Cameroun - Kamto a tout subi : prison, torture, exil forcé
© Camer.be : Toto Jacques | 10 Sep 2026 13:51:23 | 354Maurice Kamto a subi prison, torture, résidence surveillée et bien plus en 15 ans de combat politique au Cameroun. Voici ce qui est documenté, et ce qui reste allégué.
Dans une déclaration virulente, l'analyste politique Aristide Mono affirme que Maurice Kamto a subi « toutes les persécutions possibles, sauf la mort » en 15 ans de combat politique au Cameroun.
« Kamto a subi toutes les persécutions possibles, sauf la mort. N'eût été même la crainte de l'opinion, ils l'auraient tué comme Zogo. » La phrase est brutale. Elle est signée Aristide Mono, opposant et universitaire camerounais. Derrière cette formule choc, une réalité : celle d'un homme qui, depuis 15 ans, incarne la résistance à un régime qui ne tolère aucune alternative. Prison, torture, résidence surveillée, exil forcé… Que sait-on vraiment de ce qu'a enduré Maurice Kamto ?
Le contexte : une démission sous pression
La déclaration d'Aristide Mono intervient au lendemain d'un séisme politique. Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto a annoncé sa démission de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Quelques heures plus tard, son premier vice-président, Mamadou Mota, a suivi.
Officiellement, Kamto invoque « l'intérêt supérieur du parti ». Mais pour de nombreux observateurs, cette démission est le fruit d'une pression insoutenable. Mamadou Mota a été plus direct : il dénonce « un harcèlement constant de l'administration camerounaise ».
Pour Aristide Mono, cette décision ne peut être comprise sans replacer Kamto dans le contexte de 15 années de persécutions systématiques.
La prison : 9 mois à Kondengui
Maurice Kamto a été arrêté le 28 janvier 2019 à Douala, après avoir contesté les résultats de l'élection présidentielle de 2018 et appelé à des manifestations pacifiques. Il a été transféré à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé, dans la nuit du 12 au 13 février 2019.
Il y restera neuf mois. Plus de 200 militants et cadres du MRC ont été interpellés, humiliés et torturés, certains condamnés sans preuves.
Kamto a lui-même écrit depuis sa cellule : « Ce régime croit que la prison de Kondengui peut tout régler. Mais même la mort ne peut pas tout régler. Les pensées ne peuvent pas être enfermées. »
La résidence surveillée : 3 ans d'assignation à résidence de facto
Du 20 septembre au 8 décembre 2020, Maurice Kamto a été assigné à résidence de facto à Yaoundé, sans qu'aucun titre ou mandat ne lui soit présenté. Les forces de l'ordre encerclaient son domicile, une caméra de surveillance avait été installée, et il lui était interdit de recevoir des invités.
Cette assignation a été levée le 8 décembre 2020. Mais elle n'était que la première d'une longue série.
En juin 2025, Rebelote. Le 8 juin 2025, Kamto est à nouveau cloîtré de force dans sa résidence à Bonapriso (Douala), encerclé par les forces de l'ordre. « Officiellement, ce n'est ni une arrestation ni une assignation à résidence. Mais concrètement, il est privé de sa liberté, sans motif ni procédure légale ».
Le 9 juin, il est contraint de quitter Douala sous escorte des forces de défense et de sécurité, en direction de Yaoundé.
L'interdiction de sortie du territoire
Kamto a été « interdit de quitter sa résidence pour se rendre ailleurs qu'à Yaoundé » en juin 2025. Plusieurs sources évoquent une « interdiction verbale » de quitter le territoire national.
Cette mesure s'inscrit dans un contexte de restrictions croissantes des libertés. En novembre 2025, la convention extraordinaire du MRC a été interdite par les autorités, et le siège du parti encerclé par les forces de l'ordre. Le domicile de Kamto a également été placé sous surveillance permanente, « sans qu'aucun document officiel ou décision de justice ne justifie cette mesure ».
La tentative d'empoisonnement : une allégation non confirmée
C'est l'allégation la plus grave et la moins documentée. Aristide Mono évoque une « tentative d'empoisonnement » dans sa liste. Mais aucune source judiciaire, médicale ou journalistique d'envergure ne vient corroborer cette affirmation.
