CAMEROUN :: Crise d’autorité : le blocage du Premier ministre Ngute révèle les lignes de commandement occultes :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 05 May 2026 13:40:42 | 2479Un chef de gouvernement empêché de se rendre à une mission officielle. L’image frôle l’absurde, pourtant elle concentre les fractures profondes de l’autorité de l’État au Cameroun. Le 5 mai 2026, le Premier ministre Joseph Dion Ngute aurait été bloqué dans son déplacement, exposant au grand jour une guerre feutrée au sommet de la présidence. L’épisode interroge : qui gouverne vraiment à Yaoundé ?
Une mission officielle frappée d’interdit
Le fait est simple. Joseph Dion Ngute, chef du gouvernement nommé par Paul Biya, s’est vu signifier l’impossibilité de remplir une mission officielle. La décision n’émanait pas du président de la République lui-même, mais de signaux contradictoires émis depuis le palais d’Etoudi. Les regards se tournent immédiatement vers deux hommes : Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, et Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil. Ce sont eux, plus que les ministres, qui façonnent l’agenda présidentiel et filtrent l’accès au chef de l’État.
Pourquoi le chef du gouvernement est-il mis à l’écart ?
Le blocage du Premier ministre ne relève pas d’un accident administratif. Il traduit une pathologie institutionnelle enracinée. La concentration du pouvoir exécutif autour d’un cercle restreint de collaborateurs a déplacé l’autorité de l’État hors des circuits constitutionnels. Joseph Dion Ngute dispose théoriquement de la légitimité pour conduire l’action gouvernementale. Mais dans les faits, les titres ne protègent pas contre les baronnies parallèles. La cause tient à un système où la proximité avec le président supplante toute hiérarchie officielle. Le poste de Premier ministre devient alors une vitrine, vidé de sa substance dès que des factions rivales verrouillent les arbitrages.
Le duo Ngoh Ngoh – Mvondo Ayolo, maîtres de l’ombre
Comment ce mécanisme fonctionne-t-il concrètement ? Ferdinand Ngoh Ngoh, présenté comme un verrou décisionnel, centralise les dossiers sensibles et valide chaque déplacement, chaque nomination, chaque allocation budgétaire. Samuel Mvondo Ayolo, lui, gère les audiences et le temps présidentiel. En tandem, ils détiennent un pouvoir de vie ou de mort politique sur tout responsable. Le Premier ministre, s’il n’est pas aligné sur leurs intérêts, peut voir ses marges de manœuvre réduites à néant. Cette confiscation du pouvoir par une techno-bureaucratie présidentielle n’a rien d’officiel. Elle s’exerce dans l’ombre, sans décret, sans contre-seing, sans responsabilité ministérielle. Elle dénature la gouvernance camerounaise en créant deux circuits : l’un public et impuissant, l’autre occulte et omnipotent.
Une paralysie à courte vue, des dérives durables
L’incident Ngute va exacerber les tensions au sein du gouvernement. Chaque ministre devra choisir son camp, entre loyauté affichée au Premier ministre et allégeance pragmatique aux hommes du président. L’action publique risque de se paralyser. Les dossiers économiques, comme la mise en place de la Socadel ou la renégociation des dettes, pourraient subir des retards par pure guerre de tranchées. À plus longue échéance, ce mode de gouvernance informel menace la crédibilité même de l’autorité de l’État. Les investisseurs et les partenaires diplomatiques ne savent plus à qui s’adresser. La succession présidentielle, déjà taboue, pourrait se jouer non dans les urnes mais dans les antichambres, entre Ferdinand Ngoh Ngoh et Samuel Mvondo Ayolo. Le Cameroun entrerait alors dans une zone de turbulences imprévisibles.
Qui sera le prochain responsable entravé ?
Le blocage de Joseph Dion Ngute n’est qu’un symptôme. La vraie question est celle de la confusion des pouvoirs. Un État où un Premier ministre constitutionnel ne peut pas se déplacer sans l’aval de collaborateurs présidentiels est un État affaibli, vulnérable à tous les coups de force. La restauration d’une gouvernance claire et prévisible devient une urgence nationale. Sinon, qui, demain, sera le prochain responsable publiquement empêché et secrètement désavoué ?
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