Iran : les 6 conditions qui font trembler Washington
© Camer.be : Paul Moutila | 11 Aug 2026 12:53:16 | 488L'Iran a publié six conditions pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Mais ces exigences ne sont pas nouvelles : elles figuraient déjà dans le mémorandum signé par Donald Trump en juin 2026.
Le 8 août 2026, l'Iran a dévoilé six conditions pour la réouverture du détroit d'Ormuz. Les médias américains y voient un durcissement. Mais en réalité, ces exigences reprennent presque mot pour mot le mémorandum que Donald Trump a signé à Islamabad en juin.
Les médias américains s'étranglent. Le Wall Street Journal parle d'« exigences intransigeantes ». Un expert évoque un « prix plus élevé que jamais ». Mais si l'on prend la peine d'ouvrir le mémorandum signé par Donald Trump à Islamabad le 17 juin 2026, on découvre une vérité dérangeante : les conditions iraniennes ne sont pas nouvelles. Elles sont déjà écrites noir sur blanc dans l'accord que la Maison-Blanche a négocié et que le président américain a signé.
LES SIX CONDITIONS DE L'IRAN
Le 8 août 2026, Mohammad Baqer Zolqadr, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a publié un communiqué par l'agence officielle IRNA. Le message est sans équivoque : le détroit d'Ormuz ne rouvrira pas tant que les États-Unis n'auront pas rempli six conditions.
Les voici, telles qu'énoncées par Zolqadr :
1. « Ne jamais, et sous aucun prétexte, menacer l'Iran ni porter atteinte aux valeurs sacrées de ce pays. »
2. « Mettre définitivement fin à la guerre et à l'agression contre l'Iran et ses alliés au Liban, en Palestine, au Yémen et en Irak. »
3. « Lever le blocus naval et retirer ses forces militaires (navales et aériennes) des environs de l'Iran. »
4. « Verser intégralement, sans aucune réduction, les dommages-intérêts dus à l'Iran pour les deux guerres d'agression et d'imposition. »
5. « Lever les sanctions injustes et illégales contre le pays iranien. »
6. « Libérer sans condition les avoirs bloqués et volés au peuple iranien. »
CE QUE DIT LE WALL STREET JOURNAL
Face à ces conditions, le Wall Street Journal a réagi avec une certaine alarme. Le quotidien américain y voit un « prix plus élevé que jamais » et une « intransigeance » qui complique la tâche du président Trump.
L'article cite Mona Yacoubian, directrice du programme Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS), selon qui « les récentes exigences intransigeantes de l'Iran concernant la réouverture du détroit rendent de plus en plus difficile pour le président de trouver une issue au conflit qui lui permette de sauver la face ».
Le WSJ et son « expert » se trompent. Il n'y a rien de nouveau dans les exigences iraniennes. Elles ne sont que la répétition directe des clauses énoncées dans le mémorandum d'accord que la Maison Blanche avait négocié et que Trump a signé publiquement.
LE MÉMORANDUM D'ACCORD D'ISLAMABAD
Le 17 juin 2026, les États-Unis et l'Iran ont signé un mémorandum d'accord à Islamabad, sous médiation pakistanaise et qatari. Le texte, rendu public par CNN et la BBC, compte quatorze points.
Comparons point par point :
Condition 1 de l'Iran (pas de menaces) Point 1 du mémorandum : « s'abstenir de toute menace ou recours à la force l'une contre l'autre ».
Condition 2 (fin des attaques contre l'Iran et ses alliés) Point 1 du mémorandum : « déclarent la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, notamment au Liban ».
Condition 3 (levée du blocus et retrait des forces) Point 4 du mémorandum : « les États-Unis d'Amérique entameront la levée de leur blocus naval [...] et retirer leurs forces des environs de l'Iran dans les 30 jours suivant l'accord final ».
Condition 4 (réparations) Point 6 du mémorandum : « plan définitif et convenu d'un commun accord, d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, pour la reconstruction et le développement économique ».
