CAMEROUN :: Gestion des attentats terroristes : François Hollande peut-il inspirer Paul Biya ? :: CAMEROON
© Le Messager : Jean François CHANNON | 17 Nov 2015 10:04:04 | 4256En se mettant au front de bout en bout, avec une abnégation et un courage héroïques, face à l’horreur de Paris du 13 novembre dernier, avec ces douloureux attentats terroristes qu’a vécus la capitale française, le président de la République française a montré aux yeux du monde entier ce que c’est que le devoir d’un chef d’Etat en cas de crise grave. C’est bien cette stature qui a le plus manqué à Paul Biya, président du Cameroun, depuis que le Cameroun compte en centaines les morts de Boko Haram, l’horrible secte islamiste et terroriste qui fait la guerre au Cameroun.
En se rendant au Stade de France au soir du 13 novembre 2015, pour soutenir l’équipe de France de football qui rencontrait l’équipe d’Allemagne en match amical, François Hollande était déjà dans sa stature de président proche de son peuple, et qui marque sa présence partout où les intérêts de son pays sont en jeu. Et c’est bien là aux alentours du stade de France à Saint Denis que les terroristes ont choisis frapper. Immédiatement, en toute discrétion et efficacité, la sécurité du président français a décidé de l’exfiltrer.
François Hollande aurait pu, dans une panique compréhensible, regagner le Faubourg Saint-Honoré où se trouve le Palais de l’Elysée. Mais conscient du rôle de président, garant de la sécurité de tous ses concitoyens, il est allé au ministère de l’intérieur, retrouver Bernard Caseneuve, le patron des lieux, avec qui il a organisé une concertation sécuritaire, pour avoir une idée de ce qui était en train d’arriver à la France. C’est bien là que le président se rend compte que les terroristes ont décidé de frapper de manière simultanée, en plein cœur de Paris. Le Bataclan, célèbre salle de spectacle parisienne, localisée dans le 11è arrondissement, qui accueillait ce soir-là un concert de rock d’un groupe américain a été cruellement attaqué par les terroristes. Ils ont vidés leurs chargeurs sur les spectateurs. De même Place de République, les terroristes ont attaqué un restaurant asiatique, tuant des innocents.
Un président au front
De retour au Palais de L’Elysée, et alors que les attaques terroristes étaient encore en cours, François Hollande a décidé de s’adresser au peuple de France pour expliquer ce qui se passait. Une prise de parole présidentielle nécessaire dans ce contexte de grave crise. La voix nouée d’émotion, le président Hollande a dit aux français sa détermination à ne pas plier face aux terroristes. Mais surtout il a eu des propos réconfortants vis-à-vis des familles des victimes. S’adressant ainsi aux Français, il a décrété l’état d’urgence sur l’ensemble du pays, puis ordonné trois jours de deuil national. Au milieu de la nuit, François Hollande a convoqué un conseil de défense regroupant outre le premier ministre, ceux de la défense, de l’intérieur, la Garde des Sceaux et la ministre de l’environnement pour tabler sur la situation qu’était en train de vivre la France, et envisager les solutions immédiates. François Hollande s’est rendu ensuite dans l’après-midi de samedi respectivement au Bataclan et sur les autres sites où les attentats terroristes ont eu lieu. Question de se rendre personnellement compte de l’ampleur des attaques. Entre Zero heure et 12 heures samedi, le chef de l’Etat français a tenu deux conseils de défense, deux conseils de ministre puis un troisième dans l’après-midi. Avec comme objectif entre autres d’analyser la situation avec les principaux responsables en charge de la sécurité et de la défense. Ce lundi, le président français doit s’adresser aux parlementaires français, rassemblés au Palais de Versailles pour le rencontre compte de ce qui a été entrepris par l’exécutif face aux attaques terroristes dont l’ampleur n’a jamais été égalée. Dans les prochains jours, il est prévu un hommage aux victimes de ces attaques terroristes à Paris et partout en France. Là aussi, le président Hollande sera en première ligne. Déjà ce midi, toute la France s’arrêtera pour une ministre de silence en mémoire des victimes de cette barbarie inqualifiable.
