CAMEROUN :: Entreprises publiques : le scandale des dirigeants à vie :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 13 Jul 2026 01:30:42 | 518L’experte en gouvernance Viviane Madeleine Ondoua Biwolé a livré une charge sans précédent contre la gestion des entreprises publiques camerounaises, dénonçant un système où des dirigeants restent en poste des décennies, verrouillant l’accès à certaines communautés et au parti au pouvoir.
Viviane Ondoua Biwolé : le système des « entreprises familiales » au Cameroun dénoncé
Sur le plateau d’A1 TV (Actualité 1), la Pr Viviane Madeleine Ondoua Biwolé, experte en gouvernance publique, a dénoncé un système de gestion des entreprises publiques camerounaises qu’elle qualifie d’« entreprises familiales ». Sur 89 sociétés étudiées, 12 fonctionnent comme des fiefs communautaires et politiques, avec des dirigeants en poste depuis 25, 34, voire 48 ans tous membres du RDPC, à une exception près.
L’universitaire, spécialiste reconnue des questions de gouvernance et de développement, a présenté des cas concrets : la SODECOTON et l’ANAFOR, gérées depuis 25 ans par des personnes de la même communauté originaire de l’Est; la MAGZI, dont le président du conseil d’administration, nommé en 1974 par Ahmadou Ahidjo, est resté en poste jusqu’à sa mort en 2022, soit 48 ans. Des directions générales qui s’étendent sur 32, 34 ans, sans renouvellement ni évaluation de la performance.
Une révélation qui secoue le paysage économique
L’intervention de la Pr Ondoua Biwolé, diffusée sur A1 TV, a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Les chiffres qu’elle avance sont édifiants : sur 89 entreprises publiques étudiées, seules 12 échappent à ce qu’elle appelle le « fonctionnement familial ». Le constat est sans appel :
- SODECOTON et ANAFOR : dirigées par des personnes de la même communauté depuis 25 ans.
- Des DG en poste depuis 32 ou 34 ans.
- MAGZI : un PCA nommé en 1974, mort en fonction en 2022 après 48 ans à la tête de l’organisme.
- Tous les PCA, DG et DGA sont membres du RDPC, sauf un.
« Vous avez dans le portefeuille des entreprises, des 89 que nous avons étudié, 12 entreprises fonctionnent comme des entreprises familiales, c’est-à-dire que vous avez des entreprises qui depuis la création sont gérées par des personnes de la même communauté et même le renouvellement du personnel c’est toujours dans la même communauté », a-t-elle déclaré.
Des mandats qui défient les lois
L’experte en gouvernance publique pointe du doigt le non-respect des textes. La loi de 2017 sur les entreprises publiques fixe la durée des mandats des PCA et des DG. Pourtant, des dirigeants restent en place bien au-delà des limites légales.
« Il convient alors d’éviter une longévité au poste de directeur général au-delà de ce que prévoit la loi, soit 9 ans (trois ans renouvelables deux fois). Il convient également de renouveler le mandat que si les performances sont bonnes », écrit-elle dans son ouvrage.
L’experte dénonce également le verrouillage politique : « Ils sont par ailleurs tous membres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir ». Une mainmise qui, selon elle, bride toute réforme et toute évaluation objective des performances.
Le cas emblématique de la MAGZI
La Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (MAGZI) illustre parfaitement le système dénoncé. Créée en 1971, elle n’a connu qu’un seul président du conseil d’administration en 48 ans : Jean Madou Ndengue, nommé en 1974 par le président Ahmadou Ahidjo. Il est décédé en poste en 2022.
Sous sa présidence, le budget de la MAGZI pour l’exercice 2022 s’élevait à 7,958 milliards de FCFA. Pendant près d’un demi-siècle, un seul homme a dirigé cette institution stratégique, sans réelle évaluation ni renouvellement.
SODECOTON et ANAFOR : l’ancrage communautaire
La SODECOTON, société de développement du coton, et l’ANAFOR, agence nationale d’appui au développement forestier, sont citées comme des exemples d’entreprises « familiales » où le recrutement et le renouvellement du personnel restent cantonnés à une même communauté.
La SODECOTON, qui emploie plus de 1 900 agents permanents et 3 000 saisonniers, est un acteur majeur de l’économie du Nord Cameroun. Sa gouvernance, selon l’experte, est verrouillée par des logiques communautaires qui entravent le renouvellement des compétences.
Une performance économique en berne
L’experte rappelle que ces entreprises, malgré les importants investissements de l’État, affichent un rendement limité à 2,92 %. La Chambre des comptes a régulièrement relevé des faiblesses de gouvernance.
Le système dénoncé par la Pr Ondoua Biwolé n’est pas seulement un problème politique ou éthique : il a des conséquences économiques directes. Des entreprises stratégiques, censées contribuer au développement du Cameroun, sont asphyxiées par des dirigeants installés à vie, sans évaluation ni renouvellement.
Quelles solutions ?
Pour l’experte, la solution passe par le respect strict des textes : limitation des mandats à 9 ans, renouvellement conditionné à la performance, fin du clientélisme et ouverture à la diversité.
Elle appelle également à une plus grande transparence dans la nomination des dirigeants et à un contrôle renforcé par la Chambre des comptes et le Parlement.
Une déclaration qui fait débat
L’intervention de la Pr Ondoua Biwolé a suscité de vives réactions. Ses partisans saluent son courage et sa rigueur scientifique. Ses détracteurs l’accusent de jeter l’opprobre sur des institutions et des dirigeants respectés.
Mais une chose est sûre : elle a mis le doigt sur un système que beaucoup connaissaient mais que peu osaient dénoncer publiquement. Le débat est désormais lancé.
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