Douala-Bafoussam : l'accord de 139,2 milliards FCFA enfin signé à Bangkok
© Camer.be : Toto Jacques | 14 oct. 2026 11:21:00 | 443139,2 milliards FCFA de la BID pour réhabiliter la route Douala-Bafoussam. 218 km, 3 lots, 108 km de voies de desserte. Ce que change cet accord pour l'Ouest.
La Banque islamique de développement finance la réhabilitation de la nationale 5, un axe vital pour l'économie camerounaise en état de dégradation avancée.
Le Cameroun a signé un prêt de 139,2 milliards FCFA avec la BID pour réhabiliter la route Douala-Bafoussam. Un axe de 218 km, vital pour l'économie de l'Ouest.
Bangkok, 13 octobre. Un stylo, une signature, et 139,2 milliards FCFA.
L'accord a été paraphé en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, par Alamine Ousmane Mey, ministre de l'Économie, et Muhammad Sulaiman Al Jasser, président de la BID.
La route Douala-Bafoussam attendait ce moment depuis des années. Des décennies, diront certains. Le 13 octobre 2026, à Bangkok, la Banque islamique de développement a officiellement débloqué 212,35 millions d'euros soit environ 139,2 milliards de FCFA pour la réhabilitation de la nationale 5.
Le chantier est colossal. Et il commence par un constat que tout automobiliste camerounais connaît trop bien : la N5 est exsangue.
Nids-de-poule, affaissements, 10 heures de trajet : l'état critique de la N5
La route nationale 5 relie Douala, poumon économique du pays et siège du principal port maritime, à Bafoussam, capitale régionale de l'Ouest. Sur le papier, 218,9 kilomètres. Dans la réalité, un parcours du combattant.
Les temps de trajet atteignent aujourd'hui 10 à 11 heures, contre 3 à 4 heures il y a quelques années. Des nids-de-poule par centaines, des affaissements par endroits, des portions entières de chaussée parties en lambeaux.
Les interventions ponctuelles menées au fil des années n'ont rien réglé. Elles ont colmaté. Elles n'ont pas réparé.
Ce sont les transporteurs qui paient en premier. Usure accélérée des véhicules, consommation de carburant en hausse, pneus qui explosent : chaque voyage sur cet axe coûte plus cher que prévu. Et ce surcoût, ce sont les consommateurs qui le retrouvent sur les étals des marchés.
En 2024, le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) alertait déjà sur le poids des coûts logistiques. Le patronat notait une progression des coûts de transport de 11,5 % en 2023, puis de 12 % en 2024. Sur un axe aussi stratégique, la dégradation de la chaussée agit comme un multiplicateur silencieux.
Ce que finance réellement le prêt de 139,2 milliards FCFA
Le projet, baptisé PRRDB (Projet de réhabilitation de la route Douala-Bafoussam), couvre 92,35 % du coût total, évalué à 229,93 millions d'euros, soit 150,82 milliards de FCFA.
Le reste environ 11,53 milliards de FCFA sera apporté par l'État camerounais, notamment pour les expropriations, l'aménagement des routes communales et la construction d'infrastructures socioéconomiques.
Trois lots, trois tronçons, un même objectif
La réhabilitation est divisée en trois lots :
- Lot 1 : Bekoko-Penja, 70 km
- Lot 2 : Penja-pont du Nkam, 77,7 km
- Lot 3 : pont du Nkam-Bandjoun, 71,2 km
Soit un linéaire total de 218,9 kilomètres.
S'y ajoutent 108 kilomètres de voies de desserte, notamment sur les axes Loum-Yabassi et Bafang-Nkondjock, ainsi que le bitumage de voies de contournement de Bafoussam sur environ 30 kilomètres.
Le projet inclut également des équipements sociaux : salles de classe, centres de santé, infrastructures d'approvisionnement en eau, marchés, équipements agricoles.
Pour les populations vivant le long du corridor, ces investissements ne sont pas des accessoires. Ils sont la condition pour que la route serve à quelque chose d'autre qu'à traverser un territoire.
L'enjeu économique : désenclaver le bassin agricole de l'Ouest
La nationale 5 n'est pas une route comme les autres. C'est le cordon ombilical entre le port de Douala par lequel transitent une grande partie des marchandises importées et les marchés intérieurs, mais aussi le bassin agricole de l'Ouest, l'une des principales zones de production du pays.
