CAMEROUN :: 77 PCA illégaux, 40 milliards perdus : le scandale des entreprises publiques :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 23 Jun 2026 20:31:23 | 115077 présidents de conseil d'administration et 102 directeurs généraux exercent illégalement à la tête des entreprises publiques camerounaises, générant 40 milliards de FCFA de pertes nettes en 2022, pendant que l'État actionnaire maintient artificiellement en vie quatre sociétés en faillite technique avec l'argent du contribuable.
Ils sont 77. Et 102.
À la tête des entreprises publiques camerounaises, ils exercent hors-la-loi.
Leur seul titre de séjour ? L'impunité.
Des dépassements de mandat de 35 ans pour certains. Des cumuls de fonctions interdits. Des patrons qui restent en place pendant que les chiffres s'effondrent.
Résultat : 40 milliards de francs CFA de pertes nettes en 2022. Une chute de 60 % des bénéfices des sociétés d'État en un an. Quatre entreprises en faillite technique, maintenues artificiellement en vie par l'argent public.
Et une question qui brûle les lèvres des Camerounais : pourquoi ces dirigeants illégaux sont-ils toujours en poste ?
La réponse est aussi simple qu'effrayante : le système les protège. Parce que c'est le système qui les a installés.
Bienvenue dans les coulisses d'un scandale d'État.
L'illégalité érigée en norme
C'est une universitaire, le Pr Viviane Ondoua Biwole, spécialiste du management public et de la gouvernance, qui a mis les chiffres sur la table.
Son étude, publiée le 23 juin 2026, repose sur une base de données consolidée portant sur 89 entreprises et établissements publics camerounais.
Le constat est sans appel : "L'illégalité est érigée en norme dans la gouvernance des entreprises et établissements publics au Cameroun" .
Les lois jumelles du 12 juillet 2017 sont pourtant claires : les PCA ont droit à un mandat de trois ans, renouvelable une fois. Les DG, à trois ans renouvelables deux fois.
Mais dans les faits, ces dispositions sont devenues lettre morte.
Les chiffres qui donnent le vertige
77 PCA exercent au-delà de la durée légale de leur mandat en 2026, contre 71 en 2025.
36 directeurs généraux sont dans la même situation.
Le chiffre de 102 DG semble inclure les directeurs généraux adjoints, portant le total des dirigeants hors-la-loi à un niveau encore plus alarmant.
La longévité hors norme : des patrons à vie
Certains cas défient l'entendement.
Luc Ayang a été PCA de l'Office national du cacao et du café de 1991 jusqu'à son décès le 14 octobre 2025. Près de 35 ans pour un dépassement d'environ vingt-neuf ans par rapport au plafond légal.
Francis Fai Yengo, PCA de l'Agence d'électrification rurale, a dépassé le plafond légal de l'ordre de vingt ans.
Mme Rose Gana Fomba Leke, PCA de l'Institut de recherche médicale, cumule dix-huit ans au poste.
Fabien Monkam Nitcheu (BUCTEP) et Jules Doret Ndongo (Crédit foncier du Cameroun) affichent chacun 15 ans d'ancienneté.
Pendant ce temps, les entreprises qu'ils dirigent s'enfoncent dans la crise.
40 milliards de pertes : le coût de l'impunité
L'étude du Pr Ondoua Biwole établit un lien direct entre cette illégalité généralisée et les pertes nettes cumulées de près de 40 milliards de FCFA.
Ce chiffre n'est pas une abstraction. Il représente :
- Des hôpitaux qui ne seront pas construits
- Des écoles qui resteront en ruine
- Des routes qui ne seront pas bitumées
- Des salaires qui ne seront pas versés
En 2022, le résultat net global des entreprises et établissements publics s'est dégradé de 60 %, passant de 164,5 milliards FCFA en 2021 à seulement 65,6 milliards.
Les quatre faillites techniques maintenues en vie
Quatre entreprises publiques sont en faillite technique. Elles ne devraient plus exister. Mais l'État les maintient artificiellement en vie avec l'argent du contribuable.
Parmi elles, on trouve :
- Camwater : avec des pertes estimées à 40,6 milliards de FCFA, l'entreprise d'eau potable est au bord du gouffre.
- La Cameroon Development Corporation (CDC) : a enregistré une perte de 15,5 milliards FCFA en 2022.
- Camair-Co : la compagnie aérienne nationale affiche des pertes de 13 milliards FCFA.
- La Société nationale de raffinage (Sonara) : pilier énergétique fragilisé.
Ces entreprises cumulent à elles seules une dette colossale. L'endettement total des entreprises publiques a atteint 4 771,6 milliards de FCFA à fin 2023, selon des données du ministère des Finances.
Le contribuable, seul payeur
Pour maintenir ces entreprises en vie, l'État actionnaire a dû débourser 504,8 milliards de FCFA en recapitalisations.
En 2026, les subventions destinées aux entreprises publiques vont passer de 1,5 milliard FCFA en 2025 à 152,26 milliards FCFA.
C'est votre argent. Celui de vos impôts. Celui de vos taxes.
Il sert à financer des dirigeants qui n'auraient même pas dû être en poste.
Un système qui se protège lui-même
Pourquoi ces dirigeants illégaux restent-ils en place ? La réponse est institutionnelle.
Les autorités détentrices du pouvoir de nomination "peinent à respecter les dispositions des lois qu'elles ont elles-mêmes promulguées" .
Le cercle est vicieux : ceux qui devraient faire respecter la loi sont ceux qui la violent. Et ils protègent ceux qui, comme eux, en bénéficient.
Perspective : un scandale qui ne fait que commencer
L'étude du Pr Ondoua Biwole n'est que le premier volume d'une série. D'autres révélations sont attendues.
Pour l'instant, le constat est sans appel : le Cameroun est confronté à une crise de gouvernance qui coûte des dizaines de milliards chaque année à ses contribuables.
Tant que l'illégalité restera la norme, les pertes continueront. Et les Camerounais continueront de payer la facture.
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