AFRIQUE DU SUD :: « Aucun Africain n'est illégal en Afrique » : le coup de gueule de Thuthukile Zuma :: SOUTH AFRICA
© Camer.be : Paul Moutila | 18 Jun 2026 18:11:51 | 1994Le 12 juin 2026, Thuthukile Zuma, fille de l'ancien président sud-africain Jacob Zuma, a déclenché un tollé en affirmant qu'« aucun Africain n'est illégal en Afrique », provoquant une vague de réactions indignées dans un pays où les tensions xénophobes atteignent leur paroxysme.
LE COUP DE TONNERRE VENU DE LA FAMILLE ZUMA
Elle est la fille de Jacob Zuma. Elle est militante politique. Elle est une voix qui compte en Afrique du Sud.
Et ce qu'elle a dit, le 12 juin 2026, a fait l'effet d'une bombe.
« No African is illegal in Africa. »
Pas d'Africain illégal en Afrique. Les Africains peuvent être sans-papiers, mais pas illégaux.
Thuthukile Zuma, 37 ans, la plus jeune fille de l'ancien président sud-africain et de Nkosazana Dlamini-Zuma, a posté cette déclaration sur son compte X. En quelques heures, le message a été vu, commenté, partagé, déchiré.
Car en Afrique du Sud, l'immigration est un sujet brûlant. Des milliers de personnes ont défilé contre les étrangers. Des Malawiens ont fui leurs foyers par crainte de violences xénophobes. Le parti MK de son père, Jacob Zuma, a soutenu ces marches.
Et voilà que la fille du leader du MK prend le contre-pied de son propre père.
La réaction ne s'est pas fait attendre. « Many South Africans are very angry and disappointed », peut-on lire sur les réseaux sociaux. Certains vont plus loin : « C'est parce que son père est un voleur ».
L'Afrique du Sud retient son souffle.
« Aucun Africain n'est illégal en Afrique » – le message qui divise
Le 12 juin 2026, Thuthukile Zuma a posté sur son compte X une déclaration qui allait enflammer la toile.
Elle y affirmait :
> « No African is illegal in Africa. If you believe that an African can be illegal in Africa then you are not a revolutionary. We must reject the notion of an illegal foreigner. Africans can be undocumented but they cannot be illegal. »
Traduction : « Aucun Africain n'est illégal en Afrique. Si vous croyez qu'un Africain peut être illégal en Afrique, alors vous n'êtes pas un révolutionnaire. Nous devons rejeter la notion d'étranger illégal. Les Africains peuvent être sans-papiers, mais ils ne peuvent pas être illégaux. »
Elle a ajouté que qualifier les migrants africains d'« illégaux » sape les luttes plus larges contre la pauvreté, le chômage et les inégalités structurelles.
« Chasser les étrangers ne résoudra rien »
Thuthukile Zuma ne s'est pas arrêtée là. Elle a enfoncé le clou :
> « If you could afford to live where u like, work where u like, take ur children to any school and afford to enjoy a family dinner at ur favourite restaurant, would you care that a Zimbabwean is ur waiter? »
« Si vous pouviez vous permettre de vivre où vous voulez, de travailler où vous voulez, d'envoyer vos enfants dans n'importe quelle école et de vous offrir un dîner en famille dans votre restaurant préféré, vous soucieriez-vous qu'un Zimbabwéen soit votre serveur ? »
Elle a également soutenu que même si tous les étrangers quittaient l'Afrique du Sud, le pays resterait confronté aux mêmes problèmes profonds : pauvreté, inégalités foncières et exclusion économique.
Selon elle, les inégalités raciales dans la propriété foncière et les ressources naturelles sont au cœur des maux du pays. La pauvreté, l'inégalité raciale et le chômage, et non la présence d'étrangers, sont les véritables défis.
Un défi à l'autorité de son père et à son parti
Le plus frappant dans cette déclaration ? Elle contredit directement les positions récentes de son père, Jacob Zuma.
