Cameroun - SYNIES : « Pas de mandat », Bamenda et Buea recadrés
© Camer.be : Toto Jacques | 12 Sep 2026 01:42:57 | 335
SYNIES Cameroun : le syndicat désavoue des professeurs de Bamenda et Buea et maintient la grève illimitée. La rentrée académique menacée.
Alors que la grève illimitée dans les universités publiques camerounaises entre dans sa deuxième semaine, le Ben-SYNIES recadre trois de ses membres et maintient la pression sur le gouvernement.
Le Bureau exécutif national du Syndicat national des enseignants du supérieur (Ben-SYNIES) a désavoué trois professeurs des universités de Bamenda et de Buea pour avoir participé à une réunion de crise sans mandat. Dans un communiqué publié ce vendredi 11 septembre 2026, le syndicat qualifie leur participation de « positionnement personnel » et rappelle que le mot d'ordre de grève illimitée, lancé le 3 septembre, est maintenu. Derrière cette mise au point, une réalité plus profonde : le SYNIES est en crise. Et la grève, elle, continue.
UNE RÉUNION DE CRISE QUI TOURNE COURT
Le 9 septembre 2026, le ministre d'État chargé de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, adresse un message-porté aux responsables syndicaux. La convocation est urgente. Une réunion de crise est fixée au 11 septembre à Yaoundé. Objectif : désamorcer le conflit qui paralyse les huit universités publiques du pays depuis le 3 septembre.
Mais la réunion n'aura pas lieu. Le 10 septembre, la secrétaire générale du SYNIES, la professeure Wogaing Fotso Jeannette, notifie au ministre le refus du syndicat de s'y rendre. Trois arguments sont avancés : un délai de convocation trop court, une absence d'ordre du jour précis sur les revendications de fond, et une composition de délégation imposée par le ministère. Le SYNIES propose une reprise des négociations entre le 15 et le 18 septembre 2026.
« POSITIONNEMENT PERSONNEL » : LE SYNIES RECADRE SES MEMBRES
Mais le refus de la réunion n'est pas la seule information du jour. Dans un communiqué distinct, le Ben-SYNIES se désolidarise fermement de trois professeurs qui, malgré le mot d'ordre national, se sont présentés à la réunion de crise avec leurs casquettes syndicales. Michaël Lang et Confidence Chia Ngam, de l'université de Bamenda, ainsi que James Arrey Abangma, de l'université de Buea, sont directement visés.
Le syndicat est catégorique : ces derniers ont agi « sans aucun mandat ». Leur participation relève strictement d'un « positionnement personnel » qui, selon le Ben-SYNIES, ne défend en rien les intérêts de la corporation. Le message est clair : l'unité syndicale est une ligne rouge.
UNE CONVOCATION EXPÉDITIVE DÉNONCÉE
Le Ben-SYNIES dénonce également les conditions dans lesquelles la réunion a été convoquée. Selon le communiqué, l'invitation a été lancée la veille, en pleine nuit, via WhatsApp. Une méthode jugée « expéditive » qui, pour le syndicat, ne réunit pas les conditions d'un dialogue productif et efficace.
« Une convocation à 23 heures pour une réunion le lendemain à 11 heures, ce n'est pas du dialogue social. C'est une tentative de passage en force », confie un responsable syndical sous couvert d'anonymat. Une source proche du dossier évoque même des pressions exercées sur certains coordonnateurs universitaires pour qu'ils assistent à la rencontre.
LA GRÈVE ILLIMITÉE EST MAINTENUE
Malgré les tensions internes, le Ben-SYNIES reste inflexible sur le fond. Le mot d'ordre de grève illimitée, lancé le 3 septembre dernier, est purement et simplement maintenu. Les enseignants exigent le paiement intégral de la dette académique des arriérés qui, selon le syndicat, remontent à l'année 2000 et de l'allocation spéciale pour la modernisation de la recherche, dont le quatrième trimestre 2025 et les deux premiers trimestres 2026 n'ont pas été versés.
