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Les dessous troubles du recensement au Cameroun :: CAMEROON

Prolongé jusqu’en juillet 2026, le quatrième recensement général camerounais vacille entre retards de paiement des agents, résistances populaires et craintes sur la fiabilité des données . Une opération cruciale pour l’avenir du pays.

Il devait compter chaque Camerounain. Il finit par compter ses blessés.

Le 29 mai 2026 restera comme une date avortée. Celle où le recensement devait s’achever. Mais les agents de terrain, eux, n’ont pas vu la couleur de leur salaire. Certains ont tout simplement rangé leurs tablettes. Dans plusieurs localités, les enquêteurs n’ont jamais posé le premier pied chez l’habitant.

Aujourd’hui, le Premier ministre Joseph Dion Ngute annonce une prolongation jusqu’au 31 juillet. Officiellement pour « achever le travail ». Officieusement, parce que le terrain a dit non.

Et si cette crise silencieuse rendait caduques toutes les données à venir ?

Un délai, trois problèmes

Le Cameroun n’avait plus réalisé de recensement général de la population et de l’habitat depuis 2005. Vingt et un ans de silence démographique. Un siècle en matière de planification publique.

L’opération de 2026 devait être La grande remise à jour. Mais sur le terrain, trois verrous ont sauté :

1. Des paiements en retard. Des agents recenseurs, rémunérés à la tâche, menacent de suspendre le travail faute de fonds. Certains ont déjà cessé.
2. Des résistances locales. Dans plusieurs zones, une partie de la population refuse de répondre, alimentée par méfiance envers l’administration ou rumeurs.
3. Des traitements inacceptables. Des enquêteurs auraient été victimes d’agressions verbales et physiques, selon des sources de terrain non officielles.

« On nous a promis 500 francs par foyer. Après trois semaines, toujours rien. Comment voulez-vous qu’on continue ? » témoignage recueilli auprès d’un agent de Douala.

Une fiabilité déjà en question

Des observateurs, sous couvert d’anonymat, s’interrogent à voix haute :

Des données partielles. Si des zones entières n’ont pas été couvertes, les extrapolations deviennent hasardeuses.

Des réponses biaisées. Une population méfiante peut déclarer moins d’enfants, sous-estimer ses revenus, ou refuser toute information.

Des agents pressurisés. Une course contre la montre en juillet (mois de pluies) risque de favoriser la rapidité sur l’exactitude.

À titre de comparaison, le recensement agricole et du cheptel camerounais n’a pas été mis à jour depuis plusieurs décennies. Un trou noir statistique qui fragilise encore l’image globale.

Pourquoi c’est grave

Un recensement n’est pas qu’un empilement de chiffres. C’est la clé qui ouvre :

- le découpage électoral,
- la répartition des subventions aux communes,
- le nombre d’écoles, d’hôpitaux, de routes,
- l’accès aux financements internationaux (FMI, Banque mondiale),
- et jusqu’à la représentation parlementaire.

Si les données sont faussées, ce sont des millions de Camerounains qui pourraient être invisiblement exclus des décisions publiques.

Que faire ?

L’exécutif camerounais assure que les retards de paiement seront régularisés « rapidement ». Une cellule de crise aurait été activée au sein de l’Institut national de la statistique (INS). Mais aucune communication officielle chiffrée n’a encore filtré sur le taux de couverture réel.

Prochaine échéance : le rapport préliminaire, attendu pour septembre 2026. Les experts craignent déjà qu’il ne mentionne un « taux d’omission élevé » sans le quantifier.

En attendant, la prolongation jusqu’au 31 juillet est autant une bouée qu’un aveu : le terrain n’a pas été maîtrisé.

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