Frustrations camerounaises
Face à un tel déploiement du président français dont le pays a été si durement meurtri par ces attaques terroristes, les Camerounais qui vivent depuis de long mois les mêmes attaques terroristes sur leur territoire en sont à rêver. Voici plus de deux ans que Boko Haram a décidé d’attaquer le Cameroun. Nos vaillantes forces de défense et de sécurité se battent au quotidien avec une détermination à la fois héroïque et patriotique contre cette nébuleuse terroriste. Hommage donc à nos troupes et dans leur ensemble à nos forces de défense et sécurité qui jusque-là, défendent notre territoire et leurs concitoyens et ne permettent que les terroristes puissent venir frapper la capitale camerounaise où d’autres métropoles stratégiques du pays.
Tous les morts de Fotokol, Kolofata, Amchidé, Maroua et autres villes et villages frontaliers de la région de l’Extrême-Nord, restent dans les cœurs de tous les Camerounais. De nombreux éléments des Forces de défense et de sécurité paient de leur vie sur le champ de batailles, et le sang de nombreux Camerounais civils inonde la terre de leurs ancêtres sous les coups des affreux de Boko Haram. Le décompte à ce jour, selon une source proche du ministère de la Défense parle de plus de 200 morts. La grande frustration des Camerounais, au regard du déploiement du président français dans la gestion des attentats de Paris, réside dans le fait que Paul Biya le président du Cameroun est resté pratiquement évanescent dans la gestion des attentats terroristes devenus récurrentes sur le territoire camerounais. C’est pourtant lui qui, depuis Paris, il y a environ 20 mois a déclaré la guerre à Boko Haram. Le chef des armées et chef de guerre n’est non seulement jamais allé au front, mais aussi n’a personnellement jamais assisté aux hommages rendus aux soldats tombés sur le champ de la bataille et aux autres morts civils causés par l’horrible secte terroriste Boko Haram.
A chaque fois, il a délégué le ministre de la défense pour présider en son nom les cérémonies d’hommages aux soldats morts pour défendre la patrie. On ne souvient pas non plus qu’il y ait eu un conseil ministériel présidé par le chef de l’Etat camerounais avec comme sujet unique à l’ordre du jour les attaques terroristes de Boko Haram. Nous voyons d’ici la réaction des thuriféraires du régime en place qui, lisant ces lignes, se dire comme d’habitude en bombant le torse que Paul Biya n’est pas François Hollande. Et à chacun son style. Mais à quoi sert donc un président de la République, s’il ne peut pas rassurer son peuple meurtri quasi au quotidien par des attaques terroristes de Boko Haram, par une présence physique et une prise de parole directe et constante ? Comment expliquer que le président Biya ne se soit jamais déplacé ni à l’Assemblée nationale, ni au Senat, depuis que Boko Haram sème la mort au Cameroun, pour indiquer aux représentants du peuple et des collectivités locales ce que l’exécutif camerounais fait pour éradiquer définitivement la secte islamiste Boko Haram et sécuriser les Camerounais ? C’est bien de cela qu’il s’agit.
Au final, les camerounais sont tous conscients qu’ils ont un président qui est désormais un patriarche du fait de son âge avancé. Logiquement il ne saurait manifester une énergie identique à celle d’un François Hollande plus jeune que lui. Et puis, 33 ans au pouvoir cela ne peut inspirer que de la lourdeur dans les automatismes. Mais à qui la faute ? Tout ce que l’on souhaite, c’est bien que notre président puisse s’inspirer de ce que nous vivons en France par le président de ce pays. Il n’y a aucune honte à cela.
Et puis, il est évident que les Camerounais, très nombreux en France et Friands de mouvements ludiques devaient se trouver dans les lieux de la tragédie. Le gouvernement sait-il à ce jour s’il y en a parmi les victimes. Déjà samedi soir, le gouvernement malien déplorait le décès d’une de ses compatriotes, celui de Tunisie en comptait au moins deux. S’il n’y a pas eu des nôtres, gloire à Dieu.
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