« Pas de retour dans les amphithéâtres avant le paiement intégral », martèle le communiqué. Une position qui, à un mois de la rentrée académique officielle, plonge les universités publiques dans l'incertitude.
UNE FRACTURE AU SEIN DU MONDE UNIVERSITAIRE ANGLOPHONE
La désolidarisation des professeurs de Bamenda et Buea n'est pas un simple incident de parcours. Elle révèle une fracture plus profonde au sein du monde universitaire anglophone, déjà éprouvé par des années de crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
James Arrey Abangma, professeur à Buea, est une figure connue du syndicalisme universitaire anglophone. En 2017, il avait déjà défrayé la chronique en annonçant la fin d'une grève de quatre mois, sans l'aval du SYNIES national. Michaël Lang et Confidence Chia Ngam, de Bamenda, sont également des acteurs influents de leurs campus respectifs. Leur participation à la réunion du MINESUP pourrait signaler une fracture entre les antennes locales et une direction nationale qui, elle, refuse toute négociation tant que les revendications financières ne sont pas satisfaites.
UN CONTEXTE SOCIAL DÉGRADÉ
La crise actuelle s'inscrit dans un contexte plus large de dégradation des conditions de travail dans les universités publiques camerounaises. Le Pr Abah Oyono, membre du SYNIES, dresse un tableau sans concession : « Pas d'infrastructures dignes, des enseignants qui n'ont pas de toilettes, des enseignants qui n'ont pas de bureau, des enseignants qui ont des salaires misérables. Un professeur gagne à peine 500 000 francs. »
Cette précarisation, le SYNIES la dénonce depuis des années. En janvier 2026, un débrayage national de dix jours avait déjà été organisé pour les mêmes motifs. En juin, une grève d'avertissement d'une semaine avait perturbé les soutenances de thèses. En août, un sit-in avait été annoncé devant le ministère de l'Enseignement supérieur. À chaque fois, les revendications sont restées lettre morte.
ET MAINTENANT ?
Le SYNIES propose une reprise des négociations entre le 15 et le 18 septembre 2026. Le ministère n'a pas encore répondu à cette proposition. En attendant, la grève continue. Les pré-inscriptions des nouveaux bacheliers sont bloquées. Les activités de recherche sont suspendues. Et à un mois de la rentrée, les amphithéâtres restent désespérément vides.
La question n'est plus de savoir si la rentrée aura lieu. Elle est de savoir si elle aura lieu dans des conditions dignes pour les enseignants et les étudiants. Pour l'heure, rien n'est moins sûr.
Pourquoi le SYNIES est-il en grève au Cameroun ?
Le SYNIES réclame le paiement intégral de la dette académique couvrant la période 2000-2021, ainsi que l'allocation spéciale pour la modernisation de la recherche. Le syndicat dénonce également la dégradation des conditions de travail et les salaires jugés insuffisants.
Qui sont les professeurs désavoués par le Ben-SYNIES ?
Michaël Lang et Confidence Chia Ngam, de l'université de Bamenda, ainsi que James Arrey Abangma, de l'université de Buea. Ils sont accusés d'avoir participé à une réunion de crise sans mandat du syndicat national.
Quand la grève va-t-elle prendre fin ?
La grève est illimitée. Le SYNIES a proposé une reprise des négociations entre le 15 et le 18 septembre 2026, mais le ministère n'a pas encore donné suite. Le mouvement se poursuit jusqu'à satisfaction des revendications.
Qu'est-ce que la dette académique ?
La dette académique correspond aux arriérés de paiement dus aux enseignants-chercheurs pour des prestations académiques (jurys de thèse, soutenances, cours) accumulés entre 2000 et 2021. Le SYNIES estime qu'elle n'a jamais été intégralement payée.
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#SYNIES #Cameroun #Grève #Universités #EnseignementSupérieurLire aussi
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