Pagnes du 8 mars importés d'Inde : comment le Cameroun perd des milliards chaque année :: CAMEROON
© Camer.be : Avec Christian Ntimbane Bomo | 20 Feb 2026 19:58:34 | 1799Plusieurs milliards de FCFA. Chaque année. Pour habiller une fête nationale avec des tissus fabriqués à l'autre bout du monde.
Des ballots de pagnes du 8 mars produits en Inde sont actuellement en route vers les marchés camerounais. L'information a été transmise par un ressortissant camerounais basé en Inde à Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du parti Héritage, qui l'a rendue publique. Les volumes sont massifs. L'organisation, rodée. Le résultat, prévisible : une inondation des marchés locaux en situation de monopole de fait.
Un marché confisqué, une usine à l'agonie
La CICAM Cotonnière Industrielle du Cameroun est l'entreprise nationale qui aurait légitimement vocation à produire ces pagnes. Elle dispose des équipements, de la main-d'œuvre qualifiée, et d'une capacité industrielle opérationnelle. Ses 1 000 employés n'ont plus de salaires versés régulièrement. Elle survit, mais n'opère plus à la hauteur de ce qu'elle pourrait produire. Non par incapacité technique, mais par absence de commandes publiques.
Attribuer ce marché à la CICAM déclencherait une réaction en chaîne positive. La Sodecoton Société de développement du coton fournirait la matière première. Les producteurs cotonniers du pays seraient payés. L'usine recruterait. Des emplois jeunes seraient créés. Les devises resteraient dans le circuit économique national.
Devises, coton, dévaluation : le vrai coût de l'importation
Ce circuit n'existe pas. À la place, des devises quittent le territoire pour financer des usines indiennes. Cette hémorragie fragilise encore davantage le FCFA, dont la dévaluation est une hypothèse désormais ouvertement discutée dans les cercles économiques de la zone franc. Chaque marché détourné vers l'étranger est une pression supplémentaire sur une monnaie déjà sous tension.
La logique du système est simple : les opérateurs qui contrôlent ces commandes préfèrent les circuits étrangers parce qu'ils sont moins traçables et génèrent des marges plus confortables. L'intérêt national ne fait pas partie de l'équation.
Une désindustrialisation qui avance marché après marché
À court terme, le secteur textile camerounais perd un contrat structurant. À long terme, il perd sa raison d'exister. Chaque appel d'offres orienté vers l'importation est une compétence qui s'érode, une machine qui rouille, un technicien qui part. La désindustrialisation ne s'annonce pas. Elle s'installe, silencieusement, par accumulation de renoncements.
Le Cameroun possède le coton, l'usine, les hommes et le marché. Il importe quand même. La question qui reste sans réponse officielle est précisément celle-là : qui décide, et au nom de quoi ?
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