Clément Atangana : dernier voyage vers Yaoundé
© Camer.be : Myriam Zouga | 14 oct. 2026 16:30:00 | 366Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel, est décédé le 4 octobre 2026 à Paris. Sa dépouille est attendue à Yaoundé. Les obsèques se préparent.
Après huit années à la tête du Conseil constitutionnel du Cameroun, Clément Atangana s'est éteint à Paris. Son corps entame son dernier voyage vers Yaoundé.
Clément Atangana, ancien président du Conseil constitutionnel du Cameroun, est décédé le 4 octobre 2026 à Paris. Sa dépouille, mise en bière le 14 octobre en France, est attendue à Yaoundé.
Le cercueil a quitté l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine ce mercredi 14 octobre. Il contient les restes de Clément Atangana, 85 ans, premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun.
À Yaoundé, personne ne sait encore quand le corps arrivera exactement. Les proches se taisent. Les autorités n'ont rien publié. Mais l'avion décollera. Et avec lui, un chapitre de l'histoire institutionnelle du Cameroun.
Une vie dans les tribunaux : d'Ekoumeyeck au Conseil constitutionnel
Clément Atangana est né le 20 septembre 1941 à Ekoumeyeck, un village de l'arrondissement de Ngomedzap, dans le département du Nyong-et-So'o.
Il a intégré la magistrature le 20 décembre 1968. Juge suppléant à la Cour d'appel de Douala pour commencer. Puis juge au tribunal de Nkongsamba en 1969. Président du tribunal d'Eséka en 1971. Président du tribunal de Bafia. Juge à Douala en 1974. Président du tribunal de Mora en 1975. Juge à Yaoundé en 1977. Président du tribunal de Sangmélima en 1978. Président du tribunal de Yaoundé en 1980. Directeur adjoint des affaires judiciaires au ministère de la Justice en 1981. Procureur général près la Cour d'appel de Garoua en 1988. Président de la Cour d'appel de Yaoundé en 1989. Conseiller à la Cour suprême.
Cinquante-sept ans de magistrature. Un homme qui a fait le tour du Cameroun, comme le résume Auréole Tchoumi sur STV : « C'est quelqu'un qui a fait le tour du Cameroun, a été juge par-ci, président du tribunal par-là, procureur général par-ici. Il connaît très bien le Cameroun, il connaît très bien le processus électoral ».
Diplômé de l'ENAM et de l'Institut international d'administration publique de Paris, il a aussi présidé la chambre d'appel de l'ordre professionnel médico-sanitaire de Yaoundé.
Le 7 février 2018, un décret du président Paul Biya le nomme à la tête du tout nouveau Conseil constitutionnel. Il quitte son village, où il voulait cultiver la terre. Il revient à Yaoundé pour diriger l'institution. Il ne repartira plus.
Huit ans de contentieux électoral
Le Conseil constitutionnel a officiellement été mis en place le 7 février 2018, par deux décrets présidentiels.
Sa mission : veiller à la régularité des élections, proclamer les résultats, contrôler la constitutionnalité des lois et des traités, examiner les règlements intérieurs de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Clément Atangana en a été le premier président. Et il l'est resté jusqu'à sa mort.
Sous son magistère, l'institution a eu à traiter les contentieux des élections présidentielles de 2018 et de 2025. Deux élections. Deux contestations. Deux décisions qui ont validé la victoire de Paul Biya.
En 2018, le candidat Maurice Kamto du MRC avait déposé un recours. En 2025, c'est Issa Tchiroma Bakary qui a contesté les résultats. À chaque fois, le Conseil a rejeté les requêtes. À chaque fois, le mot « irrecevable » est tombé des lèvres de Clément Atangana.
Cette voix grave, devenue familière lors des grands rendez-vous électoraux, a marqué la mémoire collective. Le mot « irrecevable », prononcé avec solennité, a scellé le sort de nombreuses requêtes.
Pour ses partisans, il était le garant de la stabilité institutionnelle. Pour ses détracteurs, il était le dernier maillon d'une chaîne qui reconduisait Paul Biya au pouvoir.
Les deux lectures existent. Elles cohabitent dans le pays. Et elles expliquent pourquoi, même dans la mort, Clément Atangana divise.
Une mort qui devient un terrain d'affrontement
Le décès est survenu le dimanche 4 octobre 2026, aux environs de 5h22, à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.
Il avait été évacué en France le 29 septembre, pour raisons sanitaires. Il souffrait d'une longue maladie.
Dix jours plus tard, le 14 octobre, sa mise en bière a eu lieu dans le même hôpital. En présence de ses proches. Ils se sont inclinés devant le cercueil.
