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Gouvernance au Cameroun : entre inertie administrative et mise en scène du pouvoir :: CAMEROON

Le paysage institutionnel camerounais traverse une période de paradoxes flagrants où la communication visuelle semble pallier l'absence d'activité politique concrète. Depuis plusieurs années, l'opinion publique observe un phénomène de raréfaction des grandes instances républicaines, transformant la capitale en un centre de décisions dont les rouages semblent figés. Cette situation de vacuité se manifeste de manière spectaculaire par l'absence prolongée de Conseil des Ministres et de réunions du Conseil Supérieur de la Magistrature, des organes pourtant vitaux pour la direction et l'équilibre d'une nation moderne.

Face à ce constat, l'appareil étatique s'appuie sur une stratégie de communication politique de plus en plus théâtralisée. La diffusion d'images montrant le sommet de l'État en plein travail, souvent dans un cadre bucolique loin du tumulte de Yaoundé, relève d'une mise en scène de la continuité. Dans ce dispositif, le parapheur administratif n'est plus un simple outil de gestion, mais devient un symbole visuel destiné à rassurer sur la capacité du dirigeant à tenir les rênes du pays. Cette théâtralisation vise à occulter une réalité plus complexe caractérisée par un blocage institutionnel au Cameroun où de nombreux dossiers stratégiques restent en souffrance.

Le malaise s'accentue avec le maintien en fonction de hauts responsables dont les mandats légaux sont largement expirés. Cette persistance de Directeurs Généraux et de Présidents de Conseil d'Administration au-delà des limites fixées par la loi instaure une forme d'illégalité comme norme administrative. Le gouvernement semble naviguer à vue, marqué par une incapacité à renouveler ses cadres, créant ainsi une véritable crise de la gouvernance publique qui fragilise l'efficacité républicaine.

La communication orchestrée autour de la proximité du dirigeant avec son terroir participe d'un folklore visant à déplacer le débat du bilan politique vers le terrain affectif. Cette méthode, analysée comme une déviation par l'authenticité mise en scène, permet de masquer l'absence de réformes et de décisions majeures. En saturant l'espace médiatique par l'image de la sérénité et du luxe, le régime tente de transformer l'immobilisme en une posture de sagesse. Cependant, derrière ce vernis de stabilité, le vide institutionnel à Etoudi demeure une préoccupation majeure pour les observateurs qui dénoncent un piétinement des exigences de la modernité.

L'administration semble ainsi s'être muée en une structure fantôme où les sièges vides au sein du cabinet ministériel ne sont plus pourvus. Ce mépris des textes réglementaires finit par paralyser l'action publique, laissant un pays tourner par la seule force de son inertie historique. Il devient alors impératif d'interroger le fond d'un système dont la forme, aussi soignée soit-elle, ne suffit plus à répondre aux aspirations d'un renouvellement politique et administratif. Le défi du renouvellement des cadres dirigeants reste le chantier principal pour sortir d'une gouvernance que certains qualifient désormais de degré zéro de l'action républicaine.

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