L'ancien président, aujourd'hui leader du parti uMkhonto weSizwe (MK), a en effet soutenu les manifestations anti-immigrés qui secouent le pays. Il a notamment dénoncé le fait que des commerçantes sud-africaines ne puissent pas exercer leur activité à cause de la concurrence étrangère.
Thuthukile Zuma, elle, est une militante de l'ANC le parti que son père a quitté pour fonder le MK. Elle reste fidèle à l'ANC, tandis que son père mène une opposition frontale au parti au pouvoir.
Ce n'est pas la première fois que la famille Zuma affiche ses divisions. Mais sur un sujet aussi sensible que l'immigration, la fracture est particulièrement douloureuse.
Le contexte : une Afrique du Sud à fleur de peau
Les déclarations de Thuthukile Zuma interviennent dans un contexte de tensions xénophobes sans précédent.
Des milliers de Malawites ont fui leurs foyers en Afrique du Sud par crainte de violences. Les manifestations anti-immigrés, soutenues par le parti MK, ont rassemblé des foules considérables. Les manifestants accusent les étrangers de prendre les emplois et les opportunités économiques des Sud-Africains.
Le gouvernement sud-africain est critiqué pour son incapacité à contrôler les frontières et à gérer l'afflux de migrants sans-papiers.
Dans ce climat de tension, la voix de Thuthukile Zuma est perçue par certains comme un appel à la raison panafricaine, et par d'autres comme une trahison des intérêts sud-africains.
Les réactions : colère, déception et attaques personnelles
La réaction des Sud-Africains a été immédiate et souvent virulente.
De nombreux internautes ont exprimé leur colère. « Many South Africans are very angry and disappointed because of her statements », rapporte l'utilisateur. Certains ont lié ses propos au passé judiciaire de son père, le qualifiant de « voleur ».
Cette attaque personnelle reflète la défiance d'une partie de l'opinion publique envers la famille Zuma, entachée par les scandales de corruption qui ont marqué la présidence de Jacob Zuma.
D'autres, en revanche, ont salué son courage. Sur les réseaux sociaux, des voix panafricaines ont soutenu sa position, rappelant que les frontières héritées de la colonisation ne devraient pas diviser les Africains.
Une position qui divise au sein de la gauche sud-africaine
La déclaration de Thuthukile Zuma met en lumière un débat profond au sein de la gauche sud-africaine.
D'un côté, les partisans d'une ligne plus nationaliste estiment que l'État doit protéger les emplois et les ressources des citoyens sud-africains face à une immigration jugée excessive.
De l'autre, les tenants d'une ligne panafricaine rappellent que l'unité du continent est un idéal hérité de la lutte anti-apartheid. Ils soulignent que les Sud-Africains ont eux-mêmes été des exilés et des migrants pendant la lutte contre l'apartheid.
Thuthukile Zuma a d'ailleurs rappelé que son père, lorsqu'il était président, avait condamné les attaques xénophobes. Une continuité dans le discours, mais une rupture dans la pratique politique.
Les enjeux : l'Afrique du Sud à la croisée des chemins
Au-delà de la polémique, cette affaire soulève des questions fondamentales pour l'Afrique du Sud.
- L'unité africaine : les frontières héritées de la colonisation sont-elles encore pertinentes ?
- La xénophobie : comment lutter contre les violences anti-étrangers sans nier les difficultés économiques des Sud-Africains ?
- La justice sociale : la priorité doit-elle être donnée à la lutte contre les inégalités raciales et économiques plutôt qu'à l'expulsion des migrants ?
- L'héritage des Zuma : la famille Zuma, divisée entre ANC et MK, incarne-t-elle les contradictions de la politique sud-africaine ?
Thuthukile Zuma a posé des questions inconfortables. Elle a bousculé les certitudes. Elle a provoqué un débat que beaucoup voulaient éviter.
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