CAMEROUN :: L'hostilité de la hiérarchie catholique à l’endroit du mouvement nationaliste… :: CAMEROON
© Correspondance : Clément W. MBOUENDEU, Gardien de la Mémoire de Jean Mbouendé | 08 Jun 2026 08:01:44 | 894L'hostilité de la hiérarchie catholique à l’endroit du mouvement nationaliste… (...)
Le nationaliste Ngounou Étienne, matérialisera par ses propres écrits le 17 avril 1960 la confirmation de la tentative de meurtre initiée par l'état-major des terroristes dans un entretien entre Famandeu Albert, membre de ce groupe et Nitcheu Bernard, resté fidèle au nationaliste.
Dans ce même sillage, Njiné Michel, vice premier-ministre dans le gouvernement du 18 juin 1959 et en disgrâce avec Ahidjo, fera parvenir plusieurs correspondances à Jean Mbouende dont celle du 04 mars 1960 qui dit ceci :
« Mon cher grand frère, je vous écris pour la 3ème fois pour vous saluer et demander si mes précédentes lettres vous ont touché. Je ne connais pas votre adresse exacte, mais grâce aux frères de bonne volonté, j’espère pouvoir vous toucher.
J’ai soif de vous voir revenir chez nous. Il faut que je puisse savoir ce que vous êtes devenu, ce que vous pensez de la grave situation de notre pays en général, de notre arrondissement de Bafang en particulier.
Je ne veux pas que des voleurs, des assassins, se servent de votre nom pour piller et tuer nos frères innocents.
Je ne veux pas que votre nom soit souillé par des profiteurs habituels des malheurs des paisibles citoyens.
Je vous parle en frère et non en homme politique.
Vous me connaissez bien depuis longtemps. Je n’ai pas changé ma conduite.
Je souhaite que vous me fassiez confiance, en rentrant dans le pays. Je me porte garant de votre liberté.
Si en rentrant vous tombez dans un piège, j’y tomberai avec vous.
Donnez-moi la possibilité de vous rencontrer sans retard. Faites-moi confiance.
Ecrivez-moi. Je suis prêt à vous accueillir en frère.
Ce message de confiance s’adresse à tous les nôtres qui sont avec vous là-bas. J’attends vous lire.
Je vous embrasse fraternellement ».
Le nationaliste va recevoir cette 3ème lettre à travers son cordon de sécurité tenu par Nitcheu Bernard et va rester de marbre.
D'autant plus que toutes les insanités qu’il décrit dans cette lettre étaient aussi orchestrées par le représentant de son parti à Bafang, le nommé Yeugong Bonaventure (vol, crimes, tortures etc.…)
Il faut en effet se souvenir que c’est grâce à Jean Mbouendé que Njiné Michel devient député en 1952.
Les listes de l’upc sont alors rejetées dans la subdivision de Bafang et le parti décide de soutenir les candidats pro-upcistes.
Njiné Michel alors jeune fonctionnaire à Dschang vient donc solliciter ce soutien au nationaliste, l’obtient et gagne.
Il profitera de cette situation plus tard pour présenter son parti comme étant l’UPC, la vraie, en vue d’une rente politique alors que c’était un montage du pouvoir colonial.
Il faut également savoir qu'au moment de cette correspondance, on est à la veille des élections législatives d’avril 1960 et la réédition sans garantie claire de sécurité de Jean Mbouendé est un gros butin politique pour Njiné Michel, pour rebondir dans la haute sphère de l’État.
En homme avisé donc, le nationaliste ne va pas répondre à cette correspondance et attendra la proclamation de la loi d’amnistie générale et inconditionnelle pour sortir de son refuge.
Il va ainsi revenir définitivement à Bafang avec la mission présidentielle de pacification de la subdivision.
Les éléments des autres factions y compris certaines milices armées vont lui écrire pour solliciter son soutien pour leur retour à la vie normale. Il répondra à tous les appels, au nom de la patrie.
Assassinat des religieux
Malgré l’hostilité de la hiérarchie catholique à l’endroit du mouvement nationaliste, il n’était pas question pour ses membres d’aller à contre-courant des lois divines.
Mais pour davantage ternir l’image des nationalistes, ces groupes fantoches répandaient partout la rumeur selon laquelle une fois l’indépendance acquise, ils feraient de l’église une salle de danse ou de commerce.
Pour ce faire, après le catéchiste Nitcheu Raphael en septembre 1959, ils ont assassiné le père Gilles Heberlet et le frère Sarron (des Européens) à la mission catholique de Banka en novembre 1959.
