Représentation électorale au Cameroun : le débat autochtones vs résidents relancé :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 20 May 2026 01:48:13 | 1748Au Cameroun, la question de la représentation électorale des populations autochtones dans les grandes villes revient avec une intensité croissante. Elle oppose deux légitimités : celle du territoire historique et celle du droit de résidence. Le débat dépasse largement le cas doualais.
Deux positions, un terrain commun : Douala
La controverse oppose deux figures publiques camerounaises. Elimbi Lobe défend la thèse d'une représentation réservée ou prioritaire aux populations qu'il appelle "les Littoraliens" les communautés historiquement établies dans la région du Littoral. Sa position a été qualifiée de xénophobe dans sa formulation par plusieurs observateurs.
Sa Majesté le Professeur Pierre Mila Assoute, chef traditionnel, lui répond publiquement. Sa réponse, diffusée en mai 2026, pose les termes juridiques du débat et propose des alternatives institutionnelles. Elle replace la question dans le cadre constitutionnel camerounais en vigueur.
Pourquoi cette question resurgit maintenant
Les grandes métropoles camerounaises Douala en tête ont connu une transformation démographique profonde depuis l'indépendance. Les migrations internes, l'industrialisation portuaire et l'attraction économique ont modifié la composition sociologique des circonscriptions électorales en moins de deux générations.
La loi électorale camerounaise définit la circonscription électorale par les électeurs inscrits sur le territoire concerné et non par l'appartenance ethnique ou l'origine géographique. Cette définition est au cœur du différend. Elle garantit l'égalité formelle des droits mais ne tient pas compte des dynamiques de représentation communautaire historique.
La pression démographique sur les listes de partis accentue la tension. Les formations politiques construisent leurs listes en fonction du poids électoral réel de leurs candidats dans la circonscription pas en fonction de leur origine ethnique. C'est légal. C'est contesté.
Le cadre légal et ses limites
La Constitution camerounaise et les lois électorales en vigueur ne prévoient aucun mécanisme de représentation communautaire ou ethnique dans les listes de candidats. Tout électeur inscrit dans une circonscription peut y être candidat. Tout parti constitue librement ses listes selon sa stratégie électorale.
Pierre Mila Assoute propose deux pistes de réforme pour sortir de l'impasse sans réviser les fondements constitutionnels. La première : augmenter le nombre de sièges au Parlement pour mieux refléter la diversité sociologique nationale, y compris dans les régions apparemment homogènes. La seconde : reconnaître explicitement que chaque groupe sociologique historiquement constitué doit disposer d'une présence à la table de la représentativité nationale.
Il note par ailleurs un cas de figure que la thèse d'Elimbi Lobe ne peut pas résoudre : celui des citoyens naturalisés. Un Camerounais d'origine étrangère obtient tous les droits civiques sans assignation de résidence et sans appartenance ethnique définie. S'il s'installe à Douala, il vote à Douala. La loi ne peut pas lui imposer autre chose.
Le débat s'inscrit dans un calendrier électoral camerounais sous tension. Les prises de position sur la représentation des autochtones dans les grandes villes peuvent structurer des clivages au sein des partis et alimenter des tensions intercommunautaires si elles ne sont pas traitées avec rigueur juridique.
Pierre Mila Assoute cite le Kenya comme modèle d'observation : un pays confronté aux mêmes dynamiques de peuplement urbain et de revendications communautaires autour des grandes villes côtières. Les solutions kenyanes : quotas, découpages spéciaux, représentation garantie ont produit des résultats contrastés, entre apaisement communautaire et instrumentalisation politique.
Pour le Cameroun, la croissance démographique des métropoles portuaires est irréversible. Dans un siècle, écrit Mila Assoute, le Camerounais de toute origine devra assumer le prix de l'unité nationale : non la dilution des ethnies, mais la dissolution des différences dans la République.
Une question que le droit seul ne peut pas régler
Le débat entre Elimbi Lobe et Pierre Mila Assoute révèle une tension réelle dans la démocratie camerounaise : comment garantir la représentation des populations autochtones dans des circonscriptions où elles ne sont plus majoritaires, sans violer le principe d'égalité des droits civiques ?
La réponse juridique existe: réforme du découpage électoral, augmentation des sièges parlementaires. La réponse politique est plus difficile à construire. Elle suppose que les acteurs du débat acceptent de distinguer la défense d'un intérêt communautaire légitime de l'expression d'une hostilité envers les autres Camerounais.
Est-il possible de bâtir une représentation équitable sans jamais nommer explicitement les communautés qu'on cherche à protéger et sans exclure celles qu'on ne cherche pas à représenter ?
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