Mais entre-temps, quelque chose s'est cassé.
Le 7 octobre, la Fédération des associations du patriarcat traditionnel beti du Cameroun a publié un communiqué. Clément Atangana en était le président. L'organisation dit constater « la publication de commentaires méprisants, offensants et empreints de considérations tribalistes » à l'encontre du défunt.
Elle dénonce des « atteintes » à sa mémoire. Elle menace de saisir la justice. Elle appelle au calme.
Le même jour, une homélie du père Lado Ludovic, un prêtre jésuite, devient virale. Il accuse Clément Atangana d'avoir fait du mal au Cameroun. Certains saluent son courage. D'autres dénoncent une parole indécente au moment où une famille est en deuil.
Alice Nkom, avocate emblématique de la lutte pour les droits des minorités, publie un message d'adieu. « Il reste mon ami », écrit-elle. Elle ajoute : « Clément Atangana a choisi le côté du pouvoir, mais il reste mon ami ».
Benjamin Zébazé, lui, refuse de pleurer. Dans un texte publié après le décès, il évoque un conflit familial et un revirement de jurisprudence. « La mort d'Atangana aurait pu apaiser les tensions. Elle les expose plutôt », résume un observateur.
Patrick Opessa, sur les réseaux sociaux, écrit : « Je ne vais pas mentir sur un cadavre. L'homme est mort ce matin à Paris, à… ». La suite de son message n'est pas reproduite ici, mais le ton est donné.
Le Cameroun ne sait pas encore pleurer Clément Atangana. Il sait seulement qu'il est mort. Et que cela fait débat.
L'intérim est assuré, la succession reste ouverte
Conformément à la loi, le professeur Paul Nchoji Nkwi, doyen d'âge des membres du Conseil constitutionnel, assure l'intérim à la tête de l'institution.
Le bureau du président a été temporairement placé sous scellés à Yaoundé. Le Conseil a officiellement constaté la vacance de la présidence.
La nomination d'un nouveau président relève du chef de l'État. Aucune date n'a été annoncée. Aucun nom n'a filtré.
Clément Atangana laisse derrière lui une institution qu'il a façonnée pendant huit ans. Il a eu à enterrer deux de ses collègues : Joseph Bipoun-Woum en 2023 et Joseph Owona en 2024. Trois décès en huit ans au sein de la même institution.
Le Conseil constitutionnel du Tchad a rendu hommage à sa mémoire. Plusieurs personnalités politiques, magistrats et avocats camerounais aussi. Mais les réactions les plus visibles, sur les réseaux sociaux, sont celles qui fustigent.
La dépouille est attendue à Yaoundé. Selon le programme arrêté, elle devrait être déposée à l'Hôpital général de Yaoundé avant les cérémonies funéraires.
Des obsèques officielles devraient être organisées courant novembre. Clément Atangana était aussi chef traditionnel dans sa contrée natale de Ngomedzap. Un hommage lui sera rendu là-bas aussi.
Mais aucune date n'est confirmée. Le programme définitif n'a pas été publié. Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation officielle avant la rédaction de cet article.
Ce que l'on sait, c'est que le cercueil a quitté la France. Ce que l'on ne sait pas, c'est quand il arrivera. Ni qui l'attendra sur le tarmac. Ni ce que le Cameroun retiendra de Clément Atangana : le magistrat qui a gravi tous les échelons, ou le président du Conseil constitutionnel qui a dit « irrecevable » à toutes les contestations.
Les deux visages sont vrais. Le pays devra choisir lequel enterrer.
Qui était Clément Atangana ?
Clément Atangana était un magistrat camerounais, né le 20 septembre 1941 à Ekoumeyeck. Il a intégré la magistrature en 1968 et a occupé de nombreux postes dans le système judiciaire. En 2018, il a été nommé premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun par Paul Biya. Il est resté à ce poste jusqu'à sa mort le 4 octobre 2026.
Où et quand est-il décédé ?
Il est décédé le dimanche 4 octobre 2026, aux environs de 5h22, à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, en région parisienne. Il avait été évacué en France le 29 septembre pour raisons sanitaires.
Quand sa dépouille arrivera-t-elle à Yaoundé ?
La mise en bière a eu lieu le 14 octobre 2026 en France. Le corps est attendu à Yaoundé, mais aucune date officielle d'arrivée n'a été communiquée à ce stade.
Qui assure l'intérim à la tête du Conseil constitutionnel ?
Le professeur Paul Nchoji Nkwi, doyen d'âge des membres du Conseil, assure l'intérim. La nomination d'un nouveau président relève du chef de l'État.
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