Rd Congo - 500 restes humains : la RDC défie la Belgique sur son passé colonial
© Camer.be : Paul Moutila | 22 Jun 2026 16:41:44 | 5033Le gouvernement congolais a adressé une lettre officielle au Premier ministre belge Bart De Wever pour exiger le rapatriement de plus de 500 restes humains principalement des crânes collectés comme « trophées » ou objets d'étude durant la période coloniale.
Ils reposent dans des tiroirs, des réserves, des vitrines. À des milliers de kilomètres de leurs terres natales. Plus de 500 crânes et ossements, arrachés à des Congolais, des Rwandais et des Burundais, dorment dans les sous-sols des institutions scientifiques belges. Certains sont là depuis plus d'un siècle. La plupart ont été prélevés comme des « trophées » de guerre, des objets de collection ou des spécimens d'étude, dans un contexte de violences coloniales et de profanations de sépultures.
Kinshasa a décidé que cette page devait se tourner. Le 19 juin 2026, le gouvernement congolais a officiellement demandé à la Belgique la restitution de ces restes humains. Une lettre historique, signée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka et adressée à son homologue belge Bart De Wever. Pour la RDC, il ne s'agit pas d'une simple formalité administrative, mais d'un impératif moral.
« Les morts doivent pouvoir reposer dans la dignité dans leur pays d'origine et ne peuvent pas être considérés comme de simples objets de collection. »
Cette phrase, extraite du courrier congolais, résume l'enjeu.
Une demande qui vient de loin
La question de la restitution des restes humains de l'époque coloniale n'est pas nouvelle. Depuis des années, des descendants, des militants et des associations réclament le rapatriement de ces dépouilles. Mais la Belgique est restée immobile, faute de cadre légal spécifique.
Tout a changé en novembre 2025. Pour la première fois, l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique a exposé 260 crânes congolais à un public restreint. Une décision qui a relancé le débat et poussé la ministre belge de la Politique scientifique, Vanessa Matz, à déclarer qu'elle attendait « une demande officielle du Congo ».
Cette demande est désormais arrivée.
Une lettre au sceau de l'urgence
Postée à Kinshasa il y a dix jours, la lettre de Judith Suminwa Tuluka n'est pas encore officiellement parvenue à Bruxelles, mais des sources confirment qu'elle a bien été envoyée. Le fait que ce soit la Première ministre congolaise elle-même, et non le ministre compétent, qui ait pris en charge ce dossier, témoigne de l'importance politique et symbolique qu'il revêt pour Kinshasa.
Dans son courrier, la cheffe du gouvernement congolais fait explicitement référence à la restitution, en 2022, de la dent de Patrice Lumumba, héros de l'indépendance congolaise. Un geste que Kinshasa qualifie d' « important geste de reconnaissance historique et de respect pour la dignité humaine ». Mais pour la RDC, ce symbole ne saurait suffire. Il est temps d'aller plus loin.
Plus de 500 restes, une mémoire fragmentée
Selon les informations révélées par le quotidien flamand De Morgen, plus de 500 ensembles de restes humains sont encore conservés dans les institutions belges. La majorité se trouve à Bruxelles, à l'Institut royal des Sciences naturelles, où 260 crânes ont été présentés en novembre dernier. Une partie plus modeste est conservée à l'AfricaMuseum de Tervuren.
Ces restes, principalement congolais mais aussi rwandais et burundais, ont été collectés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Certains ont été ramenés en Belgique comme butin de guerre, d'autres comme objets d'étude pour des recherches anthropologiques fondées sur les théories raciales de l'époque. Les derniers spécimens sont arrivés en Belgique dans les années 1940, parfois après des actes de profanation de sépultures.
La Belgique entre volonté et prudence
Du côté belge, la ministre Vanessa Matz se dit favorable à la restitution, mais elle veut un cadre légal. Un projet de loi est en préparation et devrait être soumis au gouvernement à l'automne 2026.
« Il s'agit d'un dossier sensible. Un cadre doit être soigneusement et minutieusement élaboré pour répondre aux demandes légitimes de restitution » , a déclaré son porte-parole.
Cette prudence est perçue à Kinshasa comme une lenteur coupable. La RDC, elle, ne veut plus attendre. L'AfricaMuseum a d'ailleurs annoncé son soutien à un rapatriement inconditionnel des restes humains conservés dans les collections coloniales belges. Un signal fort, mais qui ne suffit pas à satisfaire les attentes congolaises.
Un mouvement global de décolonisation des mémoires
Cette demande s'inscrit dans un mouvement international de décolonisation des mémoires et de réparation. La Belgique elle-même a amorcé ce processus en 2022 en adoptant une loi reconnaissant le caractère aliénable des biens liés au passé colonial et en déterminant un cadre juridique pour leur restitution.
Des pays comme les Pays-Bas et l'Allemagne ont déjà procédé à des restitutions de restes humains à leurs anciennes colonies. La pression sur la Belgique s'intensifie.
Pour la RDC, il ne s'agit pas seulement d'une question juridique ou administrative. C'est une question de dignité. Offrir des sépultures décentes à ces ancêtres, dans le respect de leurs traditions, sur leur terre natale.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#RDC #Belgique #Colonisation #Restitution #Mémoire #Dignité #Lumumba #AfricaMuseum #JusticeHistorique #RéparationLire aussi
- Paul Biya 93 ans : de retour au Cameroun, que va-t-il faire ?
- Une main et puis s'en va : le retour présidentiel qui interroge
- Zamboï : le gouvernement confirme 4 Camerounais morts
- La preuve manquait : Essama et Nzepang blanchis à Douala
- Cameroun : Biya attendu à Yaoundé, rumeur ou réalité ?
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Bus Mangwa Boy : 4h du matin, le drame de Ndikiniméki
France - CRISE DE LA SOIXANTAINE OU TRISTE RÉALITÉ ?
Turquie - Onana victime d'un accident : plus de peur que de mal
Cameroun - Ntimbane Bomo : l'article du Figaro est un message subliminal
Cameroun - Cédric Ketchanga : entre réussite entrepreneuriale et tempête médiatique
il y a un mois
Rd Congo - Archives minières de la RDC : la guerre des cartes avec la Belgique
France - Michael Olise accusé d'abandonner sa fille
France - Raïssa Zemoniako : l'ascension d'une femme qui s'impose dans le showbiz africain
France - Jacky M. du micro de journaliste au micro de chanteur
France - Festival Oumba 2026 : Teety Tezano illumine la scène avec une prestation magistrale
il y a un an