Cameroun : Issa Tchiroma porte plainte à Paris :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 13 Jun 2026 01:17:49 | 3723L’ancien ministre camerounais Issa Tchiroma Bakary vainqueur vraisemblable de l'élection présidentielle d'octobre 2025 a saisi le Tribunal judiciaire de Paris pour « crimes contre l’humanité », dénonçant la répression sanglante qui a suivi l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, et annonce une escalade devant les instances internationales.
Paris. Tribunal judiciaire. Une plainte pénale qui fait trembler Yaoundé.
Issa Tchiroma Bakary, figure politique camerounaise et ancien ministre, vient de franchir le Rubicon judiciaire.
Le 12 juin 2026, il a saisi le procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Paris. Motif : crimes contre l’humanité, torture, détentions arbitraires, exécutions extrajudiciaires. Visés : les auteurs de la répression post-électorale qui a ensanglanté le Cameroun après le scrutin du 12 octobre 2025.
Pourquoi Paris ? Parce que, selon Tchiroma, la justice camerounaise est « inféodée au régime usurpateur, et donc aux ordres ».
Il ne s’arrête pas là. Il prévient : « La prochaine étape sera orientée vers d’autres instances internationales. »
Une plainte. Deux volets pénaux. Une coordination confiée à Me Alice Nkom. Et une phrase qui claque : « L’impunité est terminée. »
Plongeons dans ce dossier qui pourrait redessiner la carte judiciaire africaine.
Le déclic : pourquoi Paris et pas Yaoundé ?
Issa Tchiroma Bakary ne cache pas son désenchantement. Dans son communiqué officiel du 12 juin 2026, il évoque « de nombreuses obstructions, encore persistantes, au dépôt d’une plainte au Cameroun ». Selon lui, la justice nationale est verrouillée, dépendante du pouvoir exécutif.
C’est donc sur le fondement de la compétence universelle ce principe juridique qui permet à un État de juger les auteurs de crimes graves même commis hors de son territoire qu’il a choisi la France. Paris est régulièrement saisi pour des affaires de crimes contre l’humanité, notamment en lien avec des pays d’Afrique francophone.
Un travail d’enquête minutieux
Dès le lendemain du scrutin du 12 octobre 2025, Tchiroma affirme avoir lancé « une enquête minutieuse ». Objectif : rassembler des preuves, collecter des témoignages, documenter les préjudices, et surtout établir la chaîne des responsabilités « des donneurs d’ordre aux exécutants ».
Cette enquête a été menée avec des avocats nationaux et internationaux, ainsi que des membres de la société civile camerounaise. Le fruit : des dossiers pénaux « précis », déposés au parquet de Paris.
Ce que dénonce la plainte
Le communiqué dresse un tableau alarmant, sept mois après l’élection :
- Des milliers de détentions illégales : des « paisibles citoyens » détenus dans des conditions « effroyables », selon les termes employés.
- Torture et décès en détention : Tchiroma affirme que des compatriotes « ont perdu la vie en détention, sous le crépitement des balles ».
- Deux noms cités en exemple : Anicet Ekané (qualifié de « héros national ») et Souleyman Tobi, présentés comme victimes de « traitements inhumains et dégradants ».
- L’usage de la justice d’exception : de nombreux manifestants sont jugés devant un tribunal militaire, un « sacrilège dans un pays qui revendique le statut d’État de droit ».
Le rôle clé de Me Alice Nkom
Pour assurer le suivi humanitaire et judiciaire des victimes, Issa Tchiroma Bakary a confié une coordination spécifique à Me Alice Nkom, avocate franco-camerounaise connue pour son engagement en faveur des droits humains. Cette nomination n’est pas anodine : elle confère une crédibilité internationale au dossier.
Que va faire la justice française ?
La saisine du procureur de Paris ouvre une phase préliminaire. Le parquet peut soit ouvrir une enquête, soit classer sans suite. Plusieurs facteurs joueront :
- La recevabilité de la compétence universelle pour les faits dénoncés.
- La présence éventuelle de suspects sur le territoire français.
- Les pressions diplomatiques (la France entretient des relations complexes avec le Cameroun).
Rien n’est gagné d’avance. Mais le simple dépôt d’une plainte pour « crime contre l’humanité » envoie un signal puissant.
La suite : d’autres instances internationales
Tchiroma ne compte pas s’arrêter à Paris. Il annonce déjà « la prochaine étape » : saisir d’autres instances internationales compétentes en matière de « détention arbitraire, de restrictions illégales des droits et libertés, et d’atteintes aux libertés fondamentales ».
On pense naturellement à la Cour pénale internationale (CPI) , bien que le Cameroun n’en soit pas membre (il a signé le Statut de Rome en 1998 mais ne l’a pas ratifié). Mais la CPI peut tout de même ouvrir une enquête si les crimes relèvent de sa compétence et si la justice nationale est défaillante exactement l’argument de Tchiroma.
La phrase choc
« L’impunité est terminée. »
En choisissant cette formule pour conclure son communiqué, Issa Tchiroma Bakary affiche une détermination sans faille. Reste à savoir si les juges français lui donneront raison.
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