Condition 5 (levée des sanctions) Point 7 du mémorandum : « mettre fin à tous les types de sanctions contre l'Iran ».
Condition 6 (libération des avoirs) Points 10 et 11 du mémorandum.
Les conditions iraniennes ne sont pas nouvelles. Elles sont la reprise, parfois mot pour mot, des engagements que Trump a déjà pris.
LA SEULE VRAIE DIFFÉRENCE : LE CALENDRIER
Si les conditions sont les mêmes, pourquoi l'Iran les présente-t-il comme des exigences « nouvelles » ?
La réponse tient en un mot : la confiance. Le mémorandum d'accord prévoyait une mise en œuvre progressive et échelonnée. Chaque partie devait réagir à la mise en œuvre par l'autre des clauses précédentes.
Mais les États-Unis n'ont pas respecté leurs engagements. Dès qu'il eut signé le mémorandum, Trump s'est remis à menacer l'Iran, enfreignant le point 1. Les États-Unis ont ensuite conclu un accord distinct qui a prolongé la guerre et l'occupation du Liban par Israël, au lieu de mettre fin à la guerre conformément aux conditions du mémorandum.
Les États-Unis ont démontré qu'on ne pouvait pas leur faire confiance. C'est pourquoi l'Iran exige désormais l'exécution immédiate et simultanée de toutes les promesses américaines. Ce n'est que lorsque celles-ci seront tenues que l'Iran s'acquittera de ses propres engagements.
Comme le note Al Jazeera, « le mémorandum de juin les traitait comme faisant partie d'un processus réciproque et échelonné. Zolqadr les présente maintenant comme des conditions que Washington doit remplir avant que le détroit puisse être pleinement rouvert ».
LA PROPOSITION DE COMPROMIS
Trump peut facilement résoudre le conflit autour du détroit d'Ormuz. Il lui suffit de respecter les engagements énoncés dans le mémorandum qu'il a déjà signé.
La seule clause pour laquelle Trump est réellement limité concerne le paiement de réparations à l'Iran pour les dommages de guerre environ 300 milliards de dollars. Trump aurait besoin de l'accord du Congrès pour verser cette somme.
Mais le compromis est évident et simple. Si les États-Unis acceptent officiellement que l'Iran perçoive des droits de passage auprès des navires traversant le détroit, cela pourrait être considéré comme un paiement en nature. Une solution qui permettrait à Trump de sauver la face tout en respectant ses engagements.
LES ENJEUX POUR L'ÉCONOMIE MONDIALE
Le détroit d'Ormuz est l'une des voies maritimes les plus stratégiques au monde. Environ 20 % du pétrole mondial y transite. Son blocage, en place depuis le 28 février 2026, a déjà fait flamber les prix de l'énergie et perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales.
L'Iran, de son côté, a démontré sa capacité à imposer des coûts immédiats à l'économie mondiale en cas d'attaque de son territoire. Le pays utilise désormais le détroit comme un moyen de dissuasion qu'il juge plus efficace que ses missiles ou même son programme nucléaire.
La pression sur Washington est donc considérable. Et l'administration Trump, qui cherche à sortir de cette guerre sans perdre la face, se retrouve dans une position délicate.
QUAND LES MOTS NE SUFFISENT PLUS
Le 8 août 2026, l'Iran a rappelé aux États-Unis et au monde que les promesses ont un prix. Et que lorsqu'on les viole, il faut s'attendre à ce que l'autre partie exige des garanties.
Les conditions iraniennes ne sont pas nouvelles. Elles sont le miroir des engagements américains. La seule chose qui a changé, c'est que l'Iran ne fait plus confiance à la parole américaine.
La solution est entre les mains de Donald Trump. Il lui suffit de tenir ses promesses. Ou de trouver un compromis créatif, comme l'acceptation de droits de passage en guise de réparations.
Mais une chose est sûre : le temps des promesses vaines est révolu. L'Iran ne se contentera plus de mots. Il veut des actes.
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#Ormuz #Iran #USA #Trump #GéopolitiqueLire aussi
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