CAMEROUN :: 26 mai 1990- 26 mai 2026: Le Social Democratic Front 36 ans après :: CAMEROON
© Camer.be : Hugues SEUMO | 26 May 2026 08:32:24 | 341Le 26 mai 1990, le Social Democratic Front (SDF, ndlr) naissait sous le coup d'une marche historique noyée dans une violence policière indicible qui avait laissé sur les carreaux six morts et de nombreux blessés. Ni John Fru Ndi, son leader qui venait de perdre les primaires au sein du Rdpc en 1988, eut l'idée de regrouper des personnalités proches à lui et de mettre sur pied le SDF.
A partir de cet instant, l'information doit circuler de bouche à oreille dans toute la ville de Bamenda, des marches de lancement seront programmées. De nombreux Camerounais partiront des régions du Cameroun pour y prendre part. Les autorités locales à l'époque ont tout de suite compris que l'ère du monopartisme était révolue. C'est ainsi qu'il fallait prendre toutes les mesures nécessaires pour contrecarrer cette marche que le SDF qualifie depuis lors d'historique.
Le 26 mai 1990, la marche dite historique commence dans la ville de Bamenda, mais, la Commercial Avenue sera bloquée par les patrouilles mixtes formées des éléments de la compagnie de gendarmerie de la ville et de la 223ème compagnie de combat des forces armées.
Entre temps, les manifestants s'étaient rendu compte que les hommes en tenue portaient des armes non chargées…Les munitions des hommes de troupe se trouvant dans des camions stationnés en retrait de la scène.
" Les assaillants ont-ils tentés de s'emparer de l'arme du militaire ? "Oui", affirme un témoin de la scène ayant requis l'anonymat. "Le lieutenant s'est couché sur le sol pour protéger son arme sous la pression de la foule excitée. Il aura par la suite la clavicule cassée à la suite d'une pierre reçue à l'épaule", poursuit notre source. "Voyant sans doute le lieutenant en danger, un caporal de la 223ème compagnie de combat prendra sur lui de casser les caisses de munitions laissées dans les voitures et de les distribuer à ses camarades".
Les affrontements qui, selon notre témoin, durent moins de quinze minutes, laissent sur le carreau 6 personnes. (Juliette Sikot, Fidelis Chosi, Edwin Nfon, Mathias Tifuh, Christopher Asanji,Evaristus Toje)
Dans la soirée, un communiqué officiel signé de Henri Bandolo, alors ministre de l'Information et de la culture et lu sur les ondes du Poste national de la Crtv, fait bien état de six morts, mais des morts piétinés dans la bousculade. Un "black out" total est fait sur la relation des faits faite par la station provinciale locale." écrit Jean Francis Belibi du quotidien Mutation.
Quelques mois plus tard, l'Assemblée nationale du Cameroun se réunit au cours d'une session baptisé "session des libertés".
Des textes de lois sont adoptés au rang desquels celui portant liberté d'association et de partis politiques au Cameroun. Ce que le peuple camerounais appelle de "Loi de 1990". Le multipartisme est réinstauré, 43 ans après avoir été supprimé.
Trente-six ans après les événements de Bamenda, le Sdf se rappelle toujours de cette fameuse date du 26 mai 1990.
Commémorer désormais les martyrs du SDF
Le Front social démocrate (Sdf) de Ni John Fru Ndi avait défié l’autorité du sous-préfet de Bamenda 2e en érigeant, le 5 janvier 2009 dans le chef-lieu du Nord-Ouest, le panneau monument des martyrs en mémoire des Camerounais tués par l’armée nationale le 26 mai 1990 lors du lancement du Sdf.
Le sous-préfet avait en effet refusé l’érection d’un tel monument. Dans la nuit de jeudi 8 à vendredi 9 janvier 2009, des individus non encore identifiés ont coupé et emporté le panneau sur lequel il était écrit : « Liberty square : in memory of the six who shed their blood for democracy in Cameroon, 26th may 1990 ». en français, Place de la Liberté : A la mémoire des six qui ont versé leur sang pour la démocratie au Cameroun, le 26 mai 1990
On se souvient qu’à l’implantation de ce monument, des militants du Sdf ont eu maille à partir avec le sous-préfet.