Le ministère de l'Économie le formule sans détour : l'aménagement doit « faciliter l'écoulement des produits du bassin agricole de l'Ouest vers les principaux centres de consommation du Cameroun, ainsi qu'à destination des pays voisins ».
Traduction concrète : quand la route est mauvaise, les tomates pourrissent avant d'arriver à Douala. Le plantain coûte plus cher à Yaoundé. Les producteurs de l'Ouest perdent des marges.
Ce n'est pas une question de confort. C'est une question de survie économique pour des milliers de familles paysannes.
Le projet s'inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui vise à réduire les contraintes de transport et à renforcer les échanges avec les pays voisins.
Un prêt de 20 ans, mais des zones d'ombre
La durée du prêt est de 20 ans, dont cinq ans qualifiés de « période de gestation ».
Ce que la BID ne précise pas, en revanche : le taux d'intérêt appliqué, les commissions, les garanties éventuelles, le profil d'amortissement et le calendrier des décaissements.
Sans ces éléments, impossible d'évaluer le coût total du financement et les charges annuelles qui pèseront sur le budget de l'État.
C'est un point que nous soulignons parce qu'il compte : un prêt concessionnel reste un prêt. Et un prêt de 139,2 milliards FCFA, même étalé sur vingt ans, laisse des traces dans les comptes publics.
Le financement par la BID suit la méthode de financement conforme à la charia, précise l'institution. Nous n'avons pas pu obtenir de précisions supplémentaires sur les modalités exactes avant publication.
Un portefeuille BID déjà conséquent au Cameroun
Ce prêt ne tombe pas de nulle part. Le Cameroun est membre de la Banque islamique de développement depuis 1977. Depuis cette date, la BID a approuvé un total de 4,22 milliards de dollars de financements pour le pays.
Le portefeuille actif comprend 19 projets, dont 43,20 % relèvent du domaine des transports. Parmi ces projets figure notamment l'appui au Plan présidentiel de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
En septembre 2026, la BID avait déjà signé un accord de 41,92 millions d'euros (27,4 milliards FCFA) pour le Projet de développement rural intégré du Dja.
La coopération entre le Cameroun et la BID ne date donc pas d'hier. Elle s'inscrit dans la durée, avec ses réussites et ses limites.
Les travaux sont prévus sur 48 mois pour les tronçons Bekoko-Penja et Penja-pont du Nkam, et 42 mois pour le tronçon pont du Nkam-Bandjoun, une fois les contrats attribués.
Un avis de préqualification des entreprises a été rendu public le 18 novembre 2026 par le ministère des Travaux publics. Début septembre 2026, les rapports issus de ces procédures ont été transmis à la BID pour validation.
Le calendrier exact de démarrage des travaux n'a pas encore été communiqué à ce stade.
Reste une question, la plus importante peut-être : ces travaux vont-ils réellement changer le quotidien des Camerounais ?
L'histoire des infrastructures au Cameroun enseigne la prudence. Entre les annonces et les réalités du terrain, il y a souvent un fossé. Le chantier de la N5, lui, sera jugé sur les faits. Pas sur les signatures.
Pourquoi la route Douala-Bafoussam est-elle si dégradée ?
La chaussée souffre de nids-de-poule, d'affaissements et de portions fortement détériorées. Les interventions ponctuelles menées au fil des années n'ont pas permis de résorber durablement ces dégradations. Le trafic intense de poids lourds entre le port de Douala et l'Ouest a accéléré l'usure.
Combien coûte le projet au total ?
Le coût total est évalué à 229,93 millions d'euros, soit environ 150,82 milliards de FCFA. La BID finance 92,35 % via un prêt de 212,35 millions d'euros (139,2 milliards FCFA). L'État camerounais apporte le solde, soit environ 11,53 milliards de FCFA.
Quels tronçons seront réhabilités ?
Trois lots : Bekoko-Penja (70 km), Penja-pont du Nkam (77,7 km) et pont du Nkam-Bandjoun (71,2 km). S'y ajoutent 108 km de voies de desserte, dont Loum-Yabassi et Bafang-Nkondjock.
Quand les travaux commenceront-ils ?
Les contrats doivent encore être attribués. Les travaux sont prévus sur 42 à 48 mois selon les lots. Aucune date de démarrage officielle n'a été communiquée à ce stade.
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