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Cameroun - Ntimbane Bomo : l'article du Figaro est un message subliminal

Le Figaro évoque un possible décès de Paul Biya et une lassitude des Camerounais. L'opposant Ntimbane Bomo y voit un scénario à la gabonaise orchestré par les lobbies occidentaux. Décryptage. 

Le 13 août 2026, Le Figaro a publié un article sur l'absence record de Paul Biya, évoquant un possible décès et une lassitude des Camerounais. Pour l'opposant Christian Ntimbane Bomo, ce texte serait un message subliminal annonçant une transition militaire « à la gabonaise » une thèse qui agite les réseaux sociaux et interroge sur l'avenir politique du Cameroun.

L'ARTICLE QUI FAIT TREMBLER LE SÉRAIL

Il est 93 ans. Il est à la tête du Cameroun depuis 44 ans. Et depuis le 7 juin 2026, il a disparu de la circulation. Paul Biya, le président le plus âgé du monde, est en Suisse pour un « court séjour privé » qui dure désormais plus de deux mois le plus long de son règne.

Le 13 août 2026, Le Figaro, quotidien français du groupe Dassault, a mis en ligne un article qui a électrisé la classe politique camerounaise. Titre : « Hospitalisation, repos... décès. Au Cameroun, la longue absence de Paul Biya plonge le pays dans l'effroi ».

L'article, sobre et factuel, relate les rumeurs qui circulent à Yaoundé : une intervention chirurgicale du genou en juillet, une nouvelle hospitalisation, et jusqu'à l'évocation d'un possible décès. Il cite un diplomate : « On ne sait pas grand-chose sur le président sinon qu'il est en vie ». Et il conclut par une phrase qui a tout déclenché : « Lassés des turpitudes de leurs élites, beaucoup d'entre eux font le vœu secret de voir, en cas de coup dur, les militaires sortir des casernes pour mettre un peu d'ordre. »

Pour Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du parti Héritage, cette phrase n'est pas anodine. Elle serait la preuve que les lobbies françafricains préparent déjà la succession de Paul Biya sans le peuple camerounais et qu'un scénario « à la gabonaise » se met en place.

L'article du Figaro est-il une simple analyse journalistique ou un signal politique ? La question divise et enflamme les réseaux sociaux.

L'ARTICLE DU FIGARO : CE QU'IL DIT, CE QU'IL NE DIT PAS

L'article du Figaro, publié le 13 août, s'inscrit dans un contexte d'inquiétude grandissante. Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ». Depuis, plus aucune image publique. Plus aucun message. Une absence qui a dépassé le record de 49 jours établi à l'automne 2024.

Le Figaro rapporte les rumeurs qui circulent dans les milieux diplomatiques et politiques : une hospitalisation en soins intensifs, un séjour en maison de repos, voire un décès. Il cite des « sources proches de la présidence » qui évoquent une intervention chirurgicale du genou dans une clinique suisse en juillet, puis une nouvelle hospitalisation.

Le directeur du cabinet civil de la présidence, Samuel Mvondo Ayolo, a accordé une interview au Figaro pour tenter de rassurer : « Le président va bien. Il n'est pas et n'a pas été hospitalisé ». Mais sur la date du retour, il reste évasif : le public sera informé « au moment opportun ». Une formule qui, après plusieurs reports annoncés, laisse planer un doute persistant.

Le Figaro conclut son article en évoquant la lassitude des Camerounais et leur « vœu secret » de voir les militaires prendre le pouvoir.

C'est ce dernier paragraphe qui a été interprété comme un signal politique.

LA THÈSE DE NTIMBANE BOMO : UN SCÉNARIO « À LA GABONAISE »

Christian Ntimbane Bomo, avocat, président du parti Héritage et figure montante de l'opposition camerounaise, a publié une analyse cinglante de l'article du Figaro. Pour lui, ce texte est un message subliminal des lobbies françafricains.

Il identifie trois signaux :

1. La volonté d'écarter l'élite politique et civile camerounaise de la succession, au profit d'un militaire préparé d'avance pour servir les intérêts occidentaux. Une succession « sans le peuple », que le Figaro décrirait comme « lassé des turpitudes de ses élites » et prêt à accepter l'arrivée d'un soldat.

