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Cameroun - Edito de Alain Ndanga : Maurice Kamto, pape du droit, pape de la politique

Maurice Kamto. Qui es-tu ? Des internautes se jettent le plus souvent dans ce questionnement à l’homme politique, membre fondateur du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Ils cherchent, en vain, à comprendre de quoi est-il constitué. Ses adversaires ont tout essayé : invectives, accusations, trahisons politiques, interdictions, arrestations, campagnes de dénigrement.

Pourtant, Kamto demeure debout. À la violence de la confrontation politique, il oppose régulièrement un discours de paix, de réconciliation et d’amour du prochain.

Je fais mienne cette interrogation : Kamto, qui es-tu ? Depuis la présidentielle de 2018, son nom n’a pratiquement jamais quitté l’espace public et médiatique camerounais. Huit années, près de 3 000 jours, durant lesquelles il ne se passe pratiquement pas un jour sans que son nom soit cité sur un plateau de télévision, à la radio, dans les colonnes des journaux, sur les sites web ou dans les médias sociaux. Il a ainsi été au cœur des controverses, des débats politiques et des affrontements institutionnels. Plus on a tenté de le marginaliser, plus son nom s’est imposé. Plus on a voulu réduire son influence à une communauté, plus sa formation politique a occupé une place significative dans le paysage national. Le paradoxe est là : l’acharnement contre un homme a contribué à renforcer sa visibilité et, avec elle, la capacité du MRC à s’enraciner dans l’écosystème politique camerounais.

Juriste de réputation internationale, universitaire et ancien ministre, Maurice Kamto a introduit dans la compétition politique camerounaise une arme dont le pouvoir ne mesure peut-être pas toujours la portée : le droit. Il a fait du droit constitutionnel, du droit électoral et du droit international des instruments de combat politique. Là où d’autres opposants ont souvent choisi l’invective ou la surenchère, Kamto a installé le débat sur le terrain des textes, des institutions et de la légalité.

Sa démission, le 8 septembre dernier, de la présidence du MRC constitue, à cet égard, un nouvel épisode d’une histoire politique déjà longue. Elle a immédiatement provoqué commentaires, critiques et spéculations. Ceux qui réclamaient hier son départ semblent parfois déconcertés par le fait qu’il ait pris lui-même l’initiative de partir. Comme si, dans une partie politique où beaucoup avaient pris l’habitude de commenter chacun de ses mouvements, Kamto venait encore de reprendre la main. C’est là l’une des caractéristiques les plus singulières du personnage : il demeure capable de déplacer le centre de gravité du débat politique par un simple acte.

Depuis 2018, Maurice Kamto a contribué, à sa manière, à éveiller une partie de la conscience politique camerounaise. Il a popularisé des notions souvent confinées aux amphithéâtres des facultés de droit : mandat impératif, souveraineté populaire, contentieux électoral, contrôle de constitutionnalité, fonctionnement des institutions. Ses prises de position ont obligé nombre de Camerounais à regarder autrement les mécanismes qui organisent la conquête et la conservation du pouvoir.

Maurice Kamto expose aux yeux du monde ce qu’il qualifie de méthodes dictatoriales du pouvoir de Paul Biya (93 ans, au pouvoir depuis 43 ans). Il a élevé le niveau de conscience des Camerounais sur les questions liées au mandat impératif, aux failles du Code électoral et de la Constitution, ainsi qu’aux mécanismes institutionnels qui ont marqué les événements précédant la présidentielle d’octobre 2025. Paul Biya et ses ministres ne se cacheraient désormais plus, selon ses détracteurs, pour tordre le droit. Et l’histoire noire continue de s’écrire, sous les yeux d’un peuple qui refuse de détourner le regard.

