CAMEROUN :: SOSUCAM en crise profonde : 37 milliards de pertes en deux ans et une survie incertaine :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 30 Apr 2026 12:53:01 | 37637 milliards de FCFA de pertes cumulées en deux ans. La SOSUCAM, fleuron sucrier du Cameroun, vacille sous le poids d'une concurrence étrangère structurelle et d'un modèle économique mis à nu. L'avenir de milliers d'emplois à Mbandjock et Nkoteng est désormais en question.
Un géant industriel camerounais sous pression extrême
La Société Sucrière du Cameroun, connue sous le sigle SOSUCAM, est l'un des plus grands complexes agro-industriels d'Afrique centrale. Implantée à Mbandjock et Nkoteng dans la région du Centre, elle emploie directement et indirectement des milliers de personnes et constitue l'épine dorsale économique de ces deux localités.
Les comptes de l'entreprise révèlent une détérioration accélérée. En 2023, le déficit atteint 15 milliards de FCFA. En 2024, la perte grimpe à 22 milliards supplémentaires. En cumul, la crise financière représente 37 milliards de FCFA de valeur détruite en vingt-quatre mois ; un rythme d'hémorragie qui n'est pas soutenable à moyen terme sans intervention décisive.
La direction de l'entreprise a publiquement désigné la concurrence sucrière étrangère comme principal facteur de dégradation. Le sucre importé de Chine et du Liban, bénéficiant de conditions douanières favorables, inonde les marchés camerounais à des prix que la production locale ne peut structurellement pas égaler.
Les causes d'un décrochage industriel
Pourquoi la SOSUCAM se retrouve-t-elle dans cette situation malgré des décennies de présence sur le marché ? La réponse dépasse la simple concurrence des prix. Elle touche à une rupture de compétitivité structurelle aggravée par des choix de politique commerciale.
Le sucre importé bénéficie d'un différentiel de coût de production considérable. Les grandes usines chinoises produisent à une échelle industrielle incomparable avec les capacités camerounaises. Lorsque ces produits entrent sur le marché camerounais avec des facilités douanières ; exemptions partielles ou droits réduits ; la production sucrière locale ne peut pas rivaliser sur le seul critère du prix.
Cette dynamique a progressivement modifié les habitudes de distribution. Les grossistes et détaillants camerounais ont basculé vers les marques étrangères, moins chères à l'achat. La présence visuelle du sucre SOSUCAM dans les marchés s'est raréfiée. Le consommateur final, lui, a suivi le prix ; sans nécessairement mesurer les conséquences industrielles de ce choix.
Mécanismes d'une dépendance alimentaire en construction
Le mécanisme sous-jacent à la crise de l'industrie sucrière camerounaise suit un schéma documenté dans d'autres secteurs et d'autres pays. Une entreprise nationale, fragilisée financièrement, réduit sa production ou disparaît. Les importateurs étrangers comblent le vide et deviennent progressivement incontournables. Une fois la concurrence locale éliminée ou affaiblie, ils disposent d'un pouvoir de marché suffisant pour imposer leurs conditions tarifaires.
Le sucre est une matière première dont dépend l'ensemble de la chaîne alimentaire : pains, boissons, jus industriels, pâtisseries artisanales, bouillies. Une hausse du prix du sucre importé se répercute mécaniquement sur l'ensemble de ces produits. Les consommateurs camerounais à faible revenu, premiers concernés, n'auront aucun levier pour contrebalancer cette évolution.
La souveraineté alimentaire se définit comme la capacité d'un pays à contrôler la production et le prix des denrées fondamentales consommées par sa population. Pour le sucre, cette souveraineté repose aujourd'hui presque entièrement sur la survie de la SOSUCAM.
Ce qui se joue dans les prochains mois et au-delà
La priorité pour la SOSUCAM est de stabiliser son bilan. Cela passe nécessairement par une décision politique : le gouvernement camerounais va-t-il renforcer les barrières douanières sur le sucre importé pour redonner de l'air à la production locale ? Sans cette protection tarifaire, aucun redressement opérationnel ne suffira à compenser l'écart de prix avec les importations.
Les bassins d'emploi de Mbandjock et Nkoteng sont directement exposés. Des milliers de familles dépendent des salaires versés par le complexe sucrier. Une fermeture partielle ou totale des lignes de production entraînerait un choc social localisé mais intense, dans des zones où l'offre d'emploi alternatif est structurellement limitée.
À moyen terme , l'enjeu est celui de la réindustrialisation du secteur. Si la SOSUCAM ne parvient pas à moderniser ses outils de production pour réduire ses coûts unitaires, la protection douanière seule ne suffira pas. Le marché camerounais du sucre risque de basculer durablement sous contrôle étranger, avec toutes les vulnérabilités que cela implique pour les prix à la consommation et l'équilibre de la balance commerciale nationale.
Protectionnisme ciblé ou modernisation forcée ?
La crise de la SOSUCAM pose une question de fond que les décideurs camerounais ne peuvent plus esquiver : faut-il protéger l'industrie nationale par des barrières commerciales, ou exiger sa modernisation compétitive au risque de la perdre dans l'intervalle ?
Les deux réponses ont un coût. La première pèse sur le consommateur et crée des rentes. La seconde expose des milliers d'emplois à une transition douloureuse. Ce que l'hémorragie financière de 37 milliards en deux ans dit clairement, c'est que l'immobilisme, lui, n'est plus une option.
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