SÉNÉGAL :: Sénégal : la traque contre les homosexuels menace la lutte contre le sida :: SENEGAL
© Camer.be : La rédaction | 22 Apr 2026 09:51:48 | 3529Soixante-deux personnes placées sous mandat de dépôt. Une loi votée à 135 voix. Le Sénégal a franchi un cap législatif majeur le 11 mars 2026, durcissant massivement les peines contre l'homosexualité. Derrière les annonces politiques, une crise de santé publique se profile.
L'affaire Pape Cheikh Diallo embrase le pays
Depuis février 2026, une vague d'arrestations sans précédent secoue le Sénégal. L'affaire Pape Cheikh Diallo du nom de l'animateur vedette du Groupe Futurs médias a entraîné l'interpellation de 64 personnes : journalistes, personnalités du showbiz, religieux et un élu local. Parallèlement, l'affaire Pierre Robert, un retraité français soupçonné d'animer un réseau pédocriminel au Sénégal, a amplifié l'émoi public.
Point commun des deux dossiers : la présumée transmission volontaire du VIH-sida, un élément qui a provoqué une réaction politique immédiate et une pression populaire intense sur le parti au pouvoir, le Pastef d'Ousmane Sonko.
La loi Sonko : durcissement ou récupération politique ?
Le 11 mars 2026, l'Assemblée nationale adoptait la modification de l'article 319 du Code pénal. Les peines pour « actes contre nature » passent désormais de 1-5 ans à 5-10 ans d'emprisonnement. Les amendes sont multipliées par vingt. Le sursis est désormais interdit : toute condamnation entraîne automatiquement au moins cinq ans ferme.
Plus inédit encore : la loi criminalise l'apologie de l'homosexualité, exposant journalistes et ONG à des peines de 3 à 7 ans. Donner la parole à un défenseur des droits LGBT devient potentiellement un délit constitué dès la publication.
Ousmane Sonko a revendiqué personnellement ce texte : « J'ai déposé moi-même le projet de loi. C'est le premier projet que je porte moi-même. » Ses opposants, y compris dans l'ex-majorité, dénoncent une instrumentalisation électorale. Le député Thierno Alassane Sall a été cinglant : « C'est une loi de tromperie. »
Une santé publique en péril
Le vrai choc est sanitaire. Le Renapoc Réseau national des populations clés dans la lutte contre le VIH-Sida tire la sonnette d'alarme. Ses membres font face à du harcèlement en ligne : noms, adresses et numéros de téléphone divulgués par des influenceurs. Résultat : les associations ont suspendu leurs activités de sensibilisation au dépistage.
Plus grave, les personnes vivant avec le VIH désertent les centres de soin. Certains fuient vers les pays voisins, interrompant leur traitement antirétroviral. « La communauté homosexuelle tente de se réfugier dans les pays limitrophes avec un risque d'interruption de leur traitement », alerte le réseau. Une interruption thérapeutique prolongée peut entraîner des résistances virales et relancer les contaminations.
Le risque dépasse la seule communauté LGBT. Comme le résume un acteur associatif sous anonymat : « Tel que le problème est présenté, on a l'impression que tout porteur du VIH est homosexuel. Ce qui rend la problématique encore plus complexe. »
Le financement de la riposte contre le sida en danger
La contradiction est vertigineuse. Le Sénégal, qui brandit sa souveraineté, finance à 70,1 % sa lutte contre le sida grâce à des bailleurs étrangers, selon le dernier rapport du CNLS d'octobre 2025. Les deux principaux : l'USAID, paralysé par Donald Trump, et le Fonds mondial de lutte contre le sida.
Une ministre wallonne a déjà évoqué une révision de l'aide européenne. Sonko a répondu en défiant publiquement ces partenaires de « garder leurs financements ». Une posture souverainiste qui pourrait coûter cher à des milliers de malades qui dépendent de ces fonds pour accéder aux traitements.
Quelle sortie de crise ?
À court terme, la répression risque d'aggraver l'épidémie en poussant les populations vulnérables dans la clandestinité. À moyen terme, la perte de financements internationaux menacerait directement la capacité de l'État à maintenir sa riposte contre le sida. Le Sénégal peut-il réellement se permettre de choisir entre ses convictions politiques et la santé de ses citoyens les plus fragiles ?
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