Cameroun - Affaire Bonateki : Cabral Libii remonte à la racine du problème
© Camer.be : Paul Moutila | 10 Jun 2026 15:32:00 | 2348À travers l'affaire Bonateki, Cabral Libii ouvre un débat de fond sur la distorsion coloniale des chefferies traditionnelles camerounaises et appelle à une réforme structurelle que six décennies d'indépendance n'ont pas encore produite.
Il ne parle pas de l'incident. Il parle de ce qui l'a rendu possible.
Quand Cabral Libii prend la parole sur l'affaire Bonateki, il ne s'arrête pas à la polémique du moment. Il remonte. Loin. Jusqu'au décret de 1977. Jusqu'au siècle colonial. Jusqu'à la question que personne ne pose jamais vraiment : qu'est-ce qu'une chefferie traditionnelle au Cameroun ?
Un Kotoko nommé chef de quartier à Ebolowa. Chef de qui ? Des Kotoko du quartier ? Des Bulu qui y vivent ? De tous les résidents, venus du monde entier ?
La question semble simple. La réponse révèle un système brisé.
Chefferies traditionnelles : Cabral Libii démonte le "non-sens colonial" qui ronge le Cameroun
En marge de l'affaire Bonateki rebaptisée "affaire Chen Gang" par certains commentateurs le président du PCRN Cabral Libii a publié une analyse qui dépasse largement le fait divers initial. En quelques paragraphes denses, le député-président pointe ce qu'il appelle "le mal qui ronge la racine" : la distorsion profonde et jamais corrigée des chefferies traditionnelles camerounaises, héritée directement de l'administration coloniale.
Le diagnostic : une institution dénaturée depuis 1977
Tout part du décret de 1977, toujours en vigueur, qui régit les chefferies dites traditionnelles en les hiérarchisant en degrés premier, deuxième, troisième et en les territorialisant selon des circonscriptions administratives : départements, arrondissements, quartiers.
Pour Cabral Libii, cette architecture est fondamentalement illogique.
"Depuis quel siècle la tradition est-elle définie par les circonscriptions administratives ?" demande-t-il. La réponse qu'il apporte est sans appel : "Évidemment depuis le siècle colonial."
La tradition, dans sa définition authentique, est une institution communautaire. Elle s'exerce sur une communauté qui se reconnaît en elle, par un chef que cette communauté reconnaît comme le dépositaire de son autorité morale et culturelle. Elle n'est pas une circonscription géographique. Elle n'est pas un découpage administratif.
Le Sultan des Bamoun est chef de la tradition des Bamoun. Il n'est pas, et ne peut pas être, l'autorité traditionnelle des Ewondo ou des Guiziga qui vivent à Foumban. Ces derniers doivent le respect à l'autorité de la tradition en vigueur dans leur localité d'accueil pas plus.
C'est, selon Cabral Libii, "totalement logique". Et c'est précisément ce que le système hérité de la colonisation a cassé.
L'absurde concret : un Kotoko chef à Ebolowa
Pour illustrer l'absurdité du système, Cabral Libii prend un exemple volontairement parlant : un ressortissant Kotoko désigné chef traditionnel de troisième degré à Ebolowa, dans un quartier à majorité Bulu.
"Il est le chef de la tradition des qui là-bas au juste ?"
La question n'est pas rhétorique. Elle met le doigt sur une contradiction structurelle que le système n'a jamais résolue : en territorialisant la chefferie en faisant du chef traditionnel le responsable d'un espace géographique plutôt que d'une communauté culturelle l'État colonial, puis l'État postcolonial qui a reconduit ses décrets, a créé une fiction institutionnelle.
Un chef sans communauté réelle. Une tradition sans substance. Une autorité sans légitimité organique.
Le cœur du problème : l'auxiliarisation de la tradition
Pour Cabral Libii, la confusion fondamentale est là : les chefs traditionnels ont été transformés en auxiliaires de l'administration. L'État leur a confié des fonctions administratives recensement, médiation, relais de l'autorité publique en échange d'une légitimité institutionnelle octroyée d'en haut plutôt que reconnue d'en bas.
"L'administration ne peut pas s'auxiliariser la tradition. Cela n'a aucun sens."
Et c'est ce "non-sens", dit-il, qui génère tous les conflits de quartier, toutes les tensions intercommunautaires, toutes les "affaires" comme celle de Bonateki. Les protagonistes de ces conflits ne sont, selon lui, que des "boucs émissaires" d'un système cassé.
Sa proposition : que l'État crée un corps de "commis administratifs des quartiers et villages" s'il a besoin d'auxiliaires locaux et qu'il libère la tradition du carcan colonial.
L'argument des monarchies occidentales
Cabral Libii termine sur une observation qui mérite attention : les communautés camerounaises les plus cohésives, les plus respectées, les plus "puissantes" au sens sociologique, sont précisément celles dans lesquelles le colon n'a pas réussi à dissocier la chefferie administrative de l'autorité traditionnelle réelle. Dans ces communautés, le chef de premier degré est resté simultanément le vrai chef de tradition.
Il note également que les nations occidentales Belgique, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, Israël n'ont pas supprimé leurs monarchies et quasi-monarchies. Le colon savait la force de l'autorité morale dans la cohésion des sociétés. Il l'a utilisée ailleurs. Il l'a affaiblie ici.
Un débat qui dépasse l'affaire Bonateki
L'analyse de Cabral Libii transforme un fait divers aussi grave soit-il en question de politique publique de fond. La réforme des chefferies traditionnelles au Cameroun est un chantier que l'État postcolonial a systématiquement évité.
Le décret de 1977 a 49 ans. Les tensions qu'il génère, elles, sont permanentes.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#CabralLibii #Cameroun #Chefferies #Tradition #AffaireBonateki #PCRN #Politique #GouvernanceLire aussi
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Paul Biya absent : le vide constitutionnel qui inquiète
Nigéria - Héritage de 35 millions : son mari exige tout, elle divorce
Cameroun - SNH : Chantal Biya veut évincer Nathalie Moudiki
Monde Entier - Coupe du Monde 2026 : L’Angleterre prend le bronze, la France craque après une remontée folle 6-4
Cameroun - Yaoundé capitale du VIH en milieu urbain
il y a un mois
Afrique - Polygamie africaine : de l'assumé au caché, le grand basculement
Onana tacle Eto'o : « L'ego de Donatien K » a coulé le Cameroun
Cameroun - Faux décrets à la CRTV : manipulation politique ou tentative de putsch ?
Zébé : barricades et colère autour des frais de transport Cameroun-Tchad
Cameroun - Kribi : 2,6 milliards FCFA pour faire du port un géant logistique
il y a un an