CAMEROUN :: Déséquilibré mental ou complice ? Le mystère des faux décrets :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 06 Jul 2026 01:05:29 | 1497Le gouvernement lève le voile sur la tentative de diffusion de faux décrets présidentiels à la CRTV : le suspect, qualifié de « déséquilibré mental » par Denis Ombga, a été arrêté et placé en détention par la Sécurité militaire après une évaluation psychologique.
Il est 17 heures. Les caméras de la CRTV sont prêtes. Le journaliste s’installe. Dans son bureau, une enveloppe scellée attend. À l’intérieur : deux décrets présidentiels. L’un nomme un vice-président de la République. L’autre annonce un remaniement gouvernemental complet. Sauf que ces documents ne viennent pas de la Présidence. Ils sont faux. Et l’homme qui les a déposés est revenu deux fois. Pendant des jours, le Cameroun a frôlé ce qui aurait pu être la plus grande crise institutionnelle de son histoire. Aujourd’hui, le gouvernement parle. Et ce qu’il révèle est encore plus troublant que ce que l’on imaginait.
Un homme, deux décrets, une nation suspendue
L’affaire éclate au grand jour le 22 juin 2026, lorsque le journaliste Polycarpe Essomba révèle qu’un individu a déposé à la CRTV de faux décrets présidentiels. Le contenu est explosif : la nomination d’un vice-président de la République et la formation d’un nouveau gouvernement. Les documents, estampillés du sceau officiel de la Présidence et d’une signature attribuée au chef de l’État Paul Biya, sont d’une qualité troublante.
Mais derrière cette tentative qui aurait pu plonger le pays dans une incompréhension terrible se cache une histoire bien plus complexe.
Le journaliste qui a dit non
Tout commence le 12 juin 2026. Un homme se présente à la CRTV Radio et demande à voir Aimé Robert Bihina, directeur des rédactions radio. Il dépose un communiqué. Bihina, par instinct professionnel, doute. Pas de protocole numérique sophistiqué, pas de système de vérification automatique. Juste un homme, son expérience, et un pressentiment.
Deux jours plus tard, le 15 juin, l’homme revient. Cette fois, il ne va pas voir Bihina. Il se présente directement devant le directeur général de la CRTV, Charles Ndongo.
La machine sécuritaire s’enclenche
Charles Ndongo reçoit l’homme et le document. Il analyse. Et il prend une décision qui changera tout : il fait appel au ministre de la Défense. Ce dernier dépêche la Sécurité militaire (SEMIL) sur place.
Les militaires prennent l’intéressé, l’écoutent, et le gardent à vue pour des questions de renseignement. L’homme, identifié comme John Adriel Sitchom Kuaté, est placé en détention. Son image a été captée par les caméras de vidéosurveillance de la CRTV.
Le diagnostic qui interroge
Mais ce n’est pas tout. Les premières constatations présentent « un personnage relativement déséquilibré ». Le gouvernement requiert alors la compétence d’un cabinet médical pour une évaluation psychologique approfondie.
Le verdict tombe : le suspect présente « une certaine inconstance dans son raisonnement ». Une formulation prudente pour un diagnostic qui soulève des questions fondamentales.
Denis Ombga, directeur de l’Observatoire national des médias et de l’opinion publique au ministère de la Communication, le confirme sans détour le 5 juillet 2026 sur le plateau de l’émission LE GRAND ORAL sur Actualité 1 : « Les analyses ont révélé que le porteur des faux décrets à la CRTV est un déséquilibré mental ».
Des faux « troublants » et des questions qui restent
Malgré ce diagnostic, les documents présentés étaient d’une sophistication déconcertante. « Même si, au premier niveau d’analyse, les documents ont un certain nombre d’éléments pertinents, notamment le sceau du président de la République, notamment la signature certainement falsifiée du chef de l’État, il y a dans les documents un certain nombre de choses », a déclaré Denis Ombga.
Le sceau officiel. La signature. La mise en page. Rien ne distinguait, à première vue, ces faux de vrais décrets. Une qualité qui interroge : un « déséquilibré mental » pouvait-il produire des documents aussi convaincants ?
La stratégie du silence
Pourquoi le gouvernement a-t-il attendu plusieurs semaines avant de communiquer ? Denis Ombga répond : « Il y a le bon temps pour la communication. Il fallait faire une analyse approfondie et, à un moment donné, où c’était nécessaire de dire des choses à l’opinion, on va les dire ».
Le ministre de la Communication, René Sadi, disposait des informations en temps réel. Mais le choix a été fait de prendre le temps d’« avoir des éléments qui permettent de pouvoir dire quelque chose à l’opinion sans courir le risque de faire comme Polycarpe Essomba » une allusion à la révélation précoce du journaliste.
Complicité ou acte isolé ?
Interrogé sur l’existence éventuelle de complices, Denis Ombga reste prudent : « C’est une piste, mais on peut aussi penser que c’est un personnage illuminé ».
Le suspect a depuis été transféré au Secrétariat d’État à la Défense (SED). L’enquête se poursuit. Et les Camerounais, eux, attendent des réponses.
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