Cameroun - Bac 2026 bloqué à Dschang : les profs exigent 616 millions
© Camer.be : Toto Jacques | 10 Jul 2026 16:01:57 | 5056Ce matin au lycée bilingue de Dschang, les enseignants ont refusé de procéder aux délibérations du baccalauréat 2026, exigeant le paiement de 616 millions FCFA d'arriérés accumulés depuis les sessions 2022, 2024 et 2025.
Les portes du jury sont closes. Les copies sont empilées, anonymisées, prêtes à être examinées. Mais les correcteurs ne viendront pas.
Ce matin, au lycée bilingue de Dschang, dans l'ouest du Cameroun, une scène inédite s'est jouée : des enseignants, rassemblés devant les grilles de l'établissement, ont refusé catégoriquement de siéger aux délibérations du baccalauréat 2026. Leur mot d'ordre est simple, mais lourd de conséquences : pas de délibérations sans paiement des arriérés.
Des dettes qui remontent à 2022. Des indemnités de déplacement jamais versées. Des frais de correction impayés. Et au cœur du bras de fer, une somme astronomique : 616 millions de FCFA que l'État lui-même a reconnu devoir aux enseignants.
Derrière ces chiffres, des vies. Des enseignants qui ont préfinancé les examens sur leurs deniers personnels. Des chefs de centre endettés jusqu'au cou. Et des milliers de candidats dont l'avenir est suspendu à un ultimatum.
Bienvenue dans les coulisses d'un système éducatif à bout de souffle.
Un matin de juillet sous tension
Il est 8 heures, ce 10 juillet 2026, lorsque les enseignants du lycée bilingue de Dschang se massent devant l'établissement. La rumeur a couru toute la nuit : les délibérations du baccalauréat, prévues pour ce matin, pourraient ne pas avoir lieu.
Le proviseur tente de calmer les esprits. Peine perdue.
Les enseignants sont formels : ils ne siégeront pas au jury tant que l'Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC) n'aura pas réglé l'intégralité de leurs arriérés. Frais de déplacement des sessions 2022, 2024 et 2025. Indemnités de correction du baccalauréat et du probatoire 2026. Primes de délibération de la session 2025.
La liste est longue. La colère, palpable.
616 millions : une dette reconnue... mais impayée
Le 26 mars 2026, lors d'une session de dialogue entre le gouvernement et les syndicats du secteur éducatif, l'État a reconnu une dette de 616 millions de FCFA envers les enseignants correcteurs.
Cette somme, selon le communiqué officiel, concerne principalement les indemnités de déplacement des correcteurs, les anonymiseurs et la prise en charge des chefs de centres et de sous-centres.
Mais voilà le hic : cette dette résulte de retenues fiscales abusives opérées par la Direction générale des impôts sur des indemnités qui, selon la législation, devraient être exonérées de toute taxation.
Le fisc détient illégalement 616 millions de FCFA de primes de correction. Et les enseignants attendent toujours.
« L'enseignant n'est pas un mendiant »
Dans une mise en demeure datée du 29 juin 2026, adressée au directeur de l'OBC, Roger Minkoulou, le collectif des correcteurs a fixé un ultimatum : l'ensemble des arriérés devra être réglé avant l'ouverture des délibérations.
La phrase qui résume leur ras-le-bol :
« L'enseignant n'est pas un mendiant. Il est le forgeron des consciences. »
Une formule percutante, partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Et qui dit tout du désespoir d'un corps de métier poussé à bout.
Un système éducatif à l'agonie
Ce blocage à Dschang n'est que la partie émergée d'un iceberg bien plus large.
Depuis plusieurs années, syndicats et collectifs d'enseignants dénoncent les retards de paiement chroniques des primes, indemnités et autres frais liés aux examens officiels.
En février 2022, l'OBC avait déjà reconnu une dette de 1,4 milliard de FCFA envers les enseignants pour la session des examens de 2021.
Le directeur de l'OBC, Étienne Roger Minkoulou, expliquait alors que « la dette de l'OBC provient d'une incapacité systémique à anticiper ».
Trois inconnues, selon lui : l'effectif des candidats, le nombre d'intervenants et les ressources financières.
Mais pour les enseignants, ces explications ne tiennent plus.
Des conséquences désastreuses pour les candidats
Au bout de la chaîne, ce sont des milliers de jeunes Camerounais dont l'avenir est suspendu.
Les délibérations du baccalauréat et du probatoire 2026 étaient prévues pour le 15 juillet. Avec ce blocage, la proclamation des résultats pourrait être considérablement retardée.
Pour les candidats de Dschang et de tout le Cameroun, c'est l'angoisse. Des mois de travail, de révisions, de stress tout cela réduit à néant par une crise financière qui n'est pas de leur fait.
Une mobilisation nationale en préparation ?
Ce qui s'est passé ce matin à Dschang pourrait bien n'être que le début.
Des enseignants de tout le Cameroun menacent de boycotter les jurys. Le collectif des correcteurs, signataire de la mise en demeure du 29 juin, a déjà fait savoir qu'il refuserait de participer aux délibérations si ses revendications n'étaient pas satisfaites.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement.
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