CAMEROUN :: Crise anglophone : 4 exécutés dans un snack-bar en pleine nuit :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 10 Jun 2026 11:56:34 | 447Des hommes armés ont abattu quatre personnes à bout portant dans un snack-bar de Nkor-Noni le 9 juin au soir. Deux civiles dont une enseignante, et deux militaires laissant derrière eux un village en fuite et des corps abandonnés sur la place publique.
Il était 22 heures.
Dans le snack-bar "Choppers", à Nkor-Noni, dans la région du Nord-Ouest camerounais, quelques personnes prenaient encore un verre ce mardi 9 juin. La nuit était ordinaire. Comme toutes celles qui précèdent l'irréparable.
Des hommes armés sont entrés.
Ils ont tiré à bout portant.
Quatre personnes sont mortes : Dimla Carine, enseignante du primaire. Rubin Nkaa, commerçante. Et deux soldats camerounais dont les noms n'ont pas encore été rendus publics.
Le lendemain matin, le 10 juin, leurs corps étaient encore là sur la place du village. Les habitants, eux, avaient fui dans la nuit.
Nkor-Noni : quatre morts dans un bar, un village en fuite
Une attaque armée a fait quatre morts mardi soir dans la localité de Nkor-Noni, dans le département de la Noni, région du Nord-Ouest camerounais. Selon les informations recueillies, des hommes armés, soupçonnés d'appartenir aux groupes séparatistes ambazoniens, ont pénétré dans un établissement de restauration locale vers 22 heures et ont ouvert le feu sur les personnes présentes.
Les quatre victimes ont été tuées à bout portant.
Les victimes : deux civiles, deux militaires
Parmi les morts, deux femmes ont été formellement identifiées. Dimla Carine, enseignante dans une école primaire de la localité. Rubin Nkaa, commerçante. Deux militaires camerounais figurent également parmi les victimes. Leurs identités n'avaient pas encore été communiquées officiellement au moment où ces lignes ont été écrites.
La présence de soldats dans cet établissement à cette heure de la nuit n'a pas encore été expliquée par les autorités. Elle soulève des questions sur les conditions de l'attaque et sur un éventuel ciblage délibéré.
Un village qui a fui dans la nuit
Ce qui frappe peut-être autant que l'attaque elle-même, c'est ce qui s'est passé après.
Au matin du mercredi 10 juin, les corps des quatre victimes se trouvaient toujours sur la place du village de Nkor-Noni. Aucune autorité n'avait encore pu sécuriser les lieux. La majorité des habitants avaient quitté le village dans la nuit, saisis par la peur.
Nkor-Noni, ce mercredi, ressemblait à un village fantôme.
Cette image des corps laissés à l'abandon dans un espace public, une communauté en déroute dit beaucoup de l'état de délitement sécuritaire qui prévaut dans certaines zones du Nord-Ouest depuis le début du conflit.
Le contexte : une crise qui n'en finit pas
La région du Nord-Ouest, comme celle du Sud-Ouest, est le théâtre depuis 2017 d'un conflit armé entre les forces de défense camerounaises et des groupes séparatistes réclamant l'indépendance d'un État qu'ils appellent "Ambazonie". Ce conflit, qui a fait plusieurs milliers de morts selon les estimations des organisations humanitaires, a provoqué le déplacement de plus d'un million de personnes et profondément désorganisé la vie sociale, économique et scolaire dans les deux régions.
Les attaques contre des civils commerçants, enseignants, agents de santé sont documentées de longue date par les défenseurs des droits humains. Elles sont attribuées tantôt aux groupes séparatistes, tantôt à d'autres acteurs armés dont l'identification reste difficile.
Nkor-Noni, dans le département de la Noni, n'est pas à l'abri. La localité a déjà subi des violences dans le passé. L'attaque de ce 9 juin s'inscrit dans une séquence de violence qui frappe des communautés de plus en plus épuisées.
Une enseignante de plus
Le profil de Dimla Carine mérite une attention particulière. Enseignante du primaire, elle représente une catégorie de civils particulièrement visée dans ce conflit. Depuis le début de la crise anglophone, les écoles ont été la cible récurrente d'attaques ou de menaces visant à les fermer. Des enseignants ont été enlevés, tués, contraints à l'exil.
Sa mort, dans un simple bar en fin de soirée, rappelle que dans cette guerre, les civils meurent partout pas seulement en première ligne.
Les questions sans réponse
Qui étaient précisément ces hommes armés ? Quel groupe, quelle faction ? Pourquoi ce bar, pourquoi ces victimes ? Pourquoi les corps sont-ils restés sur place aussi longtemps ?
Autant de questions que les autorités camerounaises n'avaient pas encore publiquement traitées au moment de la publication de cet article.
L'enquête, si elle est ouverte, devra répondre à ces questions. Et permettre, peut-être, que les habitants de Nkor-Noni puissent un jour rentrer chez eux.
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