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FRANCE :: Avec Le roi NGUILA l’âme enracinée chez les Baboutés,

CALVIN DJOUARI signe ici sa neuvième publication. Comme la plupart de ses œuvres précédentes, celle-ci se rapporte à l'histoire du Cameroun en général et du peuple Vuté en particulier. Cependant, à bien y regarder, ce livre pourrait être son couronnement, puisqu'il retrace l'histoire d'un roi longtemps oublié qui résista à l'aventure coloniale allemande.


Si l'énergie linguistique de l'œuvre de Calvin Djouari le rattache aux traditions littéraires classiques et modernes, elle relève plus profondément encore de la trajectoire personnelle de l'écrivain, car elle s'attache à raconter l'histoire d'un peuple longtemps méconnu : les Baboutés, sous la conduite de deux chefs, Nguila et Nguté (photo ci-contre de ce dernier). Que ces deux hommes aient défendu un territoire aussi vaste que celui de la région du Grand Mbam relève d'un véritable miracle. Nguila y est parvenu. Grâce à lui, le peuple Vuté a conservé son identité, ses traditions et son plus précieux trésor : la terre. Par sa force et sa détermination, Nguila fit de cette région une forteresse et un lieu de passage. Comme il l'écrit lui-même dans le livre :
« Au centre du Cameroun, une vieille région avance dans un océan de forêt, portant sur son dos des hommes simples, un peuple fervent, qui a sculpté sa foi sur son tempérament de guerrier. »


L'ouvrage est préfacé par Philippe Moussy, qui écrit :
« Les Baboutés, que l'on a trop souvent relégués au silence de l'histoire, y retrouvent leur vérité, non comme une absence, mais comme une mémoire longtemps enfouie, patiente et vivante. Car certains peuples échappent aux archives sans jamais disparaître de la terre, et c'est dans les traces laissées par leurs pas, leurs luttes et leurs fidélités que leur histoire continue de respirer. »
Le premier aspect de cette œuvre relève de l'esthétique historique chère à Calvin Djouari. Alors que, la plupart du temps, ses écrits recherchent une harmonie romantique, ordonnatrice et esthétisante, l'auteur perçoit avant tout le monde et la vie comme une histoire permanente, constitutive de la nature du monde, de la vie des sociétés et de la condition humaine. L'histoire du roi Nguila est ainsi consubstantielle au mouvement même de la vie du peuple Vuté. L'écriture devient alors un principe animateur de vitalité et d'esthétique des peuples.


Le monde qu'il décrit est celui d'une grande et belle civilisation où tourbillonnent sans cesse voyages hallucinants, guerres intestines et scènes de chasse. Il évoque notamment l'émotion suscitée par la découverte d'un os humain :
« Lorsque les mains recueillent dans une forêt un fémur humain recollé, vieux de quatre siècles peut-être, mon imagination s'éveille. J'entrevois alors une civilisation qui respirait en ces lieux, car cet os recollé  porte en lui le témoignage d'une présence humaine qui a  aidé l’autre dans son accident, ce qui rappelle un savoir transmis, d'un geste de soin et surtout d'une solidarité offerte à celui que la souffrance avait rendu vulnérable. »

C'est d'abord l'aventure du langage, ce travail inouï sur la langue française, qui fait de ce livre de 382 pages un monument de littérature d'expression. Ne pas se revendiquer héritier d'une seule histoire, c'est éviter de s'enfermer dans le piège de l'académisme ou des théories qui enferment les hommes dans une pensée monolithique.


Le genre est ici pluriel : récit romanesque, parfois témoignage, essai, parfois nouvelle, mais aussi peinture, musique et arts visuels se rencontrent dans une même œuvre. Sans oublier la philosophie qui irrigue chacune de ses pages. Chez Calvin Djouari, elle est une affaire du corps. Autrement dit, lorsqu'on demeure attentif à la dimension éthique du récit, on y voit apparaître une sagesse presque platonicienne chez les anciens Vutés, pour lesquels le raisonnement dialectique existe depuis les origines. On ne nie pas ce que l'on ne voit pas ou ce que l'on ne peut saisir immédiatement ; au contraire, on s'efforce toujours d'y réfléchir.


À partir de ces multiples enchevêtrements, ce récit permet d'intégrer non seulement la réalité, mais aussi la création, dans la dimension historique du présent. C'est pourquoi l'on dit que l'écrivain est un historien de l'instant. Le corps devient une passerelle entre les époques.
Voici un texte puissant où se mêlent mémoire, oubli et voix invisibles. À travers ce livre, Calvin Djouari donne chair à celles et ceux que l'histoire a laissés en marge. Il interroge avec finesse notre rapport à l'humanité, à la dignité et à la parole.


Cette œuvre constitue une radiographie profonde de la communauté camerounaise en général, et de la société Vuté en particulier. Elle propose une réflexion rigoureuse sur nos civilisations anciennes, leurs héritages culturels, leurs dérives et les fractures qui traversent les peuples.


C'est avec ce livre que j'ai compris qu'il faut, de temps à autre, écrire pour habiter les choses, parler pour saisir cette vie du passé qui peut surgir à tout instant. Depuis des années, Calvin Djouari démontre qu'il est un écrivain prolifique. Il a réussi à faire de l'écriture un espace de pouvoir et de liberté. C'est un homme profondément sensible aux choses de l'esprit. Grâce à l'écriture, il a goûté au plaisir de l'existence.


Et je prends ici un engagement : celui qui lira ce livre et viendra me dire qu'il ne lui a pas plu, je me chargerai personnellement de lui rembourser le double de son prix.

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