Cameroun, Regards: Les deux mousquetaires
© Quotidien Mutations : Georges Alain Boyomo | 29 Apr 2019 17:00:00 | 4467Marcel Niat Njifenji et Cavaye Yéguié Djibril ont certainement raté une occasion de se taire.
Suite à la résolution du Parlement européen du 18 avril 2019, les présidents des deux chambres du Parlement camerounais ont cru devoir réagir sur fond de dénégations, mais également pour convier les eurodéputés à effectuer une visite au Cameroun « afin que ces derniers se fassent eux-mêmes leur propre opinion sur la situation sociopolitique et sécuritaire » du pays.
Venant de ces deux personnalités, la réplique, justifiée, du pouvoir de Yaoundé, perd toute légitimité.
En effet, sous leur étroit contrôle, le Sénat et l’Assemblée nationale camerounais ont refusé de prendre leur part dans la recherche des solutions à la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Hormis les condamnations et appels à la paix dans les discours en début et en fin de sessions, excepté la déclaration conjointe au monument de la Réunification le 1er octobre 2017, Niat Njifenji et Cavaye Yéguié Djibril ont mis un véto à tout débat en séance plénière sur la question.
Malgré l’insistance et l’offensive « bruyante » du Social Democratic Front (SDF), rien n’y fera. L’ « opération blocus » portée par le SDF finira par s’évanouir face au roc érigé par la deuxième et la troisième personnalité de l’Etat, convaincues de ce que l’action du gouvernement - bras de l’exécutif - était juste et suffisante pour désamorcer la tension.
Dans la même veine, aucune enquête parlementaire n’a été diligentée pour permettre au Parlement d’offrir sa propre grille de lecture de la situation qui prévaut dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest au chef de l’Etat. Mendiant (autoproclamé) de la paix, on imagine bien qu’aucune contribution, qui plus est émanant de la représentation nationale et des collectivités décentralisées, n’est de trop sur la table du président de la République.
Sur ce dossier comme sur bien d’autres, il semble donc évident que Cavaye Yéguié Djibril et Marcel Niat Njifenji se sont autocensurés. Une démarche qui les conforte dans le rôle assumé d’émasculation du pouvoir législatif au Cameroun en vue de préserver leurs postes et les avantages qui y sont attachés. Au diable les préoccupations du peuple et de la République, seuls comptent les désirs d’éternité sur des strapontins douillets.
Bien plus, inviter les parlementaires européens à se déplacer pour « juger par eux-mêmes la situation sur le terrain », après avoir renoncer à le faire, est un aveu d’impuissance, une trahison vis-à-vis de leur mandant et un exercice d’autodérision auquel se sont livrés sans gêne les deux mousquetaires agissant au nom du Parlement camerounais.
Dans le fond, la résolution du Parlement européen, prétexte des communiqués des présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, est à sérier.
Le ton condescendant et injonctif qu’on y note ne doit pas pousser le gouvernement à jeter le bébé avec l’eau du bain. Les actions urgentes attendues pour une sortie de crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, pour l’amélioration de notre système électoral ou contre les menaces à notre vivre-ensemble ne sauraient être diluées dans un appel (opportuniste ?) à la défense de la patrie face aux pressions extérieures.
Aux parlementaires européens, qui seraient très préoccupés par notre sort, il est peut-être temps de dire que l’urgence de s’attaquer aux questions de paix et de développement s’accommode mal de l’exaltation des pratiques contre-nature et illégales. Le curseur doit rester sur l’essentiel.
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