Impayés au Cameroun : 520 milliards FCFA, l'État étouffe ses fournisseurs :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 20 May 2026 12:31:22 | 603520 milliards de FCFA. C'est le montant des dettes que l'État camerounais accumule à l'égard de ses propres prestataires. Un chiffre vertigineux qui fragilise une économie déjà sous pression.
Une dette colossale envers les prestataires privés
À fin mars 2026, la Caisse autonome d'amortissement (CAA) a officiellement recensé plus de 520 milliards de FCFA d'impayés de l'État camerounais envers ses fournisseurs de biens et services. Cette somme dépasse la moitié du total des Restes à payer (RAP) enregistrés sur la même période.
Les fournisseurs du secteur privé sont de loin les premiers créanciers de l'État. Leur encours a progressé de 133,5 milliards de FCFA en glissement annuel, soit une hausse supérieure à 25 % en douze mois. Ces données officielles confirment une tendance de fond : l'État paie de plus en plus tard ceux qui exécutent sa commande publique.
Pourquoi l'État s'enfonce dans les impayés
Trois facteurs structurels alimentent la progression des restes à payer de l'État camerounais. D'abord, un déséquilibre chronique entre les engagements de dépenses et les recettes fiscales réellement mobilisées. Ensuite, la rigidité du circuit de la dépense publique, où les délais de liquidation et d'ordonnancement s'étendent bien au-delà des normes admissibles.
Enfin, la multiplication des marchés publics lancés sans couverture budgétaire suffisante contraint régulièrement la trésorerie de l'État à différer les paiements. Le résultat : des entreprises prestataires qui avancent les fonds, supportent les charges et attendent un remboursement qui tarde.
Les mécanismes qui bloquent le règlement des créances
Le circuit administratif camerounais impose plusieurs étapes avant tout paiement : engagement, liquidation, ordonnancement puis paiement par le Trésor. Chaque stade peut être bloqué par un contrôle de régularité, un déficit de trésorerie ou une priorité accordée à d'autres dépenses jugées plus urgentes.
Par ailleurs, la gestion des impayés de l'État camerounais souffre d'un déficit de transparence : peu d'informations publiques existent sur le détail sectoriel des créances, les délais moyens de paiement ou les mécanismes de recours disponibles pour les PME. Les grandes entreprises négocient directement. Les petites subissent.
Des conséquences immédiates et des risques à long terme
Les fournisseurs de l'État camerounais font face à des tensions de trésorerie sévères. Beaucoup recourent à des crédits bancaires à taux élevés pour compenser les retards de paiement. Certains réduisent leurs effectifs ou interrompent leurs investissements. Dans le BTP, secteur très exposé à la commande publique, des chantiers ralentissent faute de préfinancement.
L'accumulation des dettes fournisseurs de l'État risque de dissuader les entreprises privées de répondre aux appels d'offres publics. Le secteur public deviendrait moins attractif, ce qui fragiliserait l'exécution même du budget de l'État. Un paradoxe qui menace la croissance économique du Cameroun sur la durée.
L'État peut-il encore être un partenaire fiable ?
La question n'est plus technique : elle est politique. Un État qui cumule plus de 520 milliards FCFA d'impayés envers ses prestataires envoie un signal fort aux acteurs économiques. Il dit, implicitement, qu'il ne peut pas honorer ses engagements dans les délais. C'est la confiance dans la parole publique qui est en jeu.
La CAA documente. Le Trésor gère. Mais qui réformera en profondeur la chaîne de la dépense pour que l'État camerounais redevienne un payeur fiable et prévisible ?
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