CAMEROUN :: Paul Biya légaliste ? La loi bafouée sous ses yeux :: CAMEROON
© Camer.be : Avec Yves Romuald Foungtcho | 06 Jul 2026 01:22:32 | 1437Alors que les partisans de Paul Biya le présentent comme un "légaliste", les violations répétées de la loi électorale par Elecam, l'occultation de la liste électorale nationale et le bilan sanglant des manifestations post-électorales de 2025 posent une question fondamentale : le président est-il réellement respectueux de la loi ou simplement tolérant avec ceux qui la violent en sa faveur ?
« Paul Biya est un légaliste. » La formule est martelée par les thuriféraires du régime comme un mantra. Un argument imparable, une vérité intangible. L'homme du 6 novembre 1982, au pouvoir depuis quarante-trois ans, serait l'incarnation même du respect des textes.
Pourtant, une question dérange, comme une dissonance dans le discours officiel.
Comment un "légaliste" peut-il laisser, sans réagir, ses propres responsables électoraux violer la loi en toute impunité ?
À quelques mois de l'élection présidentielle d'octobre 2025, Elecam a maintenu la liste électorale nationale dans l'opacité, en violation flagrante de l'article 80 du Code électoral. Le Directeur général des Élections, Erik Essousse, et son adjoint, tous deux nommés par Paul Biya, ont obstinément refusé de publier le fichier national. Une obstruction qui ouvre grand les portes à toutes les fraudes.
Et quand le peuple est descendu dans la rue pour réclamer la vérité des urnes, le bilan a été terrible : selon l'ONU, 48 civils et 3 gendarmes ont perdu la vie. Plus de 1.200 arrestations.
Alors, "légaliste" ? Ou simple gardien d'un système où la loi ne s'applique qu'à ceux qui menacent le pouvoir ?
Le mythe du "légaliste"
Depuis son accession au pouvoir en 1982, Paul Biya est présenté par ses soutiens comme un homme de loi. Juriste de formation, il incarnerait, selon ses affidés, la stabilité institutionnelle et le respect scrupuleux des textes. Une image soigneusement entretenue, un récit qui rassure.
Mais cette construction médiatique résiste-t-elle à l'épreuve des faits ?
L'article 80 bafoué : une violation constitutionnelle
L'article 80 du Code électoral camerounais est clair : Elections Cameroon (Elecam) a l'obligation légale de publier la liste électorale nationale. Une exigence fondamentale pour tout scrutin démocratique, car c'est sur cette base que les électeurs et les candidats peuvent identifier clairement le corps électoral convoqué.
Pourtant, à l'approche de la présidentielle du 12 octobre 2025, Elecam a maintenu le flou. Le "toilettage" du fichier était "en cours", selon l'organe électoral. Les listes définitives n'étaient pas disponibles en ligne avant le scrutin. Le site internet d'Elecam était inaccessible à plusieurs reprises.
En juillet 2025, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et candidat déclaré, a saisi le Conseil constitutionnel pour demander l'annulation de la convocation du corps électoral, précisément parce que le fichier électoral national n'avait pas été publié.
Les juges constitutionnels s'étaient déjà déclarés incompétents sur ce sujet en janvier 2025. Le directeur général d'Elecam, Erik Essousse, avait alors expliqué qu'une publication intégrale était "techniquement impossible".
Un argument qui laisse perplexe, quand on sait que des pays bien moins dotés technologiquement publient leurs listes électorales sans difficulté.
Des responsables nommés... et protégés
Le Directeur général des Élections et son adjoint sont nommés par le président de la République. Ils sont donc les hommes de Paul Biya. Leur obstination à violer la loi profite directement au pouvoir en place, car l'occultation du fichier électoral permet toutes les manipulations.
Et Paul Biya ? Il les maintient à leurs postes. Pas de limogeage. Pas de sanction. Pas un mot.
Un "légaliste" laisserait-il des subordonnés bafouer la loi sans réagir ?
Une élection sous le signe du soupçon
Le 12 octobre 2025, les Camerounais ont voté. Les résultats officiels ont donné Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des suffrages. L'opposant Issa Tchiroma Bakary, candidat du FSNC, a revendiqué la victoire avec plus de 60 % selon ses propres comptes.
Cinq recours ont été déposés devant le Conseil constitutionnel, réclamant notamment "l'annulation du scrutin pour fraude électorale". Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des tensions entre partisans de l'opposition et forces de l'ordre aux abords des antennes d'Elecam.
Les soupçons de fraude sont nombreux : listes gonflées, procès-verbaux falsifiés, étranges disparités régionales. Des militants ont repéré des personnes décédées toujours inscrites sur les listes, des photographies d'adolescents clairement en dessous de l'âge requis pour voter.
"Un système biaisé ne peut pas refléter la volonté des Camerounais", résume un militant.
Le sang des manifestations
La contestation des résultats a donné lieu à des manifestations d'ampleur dans tout le pays. Du 12 octobre au 4 novembre 2025, des émeutes ont éclaté à Garoua, Douala, Bafoussam et dans d'autres villes.
Le bilan est lourd : 48 civils et 3 gendarmes ont perdu la vie. Plus de 1.200 personnes ont été arrêtées. Le gouvernement a reconnu des morts dans les manifestations post-électorales. Human Rights Watch a dénoncé des "meurtres et des arrestations de masse".
Le gouvernement camerounais a qualifié la répression de nécessaire au maintien de l'ordre. L'Union européenne et l'Union africaine ont dénoncé la répression.
La succession et la révision constitutionnelle
En avril 2026, Paul Biya a proposé au Parlement l'instauration d'une vice-présidence. Une révision constitutionnelle adoptée avec une majorité écrasante. Le RDPC a défendu cette révision en présentant Biya comme un "juriste et légaliste reconnu".
Un "légaliste" qui modifie la Constitution pour désigner son suppléant. Un "légaliste" qui verrouille un peu plus le système à son profit.
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