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Biyiti bi Essam est mort : le ministre camerounais au cœur d'un scandale à 130 millions FCFA :: CAMEROON

Jean-Pierre Biyiti bi Essam est décédé cette nuit aux environs de 2 heures du matin. L'ancien ministre des Postes et Télécommunications du Cameroun laisse derrière lui une trajectoire aussi brillante que controversée. Journaliste de formation devenu haut fonctionnaire, il incarne à lui seul les contradictions d'une certaine élite africaine au pouvoir.

Un réformateur numérique reconnu

Entre 2009 et 2015, Biyiti bi Essam pilote avec autorité la modernisation numérique du Cameroun. Son passage au ministère des Postes marque une génération entière de technocrates. Infrastructures, connectivité, déploiement des services en ligne : ses réformes s'inscrivent durablement dans le tissu administratif du pays.

Grand commis de l'État, il gravit ensuite les échelons diplomatiques jusqu'au poste d'ambassadeur du Cameroun en Israël, consécration d'une carrière au service de la République.

Le scandale des 130 millions FCFA

L'année 2009 marque pourtant un tournant brutal. Lors de la visite du pape Benoît XVI au Cameroun, des fonds publics de 130 millions FCFA destinés à financer la couverture médiatique de l'événement transitent par son compte personnel. L'affaire éclate publiquement.

Face à la pression, Biyiti bi Essam livre une explication restée dans les annales politiques camerounaises : l'argent public aurait simplement fait « une escale » dans son compte privé. La formule, aussi sidérante qu'audacieuse, ne convainc pas Paul Biya. Le président camerounais le destitue de son poste  sans délai.

Une disgrâce qui révèle les fractures du système

Ce scandale de détournement présumé de fonds publics illustre une tension structurelle dans la gouvernance africaine. La frontière entre gestion d'État et intérêts personnels y reste souvent perméable. Le cas Biyiti n'est ni le premier ni le dernier du genre, mais sa dimension symbolique reste forte : l'affaire survient pendant un événement à portée internationale, sous l'œil du monde entier.

Le mécanisme est classique. Des fonds affectés à une mission précise ici, la couverture médiatique d'une visite papale quittent les circuits officiels pour transiter par des comptes tiers. La restitution éventuelle n'efface pas l'acte. Elle révèle, au contraire, l'existence d'une zone grise institutionnalisée.

Entre mémoire et impunité

La disparition de Biyiti bi Essam ravive le débat sur la reddition de comptes au sein des élites camerounaises. Les figures politiques condamnées à la disgrâce n'affrontent que rarement une justice formelle : elles sont renvoyées vers l'oubli, puis parfois réhabilitées discrètement.

Cette trajectoire pose une question systémique. La modernisation numérique du Cameroun, qu'il a effectivement contribué à bâtir, peut-elle être dissociée des pratiques qui ont entaché sa réputation ? Les institutions qui portent sa signature administrative restent opérationnelles. Son legs est, malgré tout, ambivalent.

Un destin camerounais en miroir

Jean-Pierre Biyiti bi Essam restera dans l'histoire politique camerounaise comme un homme aux deux visages : réformateur technocrate d'un côté, acteur d'un système prompt à confondre bien public et intérêt privé de l'autre. Sa mort rouvre une question que le Cameroun, comme beaucoup de ses voisins, n'a pas encore tranchée : comment honorer un serviteur de l'État sans absoudre ses fautes ?

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