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Tentative de coup d'État au Cameroun : qui est Sani Mouhamadou ?

Sani Mouhamadou, ex-légionnaire français, est au cœur d'une accusation de tentative de coup d'État au Cameroun. Enquête sur un profil aux multiples visages. 

Ancien légionnaire français, conseiller en défense à Paris, « pilote coordinateur » de l'enquête sur la catastrophe d'Éséka : le capitaine Effoudou désigne Sani Mouhamadou comme le chaînon d'un projet de prise de pouvoir au Cameroun.

Le 25 juillet 2026, le capitaine Daniel Effoudou, ancien chef du bureau des renseignements à l'état-major particulier du président Paul Biya, a livré une nouvelle salve d'accusations. Cette fois, il désigne un homme précis comme le « chaînon » d'une tentative de coup d'État : Sani Mouhamadou, un ancien légionnaire français.

Recherché depuis 2023 pour « désertion en temps de paix », réfugié quelque part en Europe, Effoudou affirme avoir fui le Cameroun pour sauver sa vie après avoir dénoncé, de l'intérieur, un projet qu'il qualifie de tentative de renversement du pouvoir.

Mais qui est vraiment ce Sani Mouhamadou ? Un haut stratège de la sécurité, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale et décoré de la Médaille de l'OTAN ? Ou un imposteur armé, circulant aux portes du palais présidentiel avec des grades usurpés et des « vrais faux documents » ?

Les deux portraits existent. Et ils ne se ressemblent pas.

Le chaînon d'un complot : un ex-légionnaire aux portes d'Étoudi

L'affaire rebondit. Le capitaine Effoudou Awussi Kenneth Romuald, ancien chef du bureau des renseignements à l'état-major du président de la République, a révélé un document qui, selon lui, prouve l'implication du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, dans la protection d'un individu se faisant passer pour un officier de l'armée camerounaise.

Selon les déclarations du capitaine, en 2023, son service avait signalé à la présidence la présence, à proximité immédiate de la résidence présidentielle, d'un individu disposant d'armes de guerre de très bonne qualité, non répertoriées dans les dotations de l'armée camerounaise, et se faisant passer pour un chef de bataillon.

L'homme s'appelait Sani Mohamadou, un ancien légionnaire français du grade de sergent, ayant effectué des missions en Irak et en Afghanistan.

Des « vrais faux documents » signés par Atanga Nji

Ce qui a attiré l'attention des services de renseignement, c'est que cet individu présentait de « vrais faux documents » émanant du ministère de l'Administration territoriale.

Au premier rang : une autorisation d'importation d'armes datée de septembre 2018 et signée par le ministre Paul Atanga Nji, présentant Sani Mohamadou comme « Conseiller défense » et l'autorisant à importer depuis Malte deux armes : une carabine LUVO AR15 en calibre .223 Remington et un pistolet GLOCK 19 en 9 mm.

« Bien que la signature et le cachet paraissent authentiques, la date mentionnée (septembre 2018) et la fonction de "Conseiller défense" attribuée à Sani Mohamadou sont autant d'éléments qui interrogent sur les conditions de délivrance de cette autorisation », souligne Camerounweb.

L'intervention de Ferdinand Ngoh Ngoh

Arrêté sur la foi de ces éléments, l'homme aurait été relâché dans la foulée. Et c'est là que l'accusation devient politique.

Le capitaine Effoudou affirme que Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, est intervenu « efficacement et vigoureusement pour la mise en liberté sans condition et sans délai de cet individu ».

Une accusation grave qui, si elle se confirme, jetterait une lumière crue sur les réseaux de protection dont bénéficient certains individus au sein de l'appareil d'État.

La comparaison avec Mamadi Doumbouya

Le capitaine Effoudou établit un parallèle troublant. Il compare Sani Mouhamadou à un « Mamadi Doumbouya », en écho au colonel guinéen formé à la Légion étrangère française avant de renverser Alpha Condé en 2021.

Une comparaison qui n'est pas anodine. Elle suggère qu'un ancien légionnaire, bien introduit dans les cercles du pouvoir, pourrait constituer une menace pour la stabilité d'un régime.

Le double visage de Sani Mouhamadou

Mais qui est vraiment cet homme ? Le portrait que l'on peut dresser de lui est celui d'un caméléon.

D'un côté, le haut stratège : Dans sa biographie officielle, Sani Mouhamadou se présente comme un ancien cadre du ministère de la Défense français, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), décoré de la Médaille de l'OTAN pour sa participation à la mission ISAF en Afghanistan. Il est le fondateur de MS CORP, une société de conseil « en stratégie de défense et de sécurité internationale » domiciliée rue des Maraîchers, dans le 20e arrondissement de Paris.

Il revendique un réseau déployé sur cinq continents et met en avant deux références : un rôle de conseiller sur la sécurisation du chantier de rénovation du Grand Palais de Paris, et surtout, au Cameroun, une fonction de « pilote coordinateur » de l'enquête sur la catastrophe ferroviaire d'Éséka de 2016.

De l'autre côté, l'imposteur armé : Le capitaine Effoudou décrit un ancien légionnaire au grade de sergent et non d'officier circulant aux portes du palais présidentiel avec des armes de guerre et des papiers trafiqués.

Les deux portraits partagent un même socle factuel un passage réel dans l'armée française, l'Afghanistan, une reconversion dans le conseil de défense mais aboutissent à des conclusions inconciliables sur la légitimité de l'homme.

Le rôle dans l'enquête d'Éséka : un indice troublant

Un élément du dossier mérite une attention particulière. Selon une plainte déposée en 2019, Sani Mouhamadou était le « conseiller militaire indépendant et pilote – coordinateur de la mission » chargée de l'enquête sur la catastrophe ferroviaire d'Éséka, qui avait fait 79 morts et plus de 551 blessés le 21 octobre 2016.

Il avait été chargé de lancer un appel d'offre international pour recruter un expert indépendant. Le cabinet Cerutti SA avait été retenu, et une correspondance avait été adressée à Paul Atanga Nji, alors ministre chargé de mission à la présidence.

Ce rôle officiel, au cœur d'une mission d'enquête sensible, contredit radicalement le portrait d'un « imposteur » que dresse le capitaine Effoudou.

Un parcours qui repose sur sa propre communication

Le parcours brillant que revendique Sani Mouhamadou est un montage qui repose pour l'essentiel sur sa propre communication. Son rôle exact dans l'enquête d'Éséka, la portée réelle de sa mission au Grand Palais, la nature précise de son passage dans les rangs français : aucun de ces jalons n'a, pour l'instant, été confirmé de l'extérieur.

La Chambre nationale des experts criminels du Cameroun a annoncé l'ouverture d'investigations pour vérifier ces allégations.

La question qui brûle toutes les lèvres

« Comment un ancien légionnaire français peut-il se balader avec des armes de guerre aux portes de la Présidence avec des autorisations officielles, puis être relâché d'urgence sur décision du SGPR ? Qui protège qui ? Qui arme qui ? »

La sécurité de la Nation est-elle devenue un jeu de couloirs entre hauts dignitaires ?

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#Cameroun #SaniMouhamadou #CoupDÉtat #Effoudou #NgohNgoh

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