Une lettre, une fatigue, un pays : Ngako dit ce que la jeunesse camerounaise ressent :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 26 May 2026 10:01:41 | 440Face à la célérité béninoise, une ancienne journaliste de TV5MONDE adresse à Paul Biya une lettre qui dit tout ce qu'une génération n'ose plus crier.
Il a suffi de quelques heures.
Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni prêtait serment comme nouveau président du Bénin. Quelques heures plus tard, un gouvernement était nommé. Une direction donnée. Un signal envoyé.
À des milliers de kilomètres, au Cameroun, Diane Audrey Ngako regardait la scène. Ancienne journaliste de TV5MONDE et du Monde Afrique, fondatrice d'Omenkart, elle n'a pas crié. Elle n'a pas insulté. Elle a pris une feuille blanche.
Et elle a écrit au président Paul Biya.
Quand le Bénin devient un miroir
Ce n'est pas une attaque. Ce n'est pas de la jalousie. C'est une fatigue.
C'est ainsi que Diane Audrey Ngako ouvre sa lettre ouverte adressée au président de la République du Cameroun, Paul Biya, datée du 25 mai 2026. Une lettre sobre, précise, sans invective et peut-être pour cette raison, plus difficile encore à ignorer.
Le déclencheur ? L'investiture de Romuald Wadagni à la tête du Bénin, suivie dans la foulée de la formation éclair de son nouveau gouvernement. Un enchaînement qui a fait l'effet d'une gifle symbolique sur les réseaux sociaux camerounais, où la question revient en boucle depuis des mois : quand sera formé le nouveau gouvernement camerounais ?
La réponse officielle se fait attendre depuis janvier 2026. Les mandats de nombreux ministres ont, eux, expiré depuis 2023.
"Ce n'est pas la rapidité. C'est ce qu'elle racontait."
Dans sa lettre, Diane Audrey Ngako choisit ses mots avec soin. Elle ne compare pas les deux pays pour humilier. Elle compare pour nommer quelque chose de plus difficile à saisir : un manque de direction, un déficit de signal.
"En regardant ce moment béninois, ce n'est pas uniquement la rapidité de l'annonce qui m'a marquée. C'est ce qu'elle racontait symboliquement : un pays qui semblait dire à sa population qu'il était prêt à avancer, à ouvrir une nouvelle séquence, à donner une direction claire à ceux qui attendaient un signal", écrit-elle.
Pour la journaliste, ce signal manquant au Cameroun n'est pas anodin. Il est au cœur d'une crise plus sourde, plus profonde, que les seuls indicateurs économiques ne permettent pas de mesurer.
"Le plus douloureux est peut-être la difficulté à se projeter collectivement, à sentir qu'une direction existe même dans l'obscurité."
Une lassitude qui ne hurle plus
Ce qui frappe dans ce texte, c'est précisément ce qui n'y figure pas : la colère bruyante, le ton polémique, les accusations frontales. Diane Audrey Ngako décrit une autre forme de désespoir plus silencieux, peut-être plus répandu.
Elle évoque une "lassitude silencieuse" : celle des talents qui s'épuisent faute de reconnaissance, des entrepreneurs qui se heurtent seuls à des systèmes perçus comme décourageants, des artistes qui partent chercher ailleurs ce que leur propre pays ne semble pas capable de leur offrir.
Ce portrait n'est pas celui d'une jeunesse en rébellion. C'est celui d'une génération qui attend, lasse d'attendre, et qui commence à douter que l'attente ait encore un sens.
Ce qu'elle demande et ce qu'elle ne demande pas
La lettre de Ngako est aussi remarquable par ce qu'elle refuse d'être. Elle prend soin de préciser qu'elle n'appelle ni à une révolution ni à une opposition politique. Elle écrit : "Ma lettre n'est ni une attaque ni une opposition."
Ce qu'elle réclame est plus modeste en apparence, mais potentiellement plus exigeant en pratique : des "actes lisibles", un environnement "capable de respecter l'effort, de projeter le mérite, de rendre possible la projection".
En d'autres termes : de la cohérence entre le discours et les faits. Une politique qui reconnaisse la jeunesse autrement que comme "une promesse abstraite".
"Nous voulons construire sans être constamment épuisés par les inerties, les lenteurs, les violences symboliques et les découragements permanents", conclut-elle.
Un contexte politique sous tension
Cette lettre surgit dans un contexte particulièrement sensible. Le Cameroun traverse une période d'incertitude institutionnelle : remaniement différé, mandats expirés, absence de calendrier électoral clair. Les réseaux sociaux camerounais bouillonnent depuis plusieurs semaines, amplifiés par le contraste avec les pays voisins qui, eux, semblent avancer.
La lettre de Diane Audrey Ngako figure connue du journalisme africain francophone donne une forme intellectuelle et mesurée à ce malaise diffus. Elle l'incarne sans le radicaliser.
C'est peut-être ce qui lui donne sa force de frappe particulière.
Perspective
Aucune réaction officielle de la présidence camerounaise n'avait été enregistrée au moment de la publication de cet article. La lettre continue de circuler sur les réseaux sociaux, reprise par des milliers d'internautes qui y voient l'expression de ce qu'ils ressentent sans avoir su le formuler.
La vraie question que pose Diane Audrey Ngako n'est pas politique au sens partisan. Elle est existentielle : jusqu'où une génération peut-elle patienter avant que la lassitude ne devienne rupture ?
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#Cameroun #Biya #DianeAudreyNgako #JeunesseAfricaine #Bénin #Wadagni #AfriqueActuLire aussi
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