CAMEROUN :: Douala : il organise des funérailles pour son chien, cent invités quittent le buffet :: CAMEROON
© Camer.be : Avec Cameroon Tribune | 22 Apr 2026 19:43:15 | 606Une centaine de personnes conviées à un cocktail. Un buffet garni bœuf, poisson, poulet, crudités. Et au moment de passer à table, une révélation qui vide les lieux en quelques minutes. À Bonapriso, quartier huppé de Douala, un homme d'affaires de 58 ans a organisé, lundi dernier, une véritable cérémonie funèbre pour son chien. Résultat : un départ en masse, un policier alerté, et une histoire qui fait désormais le tour de la ville.
Le buffet, la chanson religieuse, et la vérité sur Dick
Hugo W., opérateur économique de 58 ans, bien connu dans les cercles de Bonapriso, a envoyé ses invitations le samedi. Un simple mot : il offrait un cocktail le lundi suivant à son domicile. Quelque cent personnes ont répondu présent : parents, amis, connaissances. Vers 16 heures, la cérémonie s'ouvre. Des chaises sont disposées sous des bâches. La sono diffuse une chanson religieuse. L'atmosphère est solennelle.
Hugo W. prend ensuite la parole. Il remercie ses invités, puis leur expose le motif de la réunion sans détour : « J'ai passé neuf ans avec Dick. Il est décédé il y a un mois. J'ai estimé devoir lui consacrer une célébration de vie. »
Stupeur dans l'assistance. Un cousin lève la main : « Dick, c'est qui dans la famille ? » La réponse tombe : « Bernard, ce n'est pas toi qui dois poser une question pareille. Dick, c'est mon chien, un compagnon de plusieurs années. »
Ce qui suit ressemble à une évacuation ordonnée. « Il fallait nous laisser manger et boire avant de nous dire ça ! », lance Bernard, déjà vers la sortie. Beaucoup l'imitent. Le buffet, lui, reste en grande partie intact.
Un homme, ses chiens, et un deuil pris au sérieux
Pour comprendre cette scène, il faut connaître Hugo W. L'homme est polygame, possède des canidés dans deux foyers : à Bonapriso et à Kotto, dans le cinquième arrondissement de Douala, où réside sa deuxième épouse. Son attachement à ses bêtes est, selon ses proches, sans équivoque. Quand Dick est mort le 19 mars dernier, Hugo W. en a parlé ouvertement autour de lui, comme s'il avait perdu un membre de sa famille. Déclaration confirmée aux policiers venus s'enquérir de la situation : « Le chien mort était comme un fils pour lui. »
Ce n'est pas une posture. C'est une réalité affective de plus en plus documentée dans les contextes urbains africains aisés, où la relation homme-animal domestique tend à se rapprocher des codes émotionnels occidentaux y compris dans les rituels de deuil.
Un policier interpellé, les Esir en alerte
Ce qui a déclenché l'intervention des forces de l'ordre, c'est précisément le spectacle dans la rue : une centaine de personnes quittant un domicile cossu de Bonapriso, visiblement contrariées, avec des réactions qui ont intrigué un fonctionnaire de police de passage. « Pour un chien, on convoque les gens ?! » et « Le décès d'un animal ?! » : ces exclamations, entendues sur le trottoir, ont suffi à motiver une alerte auprès des Esir les Éléments de Sécurisation des Interventions et de la Réponse, unité spécialisée de la police camerounaise.
L'enquête menée sur place a rapidement permis d'établir qu'aucune infraction n'avait été commise. Hugo W. avait agi dans la légalité la plus totale. Il avait simplement omis de préciser, dans ses invitations, que le cocktail était organisé en mémoire de son chien Dick, décédé un mois plus tôt.
Ce que cette histoire dit de nous
L'anecdote va circuler. Elle circule déjà. Entre rires et incompréhension, elle révèle une ligne de fracture culturelle réelle : celle qui sépare les personnes pour qui un animal domestique est un compagnon de vie à part entière, et celles pour qui une telle cérémonie reste, au mieux, incongrue, au pire, une forme d'offense à la hiérarchie du deuil.
À Douala comme ailleurs, la question de la place de l'animal dans la sphère intime des classes aisées est en train d'évoluer. Hugo W. n'a rien inventé : les cérémonies commémoratives pour animaux de compagnie existent depuis longtemps en Europe et en Amérique du Nord. Leur apparition dans les grandes métropoles africaines signe une transformation discrète mais réelle des codes sociaux.
La prochaine invitation d'Hugo W.
Hugo W. n'a manifestement aucun regret. Il a déclaré aux autorités ce qu'il pense, sans ambages : Dick était comme un fils. Ses invités, eux, ont découvert une vérité qu'ils auraient peut-être préféré connaître avant d'arriver.
La leçon de cette soirée ? Quand un homme de 58 ans vous convie à un cocktail sans en préciser le motif, il est peut-être utile de poser la question. Certains événements se révèlent bien différents de ce qu'on anticipait et les buffets les mieux garnis ne compensent pas toujours la surprise.
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