CAMEROUN :: Yaoundé sous les eaux : l'État reconnaît sa part de responsabilité :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 09 Jun 2026 13:30:11 | 1270Dans un communiqué du 8 juin 2026, le MINHDU reconnaît l'effondrement d'un mur et le déversement de blocs rocheux dans le canal du Mfoundi par l'entreprise du projet PADDY tout en pointant l'incivisme des citoyens soulevant une question brûlante : à quoi servent 209,6 milliards FCFA si Yaoundé continue de s'inonder ?
Un mur s'est effondré. Des blocs rocheux ont été déversés dans le canal qui devait protéger Yaoundé des inondations.
Ce n'est pas une rumeur. Ce n'est pas une accusation d'opposants. C'est le ministère lui-même qui l'écrit noir sur blanc dans un communiqué officiel daté du 8 juin 2026.
Le projet PADDY financé à hauteur de 209,6 milliards de francs CFA était censé être la solution aux inondations chroniques qui paralysent la capitale camerounaise chaque saison des pluies. L'entreprise chargée de l'exécuter a, selon le MINHDU, contribué à boucher le canal qu'elle était payée pour entretenir.
Pendant ce temps, les habitants de Yaoundé ont, eux, les pieds dans l'eau.
La question n'est plus de savoir si quelqu'un a failli. La question est de savoir pourquoi personne ne répond vraiment.
YAOUNDÉ SOUS LES EAUX : LE COMMUNIQUÉ DU MINHDU QUI RÉVÈLE TOUT EN CHERCHANT À TOUT PARTAGER
Il y a des documents officiels qui, en cherchant à se défendre, prouvent davantage que ce qu'ils entendent concéder. Le communiqué publié le 8 juin 2026 par le ministère de l'Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) est de ceux-là.
En réponse aux inondations qui ont, une fois de plus, submergé des quartiers entiers de Yaoundé, le ministère a pris la plume. Et dans ce texte administratif destiné à expliquer la situation, il a glissé une admission qui mérite d'être lue avec attention.
Ce que le MINHDU a reconnu
Le communiqué admet deux faits concrets et documentés. Premier fait : un mur de soutènement sur le chantier du Projet d'Aménagement et de Développement Durable de Yaoundé (PADDY) s'est effondré. Second fait : l'entreprise en charge du projet a déversé des blocs rocheux dans le canal du Mfoundi le principal cours d'eau dont le débordement est à l'origine des inondations récurrentes dans la capitale.
Ces deux éléments ne sont pas des allégations. Ce sont des aveux ministériels.
Le MINHDU annonce en conséquence le lancement d'opérations de curage d'urgence. Une réponse qui, par définition, intervient après le dommage et qui soulève immédiatement une question : où était le contrôle de chantier ?
209,6 milliards FCFA : l'investissement qui interroge
Le projet PADDY a été présenté comme la réponse structurelle aux inondations chroniques de Yaoundé. Son enveloppe financière 209,6 milliards de francs CFA est considérable pour une ville d'Afrique subsaharienne.
Cet investissement massif devait transformer le rapport de la capitale camerounaise à l'eau. Réaménager les bassins versants, canaliser les cours d'eau, réduire durablement le risque d'inondation.
La réalité documentée du 8 juin 2026 dit autre chose : l'entreprise exécutante a obstrué le canal censé évacuer les eaux. Et personne, dans la chaîne de supervision et de contrôle du projet, ne l'a empêché à temps.
L'incivisme : argument réel ou écran commode ?
Le MINHDU ne s'en tient pas aux aveux sur le chantier. Il pointe également les dépôts sauvages d'ordures dans les canaux et le non-respect des règles d'urbanisme par les habitants comme facteurs aggravants des inondations.
Ces constats ne sont pas faux. L'incivisme urbain est une réalité documentée à Yaoundé. Des caniveaux obstrués par des déchets, des constructions en zone inondable, des comportements collectifs qui aggravent des situations déjà fragiles tout cela existe et contribue au problème.
Mais l'ordre dans lequel ces arguments apparaissent dans le communiqué ministeriel est révélateur d'une stratégie de dilution de responsabilité. En associant dans le même document l'effondrement d'un mur de chantier et les dépôts sauvages de citoyens, le ministère crée une équivalence morale entre la défaillance d'une entreprise sous contrat public et le comportement individuel de riverains.
Ce sont deux ordres de responsabilité très différents. L'un engage des contrats, des cahiers des charges, des pénalités, des superviseurs. L'autre relève de la prévention, de l'éducation, de la gestion des déchets.
Confondre les deux, même implicitement, est une manœuvre rhétorique que les observateurs avertis ne manqueront pas d'identifier.
Le suivi des travaux : le vrai angle mort
La question la plus dérangeante que soulève ce communiqué n'est pas celle de la faute qui est admise. C'est celle du contrôle.
Comment un chantier financé à hauteur de 209,6 milliards de francs CFA peut-il, en cours d'exécution, voir un mur s'effondrer et des blocs obstruer un canal sans que des mécanismes de surveillance ne déclenchent une alerte avant les inondations ?
Dans tout projet d'infrastructure publique de cette envergure, des dispositifs de contrôle technique, de supervision de maîtrise d'ouvrage et de reporting d'avancement sont contractuellement prévus. Soit ces dispositifs ont fonctionné et les alertes ont été ignorées. Soit ils n'ont pas fonctionné. Dans les deux cas, la question de la maîtrise d'ouvrage se pose avec acuité.
Les populations : premières victimes, dernières informées
Pendant que le communiqué ministeriel fixe les termes du débat sur les responsabilités, les habitants des quartiers touchés par les inondations Melen, Ekounou, Nkoldongo, Nsam et d'autres zones riveraines du Mfoundi subissent les conséquences physiques et matérielles d'une situation que ni leur incivisme ni leurs ordures ne peuvent expliquer seuls.
Des maisons inondées. Des routes coupées. Des biens détruits. Des vies perturbées.
Ce sont eux qui paient le prix d'une équation à plusieurs inconnues : une entreprise défaillante, un suivi de chantier insuffisant, et une gestion urbaine qui peine à articuler prévention et réponse d'urgence.
Ce que la suite devra clarifier
Plusieurs questions restent sans réponse après ce communiqué. Quelle entreprise est en charge du chantier PADDY et quelles sont les pénalités contractuelles prévues en cas de défaillance ? Qui supervise techniquement le projet au nom de la maîtrise d'ouvrage ? Le curage d'urgence annoncé a-t-il effectivement débuté et selon quel calendrier ? Et surtout après 209,6 milliards investis, à quelle échéance le projet PADDY sera-t-il réellement opérationnel ?
Ces questions ne relèvent pas du populisme. Elles relèvent du droit légitime des contribuables camerounais à une redevabilité publique sur l'utilisation des ressources de l'État.
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