CAMEROUN :: 42 ans de promesses non tenues : 15 projets fantômes qui révèlent l'échec du régime Biya :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 05 May 2026 11:59:07 | 2357Tramway, aéroports, énergie solaire, filières agricoles depuis quarante ans, les annonces succèdent aux annonces. La liste des chantiers jamais ouverts constitue, à elle seule, un réquisitoire.
Il y a quelque chose de vertigineux à parcourir cette liste. Pas l'indignation, d'abord plutôt une forme de stupéfaction froide. Chaque ligne ressemble à la précédente : une promesse datée, un montant chiffré, une ambition proclamée. Et, invariablement, la même conclusion. Rien.
Nous sommes en 2026. Paul Biya gouverne le Cameroun depuis 1982. En quarante-trois ans de pouvoir, son régime a accumulé un catalogue de projets annoncés avec solennité, parfois accompagnés de chiffres précis, parfois assortis de partenaires étrangers identifiés et jamais concrétisés. Ce que révèle cette compilation n'est pas anecdotique : c'est structurel.
Des chiffres précis, une réalité absente
Prenons quelques cas au hasard au hasard, vraiment, car la liste est longue. En 2012, la rénovation de l'aéroport de Douala était annoncée pour 153 milliards de francs CFA. En 2014, un consortium belge devait doter le pays de son premier tramway. La même année, un projet d'aéroport à Kribi était inscrit dans les carnets officiels. En 2015, un investisseur norvégien promettait 150 à 300 MW d'électricité supplémentaire à Édéa. Toujours en 2015, l'électricien Eneo devait installer 35 MW de solaire dans les trois régions septentrionales une réponse directe aux coupures chroniques qui paralysent le nord du pays.
Aucune de ces infrastructures n'existe aujourd'hui. Ni le tramway, ni l'aéroport à kribi, ni les panneaux solaires d'Eneo, ni les mégawatts norvégiens. Chaque promesse est restée lettre morte, sans explication publique, sans reddition de comptes, sans enquête officielle sur les causes de l'échec.
Un investissement de 3,5 milliards de francs CFA pour produire 10 900 tonnes de maïs dans le Noun annoncé en 2017. Neuf ans plus tard, le Noun attend encore."
L'agriculture n'est pas épargnée. En 2015, un programme de 178,5 milliards devait transformer la filière des arbres fruitiers. La même année, 21,3 milliards de contrats devaient industrialiser la filière manioc. En 2017, le régime visait le leadership mondial de la production d'anacarde 100 000 hectares à planter. Ces annonces ont nourri les colonnes des journaux officiels, les discours de présentation de budget, les communiqués de presse des ministères. Le sol camerounais, lui, est resté vierge de ces ambitions.
Une architecture de l'annonce
Ce qui frappe, à analyser ces quinze cas et ils ne représentent, qu'une fraction de l'ensemble , c'est la cohérence du mécanisme. L'annonce arrive toujours bien ficelée : un partenaire étranger, un montant, une échéance. Tout ce qu'il faut pour crédibiliser l'intention sans engager la livraison. Le régime Biya a perfectionné cet art : promettre avec suffisamment de précision pour paraître sérieux, suffisamment de vague pour ne jamais avoir à rendre compte.
L'éolien sur le Mont Bamboutos, annoncé en 2015 comme une première expérience fondatrice rien. L'usine d'engrais de Ferrostaal, censée être alimentée par le gisement d'Etinde dès 2013 rien. Le premier hôtel Radisson Blu du pays, promis pour 2019 rien. L'extension du chemin de fer jusqu'au Tchad, inscrite dans les projets dès 2014 rien, ou presque. Ces absences ne sont pas des accidents de parcours. Elles dessinent une politique.
Le prix réel de l'immobilisme
Le coût de ces non-réalisations est tangible : délestages persistants, filières agricoles sous-développées, infrastructure portuaire et aéroportuaire vieillissante. L'économie camerounaise continue de fonctionner sous son potentiel, avec une dépendance aux importations que ces projets auraient pu réduire significativement.
Sur un horizon de trois à cinq ans, l'enjeu est plus grave encore. Chaque année perdue en matière d'énergie renouvelable, de transformation agricole ou de connectivité ferroviaire creuse un écart avec les économies voisines qui, elles, avancent. Le Cameroun ne rate pas seulement des opportunités conjoncturelles : il accumule un retard structurel dont les effets se mesureront en décennies.
Et puis il y a ce que les chiffres ne disent pas. La défiance. Une population qui a appris à ne plus croire aux annonces officielles, qui décode les discours à travers le prisme de quarante ans de déceptions répétées. C'est peut-être le dommage le plus durable et le moins réversible.
La question qui reste
Cette liste n'est pas exhaustive. L'étendre à quatre décennies complètes suffirait à remplir un livre. Ce que la version abrégée suffit pourtant à établir, c'est la nature du problème. Ce n'est pas une question de ressources, ni de compétences techniques, ni même de volonté étrangère. Les partenaires étaient là belges, norvégiens, allemands. Les fonds avaient parfois été identifiés. Ce qui manquait, systématiquement, c'est la suite.
La vraie question n'est donc pas : pourquoi ces projets ont-ils échoué ? Elle est : qui, dans ce système, avait intérêt à ce qu'ils réussissent ?
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