CAMEROUN :: Pourquoi les enseignants refusent désormais le silence imposé :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 19 Feb 2026 00:00:00 | 1588Le Cameroun post-électoral révèle une tension sourde au cœur de son système éducatif. Depuis le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, des pressions politiques s'exercent sur des responsables syndicaux, des enseignants en activité, et même sur des retraités. Le message implicite est clair : taisez-vous. Mais la loi, elle, dit autre chose.
Maurice Djiongo, inspecteur pédagogique régional à la retraite, formé à l'ENSET de Douala en électrotechnique, a passé l'essentiel de sa carrière dans l'encadrement et l'inspection des enseignants camerounais. Il sort aujourd'hui de sa réserve dans les colonnes du quotidien Le Messager pour démontrer, textes à l'appui, que le silence des enseignants n'est ni une obligation légale ni une vertu professionnelle. C'est un héritage historique mal compris.
Ce que la loi dit vraiment
Pendant longtemps, le silence a fonctionné comme une forme de protection dans le corps enseignant. Un réflexe d'autoprotection, compréhensible dans un contexte autoritaire, mais devenu aujourd'hui une norme morale à tort érigée en intangible. Or depuis la loi d'orientation de l'éducation de 1998, le cadre juridique a fondamentalement changé.
Cette loi redéfinit l'enseignant non plus comme un simple exécutant des programmes ministériels, mais comme un acteur social à part entière, membre d'une communauté éducative qui inclut parents, élèves, collectivités territoriales, société civile et décideurs publics. Dans ce cadre, participer aux débats qui engagent l'avenir de l'éducation n'est pas une transgression. C'est une responsabilité.
Rappeler ce fait, insiste Djiongo, ce n'est pas contester l'autorité de l'État. C'est y être fidèle.
La neutralité : concept détourné
Le terme "neutralité" est au cœur du débat. Certains acteurs politiques l'interprètent comme une injonction au retrait total de l'espace public, une forme de "silence protecteur" institutionnalisé. Djiongo démonte cette lecture. La neutralité pédagogique ne signifie pas l'effacement du citoyen. Elle encadre la manière dont l'enseignant s'exprime dans le respect des lois, hors de la salle de classe sans lui interdire de s'exprimer.
La confusion vient, selon lui, d'une représentation appauvrie de l'État lui-même. Pour beaucoup, l'État se résume à une autorité administrative et sécuritaire. Mais depuis 1998, il comprend aussi la communauté éducative, cette figure collective chargée de trancher, en dernier ressort, sur les grandes orientations de l'école. Confondre État et gouvernement, c'est réduire la démocratie à une logique de contrôle.
Une fracture générationnelle réelle
Les tensions ne sont pas seulement politiques. Elles traversent le corps enseignant lui-même. Des enseignants âgés, ayant exercé dans un contexte où la discrétion était une condition de survie professionnelle, peinent à intégrer ce nouveau paradigme. Résultat : des collègues engagés dans le débat public se retrouvent exposés à des procédures judiciaires, voire à des sanctions administratives, dans plusieurs établissements du secondaire.
Ces situations, rappelle Djiongo avec précision, ne sont pas la preuve d'une faute pédagogique. Elles révèlent une conception restrictive de la neutralité, mobilisée précisément pour faire taire une parole citoyenne exercée légalement hors du cadre de la classe.
L'écriture comme prolongement de l'acte éducatif
Auteur de l'essai Changer le Cameroun par la philosophie : du tribalisme à l'émergence (2017), Maurice Djiongo incarne la cohérence entre le dire et le faire. Il y développe une "philosophie d'intégration" qui relie les savoirs scolaires aux réalités concrètes de la société, prenant le tribalisme comme situation-problème et l'articulant aux notions de conscience et de rapport à autrui. L'écriture, dit-il, est un prolongement de l'acte pédagogique au sens large.
Sa conclusion dans Le Messager est sans ambiguïté. Former des citoyens capables de discernement suppose que l'enseignant assume lui-même une parole mesurée, responsable et publique. La mission éducative ne s'arrête pas à la porte de la classe.
L'engagement citoyen de l'enseignant n'est pas une option idéologique. C'est, depuis 1998, une composante structurelle du rôle social de l'école camerounaise.
Dès lors, la vraie question s'impose : qui, en définitive, a réellement intérêt à ce que ceux qui forment les citoyens de demain apprennent eux-mêmes à se taire ?
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#EducationCameroun #MauriceDjiongo #EnseignantsCamerounais #NeutralitePedagogique #CommunauteEducative #LiberteDExpression #ReformeScolaire #CitoyenneteActive #LeMéssager #AfriqueEducationLire aussi
CAMEROUN :: Les coffres de l'État sont vides pour le peuple, jamais pour le pouvoir :: CAMEROON
CAMEROUN :: Pourquoi les enseignants refusent désormais le silence imposé :: CAMEROON
LE CAMEROUN EN DEUIL. CONSTY EKA LE PLUS GRAND DE TOUS LES TEMPS S’EN EST ALLE :: CAMEROON
CAMEROUN :: Paul Biya à 93 ans : quand la fin du mythe s'expose en direct :: CAMEROON
CAMEROUN :: Jean Marc Soboth "Pourquoi M. Paul Biya ne fait pas l'objet d'un putsch militaire" (Texte et vidéo) :: CAMEROON
LE DéBAT
Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun? :: AFRICA
AFRIQUE :: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ? :: AFRICA
AFRIQUE :: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe? :: AFRICA
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ? :: AFRICA
Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
MBOU MBOU EMILE ancien Lion Indomptable...l'entretien avec Sopieprod
Christophe TAPA DE LA CCFNA dévoile les contours d'un événement fédérateur
PIERRE LECHANTRE en entretien avec Hilaire SOPIE
FESTAFRIC 2025 REPORTAGE SIGNE Hilaire SOPIE
Sa Majesté CECILE HENRIETTE installée ce jour à Paris
Vidéo
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
Valsero rend hommage à Anicet Ekanè et analyse le peuple camerounais à Bruxelles
Marianne Ekanè interpelle Nathalie Yamb
Issa Tchiroma se proclame vainqueur et propose une transition pacifique
Fadimatou Iyawa à Bruxelles : sa colère contre la BAS et son déni de nationalité
il y a une semaine
il y a un mois
CAN 2025 : L'arbitre de la finale menacé de poursuites judiciaires au Maroc :: MOROCCO
SÉNÉGAL :: Séisme Footballistique : Le Sénégal Risque la Coupe du Monde Après le Scandale de la CAN ! :: SENEGAL
Gabon : Pourquoi l'ancien leader syndical Marcel Libama a-t-il été interpellé ?
Togo : L'arrestation de Damiba rebat les cartes diplomatiques au Sahel
CAMEROUN :: Le Makoune musique d'inspiration traditionnelle fait désormais partie de l'ADN de l'artiste Lily :: CAMEROON
il y a un an