FRANCE :: Justine Boukam : « Nous nous battons pour de meilleures conditions de vie au Cameroun »
© Camer.be : Par Alain Ndanga, à Paris | 20 May 2026 09:44:25 | 1902Alors que le Cameroun traverse une zone de turbulences politiques majeures, Justine Boukam prend les rênes de la présidente du comité d’organisation des « Assises de la refondation de la diaspora résistante ». Dans cet entretien exclusif, elle livre une analyse chirurgicale de la situation nationale et définit les nouveaux leviers de la lutte. Un plaidoyer pour une amélioration concrète des conditions de vie de ses compatriotes, porté par une détermination infatigable.
Pourquoi avoir choisi ce moment hautement symbolique de la vie de la nation camerounaise pour vous réunir au sein de la diaspora ? Qu’espérez-vous prouver en bousculant ce calendrier officiel ?
Le choix du 16 mai n’est ni un hasard, ni une provocation gratuite. Il s’inscrit dans une logique politique et symbolique parfaitement assumée. Le mois de mai a toujours occupé une place particulière dans l’histoire récente de la diaspora camerounaise. Vous vous souvenez, par exemple, de la forte mobilisation du 18 mai 2019, qui avait déjà montré la capacité de la diaspora à se dresser face aux dérives du régime.
Si nous avons tenu ces Assises quatre jours avant la célébration officielle du 20 mai, c’est justement pour interpeller le pouvoir sur une contradiction profonde. On ne peut pas prétendre célébrer l’unité nationale tout en excluant une partie des Camerounais de l’espace républicain, simplement parce qu’ils militent dans d’autres partis politiques ou qu’ils ne se reconnaissent pas dans les formations représentées à l’Assemblée nationale. Cela traduit une vision dépassée, fermée et profondément anti-républicaine de la nation.
L’unité ne peut pas être un slogan vide. Elle ne peut pas être confisquée par un régime qui parle de démocratie tout en pratiquant l’exclusion, la stigmatisation et la répression. Nous avons donc voulu rappeler, à travers cette date, que le Cameroun appartient à tous ses fils et à toutes ses filles, sans distinction de parti, d’opinion ou de positionnement politique.
Ces Assises nous ont permis de mettre des mots sur les dérives anti-républicaines du régime, mais aussi de redéfinir nos moyens, nos orientations et nos stratégies de lutte. Le message que nous avons voulu envoyer est simple : la diaspora ne se résignera pas à une unité de façade, pendant que les libertés sont confisquées et que l’espace national est fermé.
Il est clair que les querelles d’ego, les guerres de clans et la cacophonie médiatique rythment la vie de la diaspora. La diaspora anti-Biya offre aujourd’hui le spectacle d’un bloc fissuré. Est-ce que vous assumez l’image d’une résistance en ruine ?
Je ne partage pas cette lecture. Oui, il existe des tensions, des dissensions et des épisodes de confusion. Personne ne le nie. Mais parler d’une résistance en ruine serait à la fois excessif et inexact.
Il suffit d’ailleurs de regarder ce qui s’est passé lors de ces Assises. Des compatriotes sont venus de France, du Royaume-Uni, de Belgique, d’Allemagne, des États-Unis et d’autres pays encore. Si la résistance était réellement morte ou vidée de sa substance, une telle mobilisation n’aurait pas eu lieu. Des gens ne traversent pas des frontières, n’engagent pas du temps, de l’énergie et des moyens, juste pour accompagner une cause éteinte.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’une petite minorité a récemment choisi de s’inscrire dans une logique de nomination et de repositionnement. Nous disons très clairement que ce choix n’engage pas la diaspora résistante dans son ensemble. Notre lutte n’est ni à vendre, ni à distribuer sous forme de postes ou de titres. Nous ne sommes pas engagés pour être nommés ; nous sommes engagés pour contribuer à la libération du Cameroun et à l’avènement d’une vie meilleure pour notre peuple.
Ces Assises ont précisément servi à dire non à toutes les tentatives de récupération, affirmer notre autonomie, et réaffirmer que la résistance en diaspora n’est pas un marché politique, mais un espace de conviction et de combat.
Donc non, nous n’assumons pas l’image d’une résistance en ruine. Nous assumons au contraire un moment de clarification, où une partie de la diaspora a choisi de remettre de l’ordre et de la cohérence dans le combat.