Après c’était le tour de monseigneur Siyam Georges et de l’abbé Fondjo Thomas d'être arrêtés et déportés dans leurs bases.
Ils ont terrorisé les populations, ont bâti leur fortune sur leur dos car non seulement ils violaient les femmes, mais également ils volaient, incendiaient écoles et hôpitaux. Ils s’attaquaient même aux bébés et femmes enceintes.
On ne saurait prétendre défendre une population et en même temps décider de la terroriser.
En marge de ces groupes, il y avait certains chefs traditionnels et certains opportunistes zélés qui avaient fait de ces événements un fonds de commerce en opérant à travers des dénonciations calomnieuses pour enfin exiger des rançons à certains paisibles citoyens.
TOUS CES ACTES SE FAISAIENT MALHEUREUSEMENT SOUS L’Œil COMPLICE DU POUVOIR COLONIAL QUI S’ARRANGEAIT TOUJOURS À INTERVENIR À POSTERIORI.
L’objectif principal étant de jeter le discrédit et l'opprobre sur le mouvement nationaliste.
Et pour avoir presque tous échoué dans leur mission, beaucoup de ces INSTRUMENTS furent assassinés par ce même pouvoir colonial qui avait la prétention de les défendre insidieusement.
C’est pourquoi Jean Mbouendé après son ralliement à la faveur de la proclamation de l’indépendance en janvier 1960 et singulièrement de la loi d’amnistie totale et inconditionnelle a suffisamment communiqué pour désengager sa responsabilité et celle de l’UPC authentique sur ce qu’on a appelé en région Bamiléké terrorisme entre 1956 et 1960. Ci-après un extrait dans le rapport de sa sortie du maquis dressé le 27 mai 1960 :
« Permettez-moi que je vous adresse à tous, petits et grands, l’expression de ma sincère gratitude. J’ai profité de l’amnistie générale et inconditionnelle qui vient d’être proclamée par le président de la république du Cameroun pour revoir le pays natal, le Cameroun, et en particulier le département bamiléké. Je suis enchanté de vous dire que je vis.
J’ai abandonné mon foyer le 28/5/55 et suis revenu à Douala le 25/5/60. J’ai pensé que mon absence aurait fait disparaître complètement l’attachement qui nous liait. J’ai constaté qu’à Douala comme à Bafang, je suis bien accueilli.
Je suis également heureux de vous annoncer que mon passage ce matin de Douala à Bafang a été bien applaudi.
J’ai vécu durant la période de mon exil, avec les larmes aux yeux, et en particulier de 1959 à 1960 où les tueries se sont multipliées au Cameroun et principalement en pays bamiléké.
Je me contente encore une fois de plus de vous dire et à haute voix, que l’UPC que j’ai eu l’honneur de présider à Bafang depuis sa création jusqu’au 28/5/55, date à laquelle j’ai gagné le maquis n’avais jamais tracé un plan pour un jour verser le sang de l’Européen ni de l'Africain ».
Des applaudissements et des cris de joie s’entendent plus de cinq minutes. Puis il continue :
« Notre but essentiel était de demander à l’autorité compétente l’indépendance du Cameroun et la réunification de ce pays.
Que ceux qui ont profité de notre absence pour endeuiller le pays sachent que Dieu les voit et que la vérité triomphera toujours ».
Applaudissements.
« Je lance un appel solennel à ceux qui ont été trompés et conduits en brousse de rentrer dans le calme.
Je me permets de vous dire encore une fois de plus, messieurs et mesdames, mes amis et mes frères, que moi Mbouendé Jean qui suis aujourd’hui devant vous, peux justifier tout ce qui s’est passé au sein de notre mouvement à Bafang de 1955 à 1956, et en dehors de cette période et jusqu’à l’heure où nous parlons, j’y suis tout à fait innocent.
Je vous remercie très sincèrement pour votre choix en ce qui concerne les élections du 10/4/60, car nos élus bamiléké ont demandé et insisté sur l’amnistie générale qui me permet de vous voir et de vous parler aujourd’hui ».
Le pouvoir colonial avait donc recruté de pseudo-nationalistes pour tuer le nationalisme.
Jean Mbouendé, retranché dans ses exploitations agricoles à Kambo-Kékem, les mains nues, mais déterminé, sera traqué jusqu’à ses derniers retranchements.
Après l’échec de l’équipe de Ngounou Etienne, bras séculier de Singap Martin, d’autres poches d’animosité vont prendre le relais.
Mais Jean Mbouendé avait mis en place une stratégie bien huilée pour sa sécurité.
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