France - Exposition : Barthélémy Toguo présente trois années de création à la Galerie Lelong à Paris
© Camer.be : Alain Ndanga | 13 Sep 2026 10:19:14 | 353Du 10 septembre au 10 octobre 2026, Barthélémy Toguo dévoile trois années de création nourries par des résidences et collaborations au Japon, au Maroc, en Inde et au Burkina Faso. Peintures, sculptures, médaillons et œuvres en céramique traduisent un univers artistique ouvert sur le monde et où l’humanité est au cœur du travail plastique.
Il est environ 16 heures, ce 11 septembre. Les rayons du soleil illuminent le bâtiment sis au 38, avenue Matignon, qui abrite la Galerie Lelong, dans le 8e arrondissement de la capitale française. Une jeune fille, visiblement un top model, arrive avec son équipe pour une séance de shooting photo. Elle recherche un décor qui, dit-elle, doit « avoir un rendu assez original ». Un responsable de son équipe indique que la séance répond à une commande d’un magazine spécialisé dans la mode.
À travers la vitrine de l’antre, se dévoile une installation géante composée de ballons en tissu africain. C’est la partie visible, depuis l’extérieur, de l’exposition du plasticien camerounais Barthélémy Toguo, artiste Unesco pour la paix. Pendant un mois, jour pour jour, collectionneurs et amoureux de l’art plastique vont déambuler dans ce lieu à la recherche d’un trésor appelé à rejoindre leurs collections.
Cultures africaines et japonaises
À l’intérieur des salles, une véritable magie s’opère à travers une exposition qui s’étend sur près de 300 m². Dans la première salle, des feuilles d’eucalyptus attachées sous forme de bouquet et suspendues, introduisent une présence végétale immédiatement perceptible. Leur volume attire le regard tandis que leur parfum accompagne le visiteur. « La présence végétale est chère à Barthélémy Toguo dans son travail », souligne Myriam Attali, une responsable de la galerie. Elle ajoute que feuilles, arbres, animaux et figures humaines traversent régulièrement son univers plastique. Ici, le végétal quitte la représentation pour devenir matière réelle. Dans cet espace, on sent, on ressent, on voit et on entend.
Tout à côté, le visiteur plonge dans l’univers japonais de Toguo. De grands papiers, parfois monumentaux, occupent les murs. Réalisés en papier washi, ils sont nés en 2025, lors d’une résidence à Space 1, à Tokyo, un lieu conçu pour favoriser la rencontre entre les cultures artistiques africaines et japonaises.
Dans le même temps, une autre responsable, Yiran Wu, guide deux visiteurs qui viennent d’arriver. Myriam, quant à elle, achève le parcours avec d’autres visiteurs qui quittent les lieux séduits aussi bien par la qualité du travail plastique que par la scénographie de l’exposition.
Du papier au tissu, de la céramique au laiton, de la peinture à la broderie, l’exposition invite à un voyage avec l’Afrique comme point d’ancrage. « L’exposition rassemble trois années de création de l’artiste camerounais, nourries par différentes résidences et collaborations internationales : Japon, Maroc, Inde, Manufacture de Sèvres (France) et Ouagadougou », explique Myriam. Elle ajoute qu’il s’agit autant d’étapes qui racontent un artiste en mouvement que d’une œuvre qui ne cesse de franchir les frontières.
De nouveaux territoires plastiques
À quelques pas, le parcours bascule vers le Maroc. Les mosaïques de la série Élégies prolongent cette traversée artistique. Elles ont été réalisées en collaboration avec le musée Mohammed VI de Rabat, à l’occasion d’une exposition organisée en 2024. À la mosaïque s’ajoutent des peintures et des céramiques qui apparaissent plus loin dans le parcours.
Plus loin dans l’espace d’exposition, deux installations constituées de ballots de tissu rappellent une autre dimension du travail de l’artiste. Depuis plusieurs années, ces ballots renvoient à l’exode, aux migrations et aux déplacements humains. Ceux présentés à la Galerie Lelong ont été réalisés in situ, spécialement pour cette exposition.
Le parcours s’ouvre ensuite sur une salle volontairement moins cloisonnée. Le Japon et le Maroc laissent place à l’Inde, mais aussi à des œuvres plus anciennes. Deux grandes broderies de deux mètres sur deux mètres attirent immédiatement l’attention.
Cette diversité des techniques révèle quelque chose de la relation entre l’artiste et la Galerie Lelong. La collaboration ne semble pas reposer uniquement sur la longévité. Elle tient aussi à la capacité de Toguo à déplacer constamment son travail et à explorer de nouveaux territoires plastiques.
« C’est évidemment un artiste fantastique, qui a une grande capacité à se renouveler », déclare toute en sourire Myriam. Peinture, sculpture, céramique, installation, dessin, broderie : cette aptitude à changer de médium permet à la galerie de proposer des œuvres très différentes aux collectionneurs, aux institutions et aux lieux d’exposition.
Malcolm X, Nelson Mandela, Michelle Obama
Le parcours ramène ensuite le visiteur vers le Maroc. Les céramiques se déclinent en plats, tajines et soucoupes, abondamment ornés de motifs végétaux et animaux. La figure humaine, cette fois, s’efface. La nature reprend le dessus. À proximité, une peinture de deux mètres sur deux prolonge cette présence végétale caractéristique du vocabulaire de Toguo.
Dans une autre salle, l’exposition prend une dimension plus historique et politique. Vingt médaillons en laiton présentent les visages de personnalités dont l’influence a dépassé les frontières. Malcolm X, Nelson Mandela, Winnie Mandela et Michelle Obama côtoient Oum Kalthoum, Miriam Makeba ou Frantz Fanon. Des figures politiques, culturelles et intellectuelles réunies autour d’un même principe : l’empreinte laissée sur le monde. Au centre de la salle, un grand livre artisanal attire à son tour l’attention. L’ouvrage est le fruit d’un travail mené par Toguo avec des étudiants à Dakar. Ici, l’artiste ne se présente plus seulement comme créateur, mais aussi comme passeur et transmetteur.
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