Dans un tel contexte de fragmentation, avec quelle légitimité prétendez-vous encore parler au nom de la diaspora ? Comment comptez-vous vous faire entendre alors que vous avancez en rangs dispersés ?
Notre légitimité ne vient ni d’une proclamation personnelle, ni d’un décret, ni d’une auto-attribution de titre. Elle vient d’abord de l’engagement réel, du travail accompli, de la constance dans la lutte et de la capacité à rassembler celles et ceux qui refusent la résignation.
Ces Assises ont justement permis de clarifier les choses. Elles ont montré qu’au-delà des départs, des manœuvres et des petits regroupements opportunistes, il existe encore une base militante solide et déterminée. Le groupuscule qui a choisi une autre voie ne saurait effacer la légitimité historique, politique et morale de celles et ceux qui continuent de porter le combat avec cohérence.
Cette rencontre nous a aussi permis d’identifier plus clairement qui reste attaché à la libération du Cameroun, non comme slogan, mais comme exigence concrète. Et je pense qu’un certain nombre de ceux qui ont fait le choix du repositionnement regrettent peut-être déjà cette décision, parce qu’ils réalisent que la lutte ne se remplace pas par des arrangements personnels.
Notre rôle, aujourd’hui, n’est pas seulement de protester. Il est aussi pédagogique. Il consiste à expliquer pourquoi la résistance reste nécessaire, pourquoi la clarté est indispensable, et pourquoi nous devons persévérer si nous voulons offrir un avenir meilleur aux générations futures.
Nous nous ferons entendre non par le bruit, mais par la cohérence. Non par l’agitation, mais par la constance. Non par des proclamations creuses, mais par la qualité de nos analyses, de nos résolutions, de nos propositions et de notre engagement dans la durée. Mais nous serons fermes lorsque cela s’avère nécessaire.
En somme, notre légitimité repose sur une chose simple : nous continuons à tenir la ligne du combat, là où d’autres ont choisi les facilités, les nominations ou les raccourcis.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
:: Femmes camerounaises insultées par une Ougandaise : la polémique qui divise la diaspora
:: Il a envoyé des millions à sa femme à Dubaï pendant 8 ans, elle a tout volé avec un faux enfant
:: Brice Nitcheu : «Regarder les politiques qui pourraient représenter les aspirations de la diaspora
:: Wilfried Ekanga : « Il faut développer une nouvelle manière de penser »
:: Justine Boukam : « Nous nous battons pour de meilleures conditions de vie au Cameroun »
LE DéBAT
Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun? :: AFRICA
AFRIQUE :: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ? :: AFRICA
AFRIQUE :: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe? :: AFRICA
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ? :: AFRICA
Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Dr Christian TCHAM entretien après la conférence de presse à Paris
Dr Christian Tcham à propos de Mesitraining
MBOU MBOU EMILE ancien Lion Indomptable...l'entretien avec Sopieprod
Christophe TAPA DE LA CCFNA dévoile les contours d'un événement fédérateur
Vidéo
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
Valsero rend hommage à Anicet Ekanè et analyse le peuple camerounais à Bruxelles
Marianne Ekanè interpelle Nathalie Yamb
il y a une semaine
CAMEROUN :: Franck Biya vice-président : l'imposture constitutionnelle d'une succession dynastique :: CAMEROON
SOCADEL : le Cameroun reprend son électricité, mais 800 milliards de dettes attendent :: CAMEROON
CAMEROUN :: Vol du pick-up de Kepombia : la police stoppe une filière Tchad-RCA :: CAMEROON
Hantavirus au Cameroun : zéro cas détecté, surveillance renforcée aux frontières :: CAMEROON
CAMEROUN :: Dibombari : la gendarmerie démantèle un réseau de trafic humain :: CAMEROON
il y a un mois
FRANCE :: Symposium médical transcontinental :Au commencement de la 2e édition, la parole comme acte fondateur
CAMEROUN :: La Gendarmerie convoque Baongla Georges-Gilbert pour cybercriminalité et diffamation :: CAMEROON
Afrique Centrale : La Cemac tient à l'harmonisation des données démographiques à travers un manuel :: AFRICA
Recensement Cameroun 2026 : 30 000 agents sur le terrain après 21 ans d'absence :: CAMEROON
CAMEROUN :: Le Pr Aba'a Oyono traîne la Sûreté nationale devant le Tribunal militaire :: CAMEROON
il y a un an