Pendant qu’ils s’apprêtaient à faire une prière en mémoire de leurs « illustres camarades disparus », le sous-préfet Jacques Dzutchumyin Nguamkam a surgi. Le chef de terre leur a intimé l’ordre de tout arrêter. Il exigeait non seulement la présentation de l’autorisation de ce « meeting », mais également celle de l’implantation de la plaque.
Ce parti jadis porteur d’espoir de changement, continue son bout de chemin, malgré quelques manquements enregistrés ici et là. L'on s’interroge toujours sur la capacité du SDF de faire encore rêver les Camerounais.
Ses ratés politiques sont aujourd’hui sur toutes les lèvres au sein du SDF. Lorsque Paul Biya déclara la conférence nationale souveraine « sans objet », le leader du Sdf, proclama qu’il tiendra sa conférence à lui, « même sous un arbre ». Bien sûr, il ne la tiendra pas.
Plus grave, au sein même du Sdf, le blindage de l’article 8.2 est devenu une sanction inéluctable pour tout militant récalcitrant
Le déclin du Social Democratic Front (SDF), s'explique également par la montée de nouvelles forces politiques qui l'ont supplanté, des accusations de compromission avec le pouvoir, de profondes divisions internes et une position centriste sur la crise anglophone qui lui a aliéné sa base radicale.
Du vivant même de Ni John Fru Ndi, le parti a été secoué par des querelles internes. Des cadres historiques et des dizaines de militants ont été exclus, créant des scissions et des batailles judiciaires qui ont considérablement terni l'image et l'unité du parti.
Au fil des ans, une frange de l'opinion publique et des membres dissidents ont accusé Ni John Fru Ndi d'avoir été "acheté" par le parti au pouvoir (le RDPC) et de faire des compromis avec le régime du président Paul Biya, affaiblissant ainsi sa crédibilité en tant qu'opposant radical.
Décédé en 2023, Fru Ndi a été critiqué pour avoir tenu le parti d'une main de fer pendant plusieurs décennies, , bloquant toute velléité revendicatrice au sein même du SDF
36 ans après sa création, le SDF est encore sur le chemin ankylosé de la démocratie camerounaise.
Quelques pères fondateurs du SDF
Au départ, ils sont douze et constituent le Study group 89:
- John Fru Ndi, libraire à Bamenda,
- Siga Asanga, enseignant de littérature à l’Université de Yaoundé,
- Nyo’ Wakaï, magistrat hors hiérarchie, conseiller à la cour suprême,
- Vincent Feko, inspecteur des Impôts à Douala,
- Clément Ngwasiri, enseignant de droit à l’Université de Yaoundé,
- Albert Mukong, habitué de la contestation et des prisons politiques,
- Carlson Anyangwe, enseignant de droit à l’Université de Yaoundé,
- James Mba-Akhu Banga, homme d’affaires à Yaoundé,
- Aloysius Tebo, homme d’affaires à Yaoundé,
- Alfred Azefor, enseignant à l’Ecole normale, annexe de Bambili,
- Gemuh Akuchu et Tah Zacharias (qui quittera le groupe bientôt).
- Thomas Akumbo
Les douze se retrouvent pour la première fois le 11 novembre 1989 dans les locaux de la Presbyterian Church Center de Bamenda. Qui a convoqué la réunion? Albert Mukong, répondent certaines sources. L’initiative vient très vraisemblablement de John Fru Ndi, un laïc très engagé dans les activités de cette paroisse, et ami du révérend pasteur Gana, leur hôte du 11 novembre 1989.
Mais Albert Mukong et Vincent Feko sont membres d’un autre groupe, qui, à Douala, travaille au lancement d’un autre parti. Constitué de Yondo Black, Henriette Ekwe, Anicet Ekane, Kwa Moutomé, Charles René Djon Djon..., il n’entretient aucun rapport formel avec le Study group 89.
Mais l’arrestation de Yondo et ses camarades, en février 1990, semble avoir encouragé les membres du Study group à sauter le pas. En effet, il se réunissaient au départ pour élaborer un mémorandum à adresser aux Nations unies sur la question anglophone.
Le 17 février 1990, le Study group renonce à son projet de mémorandum et prend la résolution de lancer plutôt un parti politique. Ce sera chose faite le 26 mai 1990 à 14 h.
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