Tout était clair. Bien qu’il ait remporté la bataille sur le terrain du droit, Paul Biya a évité l’affront pendant cette élection cruciale, alors que sa cote de popularité avait, selon ses adversaires, exponentiellement grimpé. Sa rencontre avec la diaspora occidentale, du 31 mai au 1er juin 2025, à la place de la République à Paris, et sa séquestration quelques jours plus tard à Douala étaient, pour ses détracteurs, les prodromes d’une fin de règne. Il ne fallait surtout pas lui permettre d’aller à ce scrutin en tant que candidat du MRC, bien que la loi le lui autorise. Son investiture par le Manidem du feu Anicet Ekané a encore mis en exergue la « démon(cratie) » de Paul Biya. Son propre ministre de l’Administration territoriale (AT), Paul Atanga Nji, est accusé d’avoir fait modifier le site de l’AT pour remplacer Anicet Ekané par un certain Dieudonné Yebga, sorti de nulle part et qui s’était retiré de la politique plusieurs années auparavant.

Si le Cameroun était un pays qui, tout au moins, amorçait un véritable tournant démocratique, Maurice Kamto serait en train de conduire la destinée du pays. Pourtant, le mot d’ordre est maintenu : tout sauf Kamto. En assumant de l’avoir injustement écarté de la présidentielle du 12 octobre 2025, le pouvoir dévoile sa frilosité face à cet homme qui, depuis des années, lui donne des insomnies, ainsi qu’à son gouvernement et à son parti, le RDPC.

Maurice Kamto a consacré son âme au Cameroun. Pourtant, il est traité par le régime de Yaoundé comme un citoyen entièrement à part. Son histoire politique est consubstantielle à celle du Cameroun. Elle ne commence pas avec cette forme barbare de dictature observée en 2025, encore moins avec son affrontement avec Paul Biya lors de la présidentielle de 2018, au cours de laquelle il affirme avoir été élu sans être proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel. Cette histoire s’inscrit dans une succession d’épisodes qui remontent bien plus loin, au-delà même de la création du MRC en 2012, après sa démission du gouvernement. Ce nouveau parti s’impose rapidement dans le paysage politique national et attire une importante partie des Camerounais en quête d’une alternative face au régime du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), que ses détracteurs accusent de plonger le Cameroun dans l’abîme et l’impasse.

L’élite mondiale du droit s’est illustrée dans le conflit opposant le Cameroun et le Nigeria dans la péninsule de Bakassi. Dans cette bataille juridique, le droit international a pris le pas sur le fracas des armes. Avec ses collègues, Maurice Kamto a contribué à porter la cause camerounaise devant les instances compétentes, dans un conflit qui aurait pu conduire les deux pays voisins à une confrontation militaire meurtrière. Cette séquence a durablement installé l’image d’un juriste capable de transformer la maîtrise du droit en instrument de défense des intérêts de son pays. De cet héritage, il est premier co-lauréat du prix Boutros Boutros-Ghali.

Paul Biya a nourri autour de Maurice Kamto un sentiment qui n’est plus seulement politique, mais qui relève, chez certains Camerounais, de la haine d’un homme qu’ils appellent désormais la « Kamtophobie ». Et, parlant d’histoire, Paul Biya est en train d’écrire, selon ses détracteurs, certaines des pages les plus sombres de l’histoire du Cameroun. On retiendra de lui, selon ses opposants, l’image d’un dirigeant qui a étouffé la contradiction, réprimé ses adversaires et refusé d’assumer pleinement les exigences de la démocratie. Au sommet de l’État camerounais depuis 43 ans, son obstination aurait toujours été de tout faire pour conserver le pouvoir, même lorsque les conditions de vie des Camerounais demeurent difficiles. D’année en année, il est comparé au tyran Mobutu, qui a dirigé la République démocratique du Congo de 1965 à 1997.

L’histoire jugera Maurice Kamto. Elle jugera également ceux qui auront tenté de l’empêcher de participer pleinement à la compétition politique. Car, au-delà d’un homme, c’est une question fondamentale qui demeure posée : dans le Cameroun de demain, le pouvoir appartiendra-t-il à celui qui gagne la bataille électorale ou à celui qui maîtrise le mieux les mécanismes permettant de contrôler cette bataille ? C’est là que se trouve le véritable enjeu de l’affaire Kamto. Et c’est pourquoi, huit ans après 2018, son nom continue de hanter les nuits du pouvoir, d’occuper les conversations du pays et de s’imposer dans l’histoire politique contemporaine du Cameroun.

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