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Cameroun - Conflit Baboke-Ngoh Ngoh : la guerre cachée d'Etoudi

Oswald Baboke et Ferdinand Ngoh Ngoh, deux poids lourds du régime camerounais, s'affrontent en coulisses. Faux décrets, trafic d'or, course à la vice-présidence : plongée dans la guerre des clans qui embrase le palais d'Etoudi. (150 caractères)

Le 31 juillet 2026, ils souriaient côte à côte. Quelques jours plus tôt, ils se livraient une guerre sans merci. Bienvenue dans les coulisses du conflit qui agite le sommet de l'État camerounais.

Ce 31 juillet 2026, l'ambiance se veut chaleureuse au palais d'Etoudi, à Yaoundé. Costumes sombres à la coupe impeccable, sourires appuyés, gestes complices : Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence, et Oswald Baboke, le directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya, avancent côte à côte. Le premier baisse la tête en riant. Le second, visiblement détendu, semble apprécier une plaisanterie.

Pourtant, quelques jours plus tôt, ils se livraient un âpre combat en coulisse. Au centre de leur bataille : deux scandales le trafic d'or présumé et l'affaire des faux décrets présidentiels. Depuis de longues semaines, chaque camp tente de sauver son leader en rejetant la faute sur l'autre. Une source à Etoudi l'assure : la scène du 31 juillet n'est qu'une « mise en scène », une injonction venue de Genève, où séjourne Paul Biya.

Comment en est-on arrivé là ?

Oswald Baboke, l'homme au-dessus de la mêlée

Ces dernières années, Oswald Baboke avait réussi une performance rare à Etoudi : traverser les guerres de clans sans donner l'impression d'y prendre part. Certes très proche de la première dame, Chantal Biya, il cultivait l'image d'un homme au-dessus de la mêlée. Ce pasteur, fondateur de la Chapelle de la Gloire du Christ, semblait cheminer paisiblement entre l'église qu'il a créée et le palais présidentiel.

« C'est quelqu'un de bien », répétaient ses proches et même certains de ses adversaires.

Pourtant, depuis plusieurs années, Ferdinand Ngoh Ngoh se méfiait de lui. Le secrétaire général soupçonnait Baboke de transmettre des informations confidentielles du palais à des relais extérieurs des accusations que l'intéressé a toujours rejetées.

Samuel Eto'o entre en scène

L'implication de Samuel Eto'o est venue agrandir le fossé. Le président de la Fédération camerounaise de football, ami de Baboke, s'est éloigné de Ngoh Ngoh à mesure que croissait sa rivalité avec un proche de ce dernier, Narcisse Mouelle Kombi, le ministre des Sports.

Baboke a fait les frais de cette rupture. Il aurait d'abord été écarté par Ngoh Ngoh de l'organisation de la dernière cérémonie de vœux à Paul Biya, au début de 2026, alors que cette mission relevait habituellement de ses attributions. Une campagne aurait ensuite été menée contre lui auprès de Chantal Biya. Sa principale protectrice l'aurait un temps tenu à distance, avant de lui rendre sa confiance.

La réinstauration du poste de vice-président : le déclencheur

Tout aurait peut-être pu rentrer dans l'ordre. Mais, en avril 2026, Paul Biya décide de réinstaurer le poste de vice-président de la République. Résultat : la guerre des clans devient paroxystique.

Selon plusieurs sources, Chantal Biya aurait envisagé de confier le poste à Oswald Baboke, oubliant peut-être un peu vite que Ferdinand Ngoh Ngoh convoitait la fonction, dont il avait d'ailleurs prôné la réinstauration.

Pour un proche de Baboke, contacté par Jeune Afrique, aucun doute : c'est ce choix de la Première Dame qui a déclenché la guerre entre les deux hommes.

Faux décrets et trafic d'or : l'escalade

La guerre a éclaté au grand jour dès les premiers scandales. Le 12 juin 2026, un individu nommé Johann Sitchom se présente au siège de la CRTV, la télévision nationale, porteur d'une enveloppe contenant deux prétendus décrets présidentiels. Le premier annonce la nomination d'un vice-président ; le second détaille un remaniement ministériel.

Les documents, avec sceaux officiels et signatures attribuées à Paul Biya, doivent être lus au journal de 17 heures. Mais le projet échoue. Johann Sitchom est interpellé. La mère de l'intéressé déclarera que son fils souffre de troubles dépressifs et a effectué une retraite spirituelle de trois mois au sein de l'église de Baboke la Chapelle de la Gloire du Christ.

Les enquêteurs du Secrétariat d'État à la Défense dont le patron, Galax Yves Landry Etoga, est un proche de Ngoh Ngoh et de la Direction de la sécurité présidentielle sont chargés par Paul Biya de faire la lumière sur l'affaire.

Baboke, suspect ou victime d'un complot ?

Dans les médias, Oswald Baboke fait figure de suspect. Selon des rapports de services de renseignements réputés favorables à Ngoh Ngoh, le nom qui figurait sur le faux décret était celui d'Oswald Baboke. De plus, Johann Sitchom aurait fréquenté l'église de Baboke. Baboke a été convoqué et entendu à plusieurs reprises par le Tribunal criminel spécial.

Mais pour les fidèles de Baboke, l'heure est à la défense. Selon eux, le faux décret serait un montage, commandé par un Ferdinand Ngoh Ngoh résolu à avoir la peau de son rival. Le secrétaire général de la présidence aurait activé son réseau de « lanceurs d'alerte » et de communicants, et soutenu en sous-main certains organes de presse pour déstabiliser son adversaire.

Le trafic d'or : un dossier explosif

Parallèlement, Baboke est également cité dans une enquête sur un trafic d'or présumé qui s'étend de Yaoundé à Dubaï. Le Cameroun n'aurait officiellement déclaré que 22 kilogrammes d'or exportés en 2023, alors que près de quinze tonnes auraient été enregistrées la même année sur le marché de Dubaï. Un écart vertigineux qui a conduit à l'ouverture d'une enquête sur instruction de Paul Biya.

Baboke a été entendu à trois reprises par le Tribunal criminel spécial. Ses défenseurs qualifient ces accusations de « fausses et politiquement motivées ». Son épouse, Crescence Baboke, s'est exprimée sur les réseaux sociaux pour dénoncer ce qu'elle qualifie de « diffamations ».

Deux camps, deux récits

Pour le camp Baboke, s'il faut chercher les responsables d'un trafic d'or, mieux vaudrait interroger les réseaux qui contrôlent les principaux points de sortie du territoire, c'est-à-dire les ports et les aéroports. Manière de désigner certains éléments du Bataillon d'intervention rapide (BIR), que supervise le secrétariat général de la présidence, et d'orienter les soupçons vers des entreprises et des hommes d'affaires, notamment israéliens, réputés liés à Ferdinand Ngoh Ngoh.

Accusations contre accusations. Les enquêteurs naviguent en eaux très troubles.

Une trêve imposée par Genève

La consigne passée à la fin de juillet depuis Genève où séjourne Paul Biya depuis le 7 juin a pour le moment fonctionné, posant un couvercle sur la marmite d'Etoudi. Mais celle-ci n'en menace pas moins à tout moment de déborder de nouveau.

Car la question qui taraude tous les observateurs est désormais : qui, de Baboke ou de Ngoh Ngoh, sortira vainqueur de cette guerre de clans ? Et surtout : que révèle ce conflit sur les fragilités du régime à l'approche de la succession de Paul Biya ?

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#Cameroun #Baboke #NgohNgoh #Etoudi #Politique

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