Cameroun - Guerre contre Boko Haram : 200 policiers abandonnés dans la dèche à l’Extrême nord
© Le Messager : Souley ONOHIOLO | 17 Sep 2015 01:56:41 | 6366Déployés dans la zone la plus à l’extrême du septentrion pour des missions de sécurisation de la Région, les éléments de Martin Mbarga Nguelé broient du noir ; tels des mouches en sursis et en errance, ils sont confrontés aux risques massifs de contamination à cause des conditions d’hygiène et d’insalubrité alarmantes.
Responsables de nombreuses familles, éloignés des leurs, ils n’ont pas connu comme tous les autres parents d’élèves la joie de dire au revoir à leurs enfants ; ni même de prendre le chemin de l’école, pour les accompagner à leur établissement le 7 septembre dernier, jour solennel de la rentrée des classes. Ils ne sont pas les seuls à plaindre. Impuissants, des éléments des forces de défense affectés dans les zones septentrionales du front de lutte contre l’agresseur Boko Haram ont également fait face à la même dure réalité de la rentrée des classes qui s’annonce blanche et sèche pour certains de leurs enfants.
On peut bien comprendre que du fait de l’enfer du devoir, l’absence des forces policières auprès de leurs enfants est liée à l’appel du service qui les a conduits à un déploiement dans la région de l’extrême-Nord. Ils sont selon nos sources, un peu plus de 200 éléments de la police, envoyés depuis le début du mois d’août dernier par le délégué général de la Sûreté nationale (Dgsn), Martin Mbarga Nguelé, pour la mission de sécurisation dans les villes de Maroua, Mokolo, Mora et Kousseri.
S’y étant rendus en chantant et en clamant « honneur et fidélité », les 200 éléments de police étaient loin de s’imaginer qu’ils seraient logés dans des conditions d’hygiène et d’insalubrité difficiles. « Jusqu’à ce jour, nous n’avons reçu que le minable casse-croute. Nous sommes surpris d’apprendre qu’un journal aurait insinué que nous avons perçu des frais de mission. Ce qui est absolument faux », s’insurge un élément de la police. « Nous sommes logés dans des salles de classe ; presque pas de sanitaires. Nous cherchons nous-mêmes à manger dans un environnement où la vie chère est à son niveau le plus élevé. Il y a déjà eu trois évacuations sanitaires. C’est vraiment dur ici », dénonce un autre policier, joint au téléphone. Ils se désolent de l’indifférence des pouvoirs publics à propos de leurs cris de détresse et de désespoir. L’on est tenté de penser, à en croire certains éléments de la police envoyés au front, que le ras-le-bol prend le dessus sur l’enthousiasme du début de leur mission.
L’aveu d’impuissance de Martin Mbarga Nguélé
« L’ambiance ici est infernale. Les gars n’ont plus le moral. Les conditions de vie sont déplorables ; la vie est très chère. Le casse-croute qui nous parvient est largement insuffisant. La logistique n’étant pas assurée, chacun se débrouille comme il peut, dans des villes où le danger plane en permanence », confie encore un policier, dans le désarroi. Selon lui, le ressentiment est à son comble. L’écœurement profond. Au délabrement et des puanteurs que dégagent les sanitaires infestes et désagrégées, s’ajoute une promiscuité indigeste. L’on peut s’interroger sur le rendement et la qualité de service que peuvent produire des policiers, « embastillés » dans des enclaves aussi impropres ; les conditions d’hygiène approximatives ; des moyens de survie inconsistants. Régulièrement logés comme des souris dans des trous, meurtris par un dénuement en matériel et en outils d’intervention efficaces et offensif, l’on peut admettre qu’un tel tableau noir n’est pas différent de celui que vivent au quotidien les policiers camerounais dans les commissariats de Police. Mais le contexte est différent.
Le reporter du Messager a multiplié des efforts, à l’effet de rencontrer Martin Mbarga Nguelé. En vain. D’attente lasse, un des plus proches collaborateurs du délégué général à la Sûreté nationale, joint au téléphone après plusieurs tentatives infructueuses, a indiqué que le chef de corps, tout naturellement, ne semble pas partager le pessimisme, les envolées apocalyptiques et le désarroi de ses collaborateurs. Martin Mbarga Nguelé, pense qu’il y a de l’hyperbole et de la surenchère dans la narration des faits et la densité des complaintes exprimées par les policiers. « Le délégué général à la Sûreté nationale, fait savoir qu’il met à la disposition des policiers au front, tout ce qu’on lui donne pour cette cause en haut lieu. Il dit qu’il ne peut détourner ni affecter à d’autres destinations ce qui est dégagé pour ses éléments. En attendant que les choses changent » affirme notre source interne au cabinet du Dgsn. A l’impossible pour Martin Mbarga Nguelé, de procéder autrement, il demande à ses collaborateurs de se contenter de ce qui leur parvient.
Mais la dernière grève en date des militaires, nous parle. Brisant les chaînes de l’indocilité, les frontières de l’insupportable, ils se sont jetés dans la rue. Leur indignation aux allures de révolte pour des grévistes, des militaires, réputées appartenir à la grande muette, commande à Martin Mbarga Nguelé, beaucoup de prudence. Au risque de voir les policiers l’attendre au tournant.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- Armée camerounaise : le n°2 part, le n°1 absent
- Rebecca Enonchong : la tech africaine fait plier l’État au tribunal
- Jeanne Irène Biya : 34 ans après ou chronique d'une mémoire piétinée
- ICT University annonce la tenue du Sommet des TIC pour l'Afrique, défi de l'innovation technologique
- Disparition de Charlotte Meyo : retrouvée morte dans la rivière Mfoulou
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
France - Pierre Njanka Beaka : du but légendaire aux bulles de l'excellence
France - ANGERS A VIBRÉ AU RYTHME DU GALA DES BELLES RENCONTRES avec Lady Ponce
France - Kissilâ Kay-Funky Mama: "Megasound c’est créer une scène pour tous les talents"
Cameroun - Déchet toxique à Douala : un mort, Hysacam nie
La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France consacre le retour diplomatique du Gabon
il y a un mois
Argentine-Cap-Vert : le match sous influence spirituelle
Belgique - Un mémorial Marcel Tchangue organisé par la diaspora combattante camerounaise le 4 juillet prochain
Nigéria - Des jumeaux épousent des jumelles au Nigeria
Allemagne - « Un peu sauvage » : Schweinsteiger accusé de racisme après ses propos sur la Côte d'Ivoire
Danpullo Air Line : 500 milliards pour révolutionner le ciel camerounais
il y a un an