2. Une « révolution de palais » à la gabonaise. Ntimbane Bomo rappelle le précédent du Gabon : en août 2023, le général Brice Oligui Nguema a pris le pouvoir après la destitution d'Ali Bongo, présenté comme le « sauveur du peuple » avec des discours panafricains accrocheurs. Mais il pointe l'accord signé en juillet 2026 entre Oligui Nguema et le groupe français Eramet sur l'exploitation du manganèse gabonais un accord qui, selon lui, montre que les promesses de nationalisation n'ont pas été tenues.

3. Des nominations militaires qui ne sont pas anodines. Le 3 août 2026, Paul Biya a promu cinq colonels au grade de général de brigade, dont Raymond Jean Charles Beko'o Abondo, commandant de la garde présidentielle. Une réorganisation stratégique au ministère de la Défense a également désigné le général Ebaka Hypolite comme numéro 2 des forces de défense. Pour Ntimbane Bomo, ces nominations visent à occuper les postes stratégiques par des personnes prêtes à accompagner une « démarche antidémocratique ».

« Les dernières nominations et celles annoncées dans l'armée par certaines sources sont loin d'être anodines », écrit-il. « Elles visent surtout à faire occuper les postes stratégiques de défense et de sécurité par des personnes prêtes à accompagner cette démarche antidémocratique. »

LE CONTEXTE : UNE ABSENCE RECORD, UNE INQUIÉTUDE GRANDISSANTE

Pour comprendre la thèse de Ntimbane Bomo, il faut revenir sur le contexte. L'absence de Paul Biya est devenue, en deux mois, le sujet politique le plus brûlant du Cameroun.

Parti le 7 juin 2026, il n'a plus été vu en public depuis. Les Camerounais s'interrogent : « Où est Paul Biya ? ». L'opposition dénonce un « vide institutionnel ». Les milieux diplomatiques s'inquiètent des « errements dans la direction du pays ».

Le gouvernement tente de rassurer. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a démenti toute hospitalisation dès le 18 juin. Samuel Mvondo Ayolo a renchéri dans Le Figaro : « Le président va bien ». Et il a lancé un avertissement sans équivoque : « Ceux qui attendent la mort de Paul Biya partiront peut-être avant lui ».

Mais ces déclarations n'ont pas apaisé les esprits. Les Camerounais attendent une preuve de vie : une photo, une vidéo, une parole publique. Rien ne vient. Et le débat sur l'après-Biya s'impose désormais dans les rues de Yaoundé.

La réforme constitutionnelle d'avril 2026, qui a créé la fonction de vice-président, n'a pas été suivie d'une désignation. La chaîne de succession reste floue. Et les nominations militaires du 3 août, intervenues alors que le président est à l'étranger, ont alimenté les spéculations.

UN SCÉNARIO « À LA GABONAISE » EST-IL CRÉDIBLE ?

La thèse de Ntimbane Bomo repose sur une analogie avec le Gabon. En août 2023, après la réélection contestée d'Ali Bongo, l'armée a pris le pouvoir. Le général Brice Oligui Nguema a été présenté comme un sauveur, promettant des réformes et une rupture avec le passé.

Mais Ntimbane Bomo pointe la contradiction : en juillet 2026, Oligui Nguema a signé un accord avec le groupe français Eramet pour l'exploitation du manganèse gabonais. Un accord qui, selon lui, trahit les promesses de nationalisation.

Le parallèle avec le Cameroun est tentant, mais il comporte des limites.

D'abord, le Cameroun n'est pas le Gabon. L'armée camerounaise est historiquement loyaliste et n'a jamais manifesté de velléités putschistes. Le régime de Paul Biya, malgré ses fragilités, repose sur un équilibre clanique complexe.

Ensuite, l'article du Figaro est une analyse journalistique, pas un communiqué politique. Le quotidien français, propriété du groupe Dassault, n'est pas un « organe » de la Françafrique, même s'il entretient des liens avec les réseaux politiques français.

Enfin, les nominations militaires du 3 août peuvent s'interpréter comme une tentative du président Biya, absent, de montrer qu'il garde la main. Une façon de rassurer son camp et de verrouiller l'appareil sécuritaire.

Mais l'absence de Biya crée un vide. Et dans un vide, tous les scénarios sont possibles.

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