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Cameroun - Récurrence : Pourquoi les inondations persistent à  Yaoundé ?

Des milliards ont été mobilisés pour construire un canal devant augmenter la capacité de drainage des eaux du Mfoundi et de ses affluents. Au moment où ce projet tire vers la fin, la capitale du Cameroun, chaque fois qu’il pleut abondamment, se trouve sous les eaux. Enquête.

Le soleil ardent de mardi 27 février 2018 contraste avec la forte pluie qui s’est abattue la veille dans la ville de Yaoundé. A l’avenue Kennedy, devenue le temps d’une soirée  un  fleuve en pleine ville où nagent des voitures, la vie a repris. Des vendeurs se sont réinstallés. Les magasins ont rouverts après une matinée intense de nettoyage. A notre passage vers 13h, les traces de boue étaient visibles sur certaines devantures.

Mais les dépôts d’ordures  laissés par ces eaux sont les plus visibles. Pour mesurer le niveau des flots, il faut se rendre sur le lit du Mfoundi qui disparait au niveau du rond-point. Des fers ont été posés pour servir de ponts aux passagers. L’on peut alors observer jusqu’où les eaux ont atteint la veille lors de la montée. Des bouteilles vides s’entassent en bordure, des herbes vertes couchées dans le sens de ces eaux, puis des tissus en grandes quantités sont accrochés au niveau de ce qu’on pourrait appeler l’entrée du  tunnel. Quatre orifices sont prévus. Elles ont une capacité d’environ 3 m de largeur et deux de hauteur.

Suffisant donc pour évacuer toutes ces eaux. Seulement, sur les quatre, seuls un est fonctionnel à 100%. Les trois autres sont bouchés au moins à moitié pas du sable, et autres objets solides. C’est donc par-là que le Mfoundi est sorti de son lit pour inonder cette partie de la ville. Aussi faut-il le rappeler, la poste centrale est une sorte de réceptacle. Les eaux viennent de partout et forment un lac lorsqu’il pleut abondamment.

Pourquoi donc, nonobstant des projets mis en œuvre, Yaoundé continue à être sous les eaux ? Nos sources convoquent tout d’abord la topographie de la ville. D’une superficie urbanisée de plus de 100 km2, la ville de  Yaoundé présente un relief accidenté. La direction de la Protection civile (Dpc) du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation rappelle que le relief de Yaoundé n’offre que 70% de sa superficie à l’urbanisation. Il y a ensuite, la pluviométrie. Elle est d’une rare abondance. Pas moins de 2000 mm d’eau/an. La pluie de lundi en est une parfaite illustration. A cela, il faut ajouter le manque d’infrastructures d’assainissement.

« Presque tous les quartiers de la capitale sont exposés du fait de l’insuffisance des canalisations ou de leur obstruction par les déchets ménagers et industriels. Le tout exacerbé   par les changements climatiques qui font tomber des quantités de pluies inattendues », explique cet expert. Face à cette situation, l’Etat avait envisagé quelques solutions. Il en est ainsi de l’augmentation de la capacité de drainage des eaux du Mfoundi et de ses affluents. Il était question de recalibrage et bétonnage du Mfoundi sur 6 km  ;  du recalibrage de quatre affluents du Mfoundi ; de la réalisation d’ouvrages de franchissement des canaux et de rampes d’accès ; de l’aménagement des berges du Mfoundi ; de la réalisation, à titre pilote, d’une infrastructure pour le dépotage et le traitement des matières de vidange des fosses d’assainissement des eaux usées. L’agence française de développement avait mis de l’argent dans le projet et d’autres structures encore.

Le projet est en cours. « Ce chantier comprend deux lots, dont les travaux du Mfoundi en aval, démarrés en décembre 2015 au niveau de la SCDP jusqu’au-delà de l’échangeur Nsam, effectués par l’entreprise Razel. Le lot numéro deux est situé en amont à partir de la poste centrale jusqu’au pont de la gare. Cette partie en amont du Mfoundi est associée aux  travaux de quatre autres affluents débutés en octobre 2015 et exécutés par la société chinoise Anshui Shuian », explique Jean Brice Cyrille Ayi Ateba, ingénieur des marchés des travaux du Projet d’assainissement de Yaoundé, PADY 2. En fait, ce projet n’est ni le premier, ni le dernier.

En 2009, se rappelle-t-on, Clobert Tchatat, alors ministre du Développement urbain et de l’Habitat avait lancé un projet pour éviter ces inondations. Le consistait en la création du canal du Mfoundi aval et de trois dégrilleurs à Yaoundé. Jeudi dernier, à la Scdp, les travaux étaient en cours. Aussi était-il prévu la construction des espaces de loisirs (maison de la femme, maison des jeunes, restaurants...).

Le projet, financé d’un montant total de 22,3 milliards de francs Cfa, est piloté par le gouvernement camerounais avec l’appui des partenaires internationaux. Les travaux conduits par China International Water and Electric Corp, vont également changer le visage de la rivière Mfoundi. Pour Clobert Tchatat, c’est en  quittant son état actuel de rivière poubelle, pour retrouver sa qualité de rivière urbaine, que le Mfoundi participera, comme il le doit, à la recomposition urbaine.

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