPS (retraite, couverture santé) et servir de caution morale pour l'obtention de micro-crédits d'équipement. La clé du succès réside dans la mise en place d’une fiscalité de transition. Il s’agit d’une espèce « d’Impôt Unique de l'Artisan », très faible au début, permettant d'habituer l'artisan à sa contribution citoyenne sans l'asphyxier (élargissement de l’assiette fiscale à l’horizontal : petit impôt, grand nombre de contribuables).
Labellisation « Made in Cameroon »
La chambre des métiers est levier qui permettra de structurer des labels de qualité par secteur au Cameroun en vue de permettre aux artisans formels de vendre plus cher et d'exporter leurs produits vers des marchés régionaux. En l’état, il est impossible pour l'État de dialoguer avec 3,5 millions d’UPI isolées. La Chambre des Métiers servirait de relais pour le respect des itinéraires techniques de production et des cahiers de charges ; elle organiserait le secteur en incitant les artisans d'un même quartier à se regrouper pour la mutualisation des ressources. Elle permettrait à ces groupes d'acheter des matières premières en gros (bois, ciment, tissus), de partager des machines coûteuses et d'occuper des espaces dédiés, comme les Villages Artisanaux développés par le MINPMEESA. La CMA permettrait surtout de cartographier précisément le tissu économique car, en délivrant une Carte Professionnelle d’Artisan, l'État disposerait enfin de statistiques réelles sur les métiers ; l’Etat pourrait ainsi mieux adapter ses politiques d'aide, de subvention et de formation professionnelle. Le Cameroun sortirait ainsi de la navigation à vue en matière de politique économique.
Je ne suis pas pessimiste pour mon pays et pour mon continent. Je suis en politique parce que je pense que des solutions alternatives existent. Il ne manque que la volonté politique. Dès que l’opportunité s’offrira, le Cameroun décollera. Et ce, dans sa diversité et avec tous ses enfants.
Louis-Marie KAKDEU, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National SDF
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