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Espagne - Ceuta : quand la migration devient arme géopolitique

L’Espagne déploie l’armée à Ceuta après l’afflux de 60 000 migrants. L’ambassadeur israélien à l’ONU dénonce l’hypocrisie de Madrid. Décryptage d’une polémique qui enflamme les réseaux sociaux.

Alors que Ceuta fait face à la pire crise migratoire depuis 2021, un échange cinglant entre Danny Danon et Oscar Puente sur X transforme la pression aux frontières en affrontement diplomatique mondialisé.

En moins de 24 heures, 60 000 migrants ont franchi la frontière marocaine pour pénétrer dans Ceuta. L’armée espagnole a été déployée. Au moins 34 personnes ont perdu la vie. Mais sur les réseaux sociaux, une autre bataille fait rage plus insidieuse, plus politique, et potentiellement plus explosive. Israël est-il en train de « venger » la reconnaissance par Madrid de l’État de Palestine ? La crise migratoire est-elle une arme géopolitique ? Plongée dans les coulisses d’une polémique qui dépasse largement les rives du détroit de Gibraltar.

Ceuta, 60 000 migrants en 24 heures : l’Espagne à terre

Jeudi 30 juillet 2026. Des centaines, puis des milliers de jeunes Marocains mais aussi des femmes, des bébés, des personnes âgées franchissent la frontière du Tarajal. À la nage, sur des bouées, ou à bord d’embarcations gonflables. La police marocaine, dans un premier temps passive, laisse faire. Côté espagnol, les gardes civils sont débordés.

En quelques heures, le bilan est vertigineux : 60 000 entrées illégales, selon les autorités locales. Le gouvernement espagnol déploie l’armée. Le président régional de Ceuta, Juan Jesús Vivas, réclame l’état d’urgence nationale. Le Premier ministre Pedro Sánchez se rend sur place.

La frontière est fermée. Mais le mal est fait.

L’ambassadeur israélien à l’ONU sort l’artillerie lourde

C’est dans ce contexte de chaos humanitaire que Danny Danon, ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, publie un message cinglant sur X :

« L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise provoquée par sa politique migratoire. Avant de continuer à nous faire la morale, il est peut-être temps qu’elle explique au monde pourquoi elle continue de maintenir des enclaves coloniales en Afrique. »

En une phrase, Danon tord le cou à la critique espagnole sur Gaza et retourne l’argument contre Madrid. Ceuta et Melilla deux villes autonomes espagnoles situées sur la côte nord-africaine, revendiquées par le Maroc depuis son indépendance en 1956 deviennent le symbole d’une hypocrisie européenne dénoncée par Tel-Aviv.

Oscar Puente répond, et les théories s’emballent

Le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, ne laisse pas passer. Il cite le message de Danon et ajoute, laconique :

« Eh bien, tout semble devenir beaucoup plus clair. »

Sans développer, Puente alimente l’ambiguïté. En pleine crise, cette réponse est interprétée comme un acquiescement aux thèses conspirationnistes qui circulent déjà sur les réseaux sociaux espagnols. Pour nombre d’internautes et de commentateurs politiques, « tout devient clair » signifie : Israël est derrière la crise.

Les réseaux sociaux s’enflamment : l’accusation contre Israël

La commentatrice politique espagnole Carolina Alonso affirme qu’Israël cherche à déstabiliser le gouvernement de Pedro Sánchez en représailles à sa position sur Gaza. Selon elle, cette opération serait menée « par l’intermédiaire du Maroc, avec le soutien d’Israël », et avec la complicité des extrêmes droites espagnole et européenne. Elle accuse également les États-Unis de vouloir affaiblir Madrid pour accroître leur influence sur le détroit de Gibraltar.

Le député Gabriel Rufián (Gauche républicaine de Catalogne) relaie ces accusations et appelle à un consensus national.

Le journaliste José Vizner ressort une publication de Yair Netanyahu fils du Premier ministre israélien datant de 2019, évoquant un prétendu soutien israélien aux mouvements séparatistes à Ceuta et Melilla. Vizner s’interroge : la pression migratoire actuelle n’est-elle pas une « vengeance » contre Sánchez « que tous les Espagnols sont en train de payer » ?

Le commentateur Rubén Gisbert renchérit : le Maroc n’aurait intensifié ses revendications sur Ceuta et Melilla qu’après l’arrivée de Sánchez et sa critique croissante d’Israël.

Ceuta et Melilla : des « enclaves coloniales » ?

La qualification de Ceuta et Melilla comme « enclaves coloniales » est politiquement chargée mais juridiquement contestée.

Les deux villes sont espagnoles depuis plus de cinq siècles. Le Maroc les revendique depuis son indépendance en 1956. L’ONU ne les inscrit pas officiellement sur sa liste des territoires non autonomes à décoloniser. L’Espagne les considère comme des parties intégrantes de son territoire.

En avril 2026, une commission de la Chambre des représentants américaine a qualifié Ceuta et Melilla de villes « situées en territoire marocain » une position diplomatique qui a ravivé les tensions.

La guerre à Gaza, matrice du conflit

Pour comprendre l’ampleur de la polémique, il faut remonter à octobre 2023. Depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza, l’Espagne s’est imposée comme l’un des critiques les plus virulents d’Israël au sein de l’Union européenne.

Madrid a reconnu l’État de Palestine en mai 2024. En avril 2026, le gouvernement espagnol a proposé à l’UE de suspendre son accord d’association avec Israël. Il a également interdit l’accès de ses ports aux navires israéliens.

Cette ligne diplomatique a exaspéré Tel-Aviv. L’échange Danon-Puente s’inscrit dans cette escalade. Mais il la transporte sur un nouveau terrain : celui des frontières sud de l’Europe, où les flux migratoires deviennent des armes dans un jeu géopolitique mondial.

Une crise aux multiples visages

Ce qui se joue à Ceuta dépasse la seule question migratoire. C’est une crise humanitaire des dizaines de morts en mer, des milliers de personnes entassées dans des conditions précaires. C’est une crise diplomatique l’Espagne et Israël s’affrontent par médias interposés. C’est une crise politique le gouvernement Sánchez, fragilisé, doit gérer l’urgence tout en faisant face à une opposition qui dénonce son « laxisme ». C’est enfin une crise informationnelle les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une guerre de récits où les faits peinent à se frayer un chemin.

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#Ceuta #Migration #Espagne #Israël #Géopolitique

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