En juillet 2025, une rumeur d'« élimination physique » de Kamto avait circulé sur les réseaux sociaux, évoquant une réunion clandestine chez Philippe Mbarga Mboa. Le gouvernement camerounais a démenti toute tentative d'assassinat sur Kamto, affirmant qu'un militaire suspecté avait été molesté et son arme retirée.
Sur la tentative d'empoisonnement spécifiquement, il n'existe aucune source vérifiable. Il s'agit d'une allégation politique qui doit être traitée comme telle.
La campagne de dénigrement et le tribalisme
Le fait est documenté et reconnu par Kamto lui-même. En janvier 2025, il a dénoncé « une campagne de diffamation à son encontre par le régime », évoquant des attaques « tribalistes » contre « sa personne et la communauté bamiléké ».
Interrogé sur ces accusations, le Pr Aba'a Oyono a déclaré : « Les gens croient que Maurice Kamto est un acteur politique tribaliste. Ce qui n'est du tout pas le cas. Il faut distinguer Maurice Kamto de certains militants qui font dans le dérapage ethnique. »
L'exclusion de Kamto de la présidentielle de 2025, selon plusieurs analystes, révèle « un tribalisme systémique instrumentalisé par le régime pour écarter une communauté perçue comme menaçante ».
L'injustice devant les tribunaux
Kamto et 91 coaccusés ont été jugés par un tribunal militaire en 2019 pour « insurrection », « hostilité envers la patrie » et « incitation à la révolte ». Les avocats ont contesté la compétence du tribunal militaire pour juger des civils. En vain. La cour d'appel a tranché : la requête était irrecevable.
Pour les avocats de la défense, ce procès n'était qu'« un simulacre ». « Les règles de procédures, les droits les plus essentiels des accusés sont bafoués », affirmait Me Emmanuel Simh.
Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé un « procès politique ». Les États-Unis ont déclaré qu'il serait « sage de libérer » l'opposant, et l'Union européenne a évoqué une « procédure disproportionnée ».
Ce que Kamto incarne aujourd'hui
En 15 ans, Maurice Kamto est devenu bien plus qu'un leader politique. Il incarne une forme de résistance dans un pays où l'opposition est systématiquement réprimée. Mais cette position a un coût.
Des militants du MRC sont toujours en prison. En septembre 2025, 36 d'entre eux étaient encore détenus à Kondengui, malgré une décision de l'ONU en 2022 exigeant leur libération immédiate pour détention arbitraire. En 2025, selon le Civicus Monitor, ils étaient encore 36 à purger des peines de cinq à sept ans pour avoir participé aux manifestations de 2020.
Kamto, lui, a survécu. Physiquement. Politiquement. Mais à quel prix ?
La déclaration d'Aristide Mono est un rappel brutal : dans certains régimes, le simple fait de s'opposer est un acte de survie. Et la survie, parfois, est la seule victoire possible.
Quelles persécutions Maurice Kamto a-t-il subies ?
Maurice Kamto a été emprisonné neuf mois à Kondengui (2019), assigné à résidence à plusieurs reprises (2020, 2025), interdit de sortie du territoire, bloqué dans ses déplacements intérieurs, et a fait l'objet de campagnes de dénigrement et de procès devant des tribunaux militaires. Certaines allégations, comme la tentative d'empoisonnement ou la torture, ne sont pas documentées par des sources indépendantes vérifiables.
Combien de temps Maurice Kamto a-t-il passé en prison ?
Maurice Kamto a passé neuf mois en détention à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé, de février à octobre 2019. Il a été arrêté après avoir contesté les résultats de l'élection présidentielle de 2018.
Qui est Aristide Mono ?
Aristide Mono est un universitaire et opposant camerounais. Il a publié le 10 septembre 2026 une déclaration sur Facebook affirmant que Maurice Kamto a subi « toutes les persécutions possibles, sauf la mort » en 15 ans.
Qu'est-ce qui est documenté dans les persécutions de Kamto ?
Sont documentés : l'emprisonnement à Kondengui (2019), l'assignation à résidence (2020, 2025), l'interdiction de sortie du territoire, l'interdiction de réunion du MRC, et les procès devant des tribunaux militaires. La tentative d'empoisonnement et la torture, en revanche, relèvent d'allégations non confirmées par des sources indépendantes.
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