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Scandale de l'or au Cameroun : le ministre nie, les chiffres accusent :: CAMEROON

Deux mois après les révélations de la Sonamines sur un manque à gagner de près de 2 000 milliards FCFA lié aux circuits illégaux de l'or, le ministre par intérim des Mines affirme que « l'État n'a subi aucune disparition d'or ». Le gouvernement camerounais se contredit-il sur les pertes du Cameroun ?

Qui ? Le gouvernement camerounais, par la voix du ministre par intérim des Mines Fuh Calistus Gentry, et la Sonamines (Société nationale des mines), dirigée par Serge Hervé Boyogueno. Quoi ? Une contradiction flagrante sur l'existence ou non de pertes colossales d'or. Quand ? Entre mai et juillet 2026. Où ? Au Cameroun, avec des ramifications à Dubaï. Pourquoi ? L'enjeu est colossal : près de 2 000 milliards de FCFA l'équivalent de 44 tonnes d'or auraient quitté clandestinement le territoire camerounais selon la Sonamines.

Deux mois. C'est le temps qu'il a fallu au gouvernement camerounais pour livrer une version qui, loin d'apaiser la polémique, la ravive. Le 25 mai 2026, la Sonamines révélait un manque à gagner estimé à 1 914 milliards FCFA. Le 15 juillet 2026, le ministre Fuh Calistus Gentry déclarait devant la presse : « Il n'y a pas de disparition d'or appartenant à l'État ». Entre les deux : un silence, puis une contradiction qui interroge.

Le choc des chiffres la révélation Sonamines

C'est une révélation qui a ébranlé le secteur extractif camerounais. Le 25 mai 2026, la Sonamines la société nationale des mines a présenté un constat accablant : 44 tonnes d'or auraient quitté clandestinement le Cameroun entre 2021 et 2025. Destination privilégiée : Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Pour donner une idée de l'ampleur du phénomène : sur la même période, les exportations officiellement déclarées ne s'élevaient qu'à 148 kilogrammes. Un écart vertigineux.

Le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, a confirmé des pertes colossales : près de 2 000 milliards de francs CFA en cinq ans. Soit l'équivalent de 3,4 milliards de dollars. En 2025, le Cameroun a enregistré zéro exportation officielle d'or pourtant, les statistiques douanières étrangères indiquent qu'au moins 8,4 tonnes liées au pays ont transité par Dubaï.

« Le pillage est méthodique, organisé, et s'est poursuivi dans une quasi-indifférence institutionnelle », résumait un représentant de la société civile camerounaise lors d'un sit-in devant la Sonamines le 26 mai 2026.

La contre-offensive gouvernementale « Pas de disparition »

Deux mois plus tard, le 15 juillet 2026, le gouvernement sort du silence. Lors d'un point de presse conjoint à Yaoundé entre le ministre des Mines Fuh Calistus Gentry et le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, la position officielle est clarifiée.

« Il n'y a pas de disparition d'or appartenant à l'État. » 

La formule est martelée. Elle est destinée à désamorcer les accusations les plus graves : celle d'un détournement de ressources publiques par des réseaux mafieux avec des complicités au sommet de l'État.

Sémantique ou réalité ? Le débat sur la « disparition »

Le ministre a précisé sa pensée. Le problème ne réside pas dans une disparition de l'or appartenant à l'État, « mais dans la sous-déclaration d'une partie de la production réalisée par certains opérateurs privés » .

Une nuance qui n'en est pas une pour les observateurs. Car si l'or n'a pas été « volé » à l'État au sens juridique strict puisque l'État ne détient pas physiquement l'or avant son extraction , les recettes fiscales et taxes à l'exportation dont il est privé sont bien réelles.

L'argumentation gouvernementale est juridiquement fondée, politiquement commode. Mais elle laisse entière la question centrale : comment expliquer que les douanes de Dubaï enregistrent des importations d'or camerounaises représentant des dizaines de fois la production officielle déclarée ? 

L'ITIE et les chiffres qui accablent

Dans son rapport 2023, l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) révélait que, selon les chiffres officiels, 953 kg d'or avaient été produits au Cameroun en 2023 mais que seuls 22,3 kg avaient été exportés.

Or, le total des importations déclarées par les pays acheteurs atteignait 15,2 tonnes d'or, soit 682 fois plus que les exportations déclarées.

Ces chiffres, produits par une organisation internationale reconnue, sont difficilement contestables. Ils dessinent le portrait d'un secteur minier camerounais qui fuit de toutes parts.

La réforme annoncée solution ou diversion ?

Pour répondre à la crise, le gouvernement a annoncé un train de mesures :

- Renforcement des contrôles sur les sites d'exploitation, notamment dans la région de l'Est
- Instauration de seuils minimaux de livraison pour limiter les marges de sous-déclaration
- Amélioration de la traçabilité de l'or, de l'extraction à l'exportation
- Poursuites judiciaires : plus de 200 sociétés exercent sans titre, 137 dossiers transmis aux juridictions

Ces mesures semblent reconnaître implicitement l'existence d'un problème majeur. Mais la société civile reste prudente.

« Malgré les informations reçues, nous sommes restés sur notre faim, car nous ne savons pas toujours où part l'or du Cameroun », déclarait Simon Kaldjob, président du Collectif des organisations des consommateurs du Cameroun.

Une contradiction qui en dit long

Deux mois après les révélations de la Sonamines sur un manque à gagner de près de 2 000 milliards FCFA lié aux circuits illégaux de l'or, le ministre par intérim des Mines affirme que « l'État n'a subi aucune disparition d'or » .

Le gouvernement se contredit-il ? En apparence seulement. Car la contradiction est peut-être plus politique que factuelle. En niant la « disparition » tout en annonçant des mesures drastiques pour lutter contre la « sous-déclaration », le pouvoir tente de changer le cadre du débat.

Mais pour les Camerounais qui voient les richesses de leur sous-sol s'envoler vers Dubaï, la nuance est mince. Que l'or ait « disparu » ou qu'il ait été « sous-déclaré », le résultat est le même : des milliards de FCFA qui ne profitent pas au pays.

Un fait demeure : 44 tonnes d'or, 2 000 milliards FCFA, envolés. Et deux discours officiels qui, à deux mois d'intervalle, peinent à se rejoindre.

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#Cameroun #Or #Scandale #Sonamines #Dubaï #Afrique #Transparence

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