CAMEROUN :: 1982–2026 mémoire politique et exigence de cohérence : Réponse de Maurice Djiongo à Grégoire Owona :: CAMEROON
© Correspondance : Maurice Djiongo , Écrivain philosophe, Inspecteur pédagogique à la retraite, Leader enseignant | 15 Apr 2026 08:55:24 | 2568La récente sortie de Grégoire Owona, au sujet de Maurice Kamto et de la réforme constitutionnelle instaurant la Vice-Présidence, appelle une réflexion qui dépasse les clivages partisans. Intitulée autour de « l’art d’oublier », cette prise de position a le mérite d’ouvrir un débat utile. Elle invite surtout à une interrogation simple : qui, dans cette affaire, oublie réellement… et quoi ? Car en matière de mémoire politique, l’oubli est rarement unilatéral.
S’il est courant, en politique, de souligner les contradictions de l’adversaire, il est tout aussi essentiel de ne pas laisser la polémique occulter les faits historiques et doctrinaux qui fondent notre République.
Monsieur le Ministre invoque la « sérénité » de la passation de témoin de 1982 comme un modèle. Or, l’analyse impose une précision : la sérénité n’est pas un concept figé ; elle évolue avec les institutions qui la portent.
1. Le piège de l’anachronisme : le « monolithisme » dépassé
Évoquer 1982 comme une référence pour justifier une succession par nomination en 2026 relève d’un raccourci historique discutable. En 1982, le Cameroun évoluait sous le régime du parti unique.La compétition politique était inexistante et le débat contradictoire structuré n’avait pas droit de cité. Il est utile de rappeler que Paul Biya lui-même, lors de la transformation de l’UNC en RDPC, a qualifié ce système de « monolithique », dénonçant un modèle où les décisions se prenaient de manière centralisée.
Dans ce cadre, la « sérénité » de 1982 n’était pas le fruit d’un consensus démocratique,mais la conséquence d’un système sans alternative structurée. Depuis 1990, le Cameroun a fait le choix du multipartisme.
Ce qui était acceptable dans un système fermé ne peut plus servir de référence dans un système ouvert.
2. Paul Biya face à Paul Biya : le rejet du « dauphinat »
En 2007, lors d’une interview accordée à France 24, Paul Biya déclarait : « Le mot dauphin résonne mal dans une République. » Il rappelait ainsi qu’en démocratie, le pouvoir ne se délègue pas par affinité, il se conquiert par les urnes.
Dès lors, une question se pose : en instituant un Vice-Président nommé, appelé à terminer un mandat sans passer devant le suffrage universel, ne fragilise-t-on pas cette exigence de légitimité populaire ? Une succession ne se désigne pas dans le secret d’un cabinet ;elle se décide dans le secret de l’isoloir.
3. La cohérence doctrinale à l’épreuve
Dans Pour le libéralisme communautaire, Paul Biya esquissait les contours d’un État moderne, fondé sur des institutions fortes et sur le dépassement des logiques de personnalisation du pouvoir. L’ambition était claire : passer d’un pouvoir incarné par un homme à un pouvoir porté par des règles impersonnelles et durables.
La perspective d’une succession organisée par nomination semble s’écarter de cet idéal. Le pouvoir ne devrait pas être un héritage transmis, mais une responsabilité confiée par le peuple.
Conclusion : pour une sérénité démocratique réelle
La mémoire politique ne peut être partielle. On ne peut invoquer 1982 sans rappeler 1990. On ne peut défendre la stabilité sans interroger ses conditions. On ne peut invoquer la doctrine sans en assumer toutes les implications.
Monsieur le Ministre évoque la « mémoire sélective ». Mais la mémoire est un exercice complet. La véritable sérénité démocratique ne consiste pas à éviter le débat en le verrouillant, elle consiste à lui donner un cadre équitable et pleinement assumé. Car, au fond, la question n’est pas de savoir qui a oublié.
Elle est de savoir si nous voulons une République de désignation… ou une République de choix. Une République ne se mesure pas à sa capacité à éviter le choix… mais à sa capacité à l’organiser.
Maurice Djiongo : parcours d’un inspecteur pédagogique engagé pour la communauté éducative
Inspecteur pédagogique régional à la retraite, Maurice Djiongo est l’une des voix issues de l’enseignement technique qui interrogent la place de l’école et de l’enseignant dans la société camerounaise, dans le contexte des débats apparus après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025.
Du terrain à l’encadrement pédagogique
Titulaire d’un baccalauréat C, Maurice Djiongo s’oriente vers l’enseignement technique.
Il se forme en électrotechnique à l’ENSET de Douala. Il exerce comme enseignant dans plusieurs établissements. Il accède ensuite aux fonctions d’inspecteur pédagogique régional. Sa carrière est principalement consacrée à l’accompagnement des enseignants et à l’analyse des pratiques professionnelles. Cette double expérience — terrain et encadrement — façonne durablement sa vision de l’école.
Une philosophie ancrée dans le réel
Au-delà de la pédagogie, Maurice Djiongo développe une démarche de philosophie appliquée. Il mobilise notamment les outils de l’approche par les compétences pour relier idées et réalités sociales. « Aucun enseignement théorique ne peut rester suspendu hors du réel, pas plus qu’aucune pratique ne peut se passer d’un ancrage conceptuel solide. »
Changer le Cameroun par la philosophie
Cette orientation s’exprime dans son essai publié en 2017, Changer le Cameroun par la philosophie : du tribalisme à l’émergence. L’ouvrage pose une question centrale : à quoi sert la philosophie dans la vie quotidienne ?
Pour y répondre, l’auteur relie des situations sociales concrètes, comme le tribalisme, à des concepts philosophiques liés au rapport à autrui et au conflit de conscience. « La philosophie doit cesser d’être cet avion qui n’atterrit jamais. »
Engagement civique et débats enseignants
Après l’élection présidentielle de 2025, Maurice Djiongo s’engage dans l’espace civique à travers OS POLITICS. Cet incubateur politique est porté par l’ENSET Old Students Association (EOSA). L’initiative vise à structurer l’engagement citoyen des enseignants et cadres de l’éducation. Les travaux menés ont abouti à un projet politique structuré, ayant trouvé un écho auprès de certains acteurs politiques, dont Issa Tchiroma Bakary. Ce processus a également mis en lumière des débats internes au corps enseignant sur la neutralité, l’autorité et le rôle social de l’enseignant.
Une parole de recul
Aujourd’hui à la retraite, Maurice Djiongo revendique une parole de recul.
Il rappelle l’importance de la neutralité pédagogique dans la salle de classe. Mais il estime que l’enseignant demeure, en dehors de l’école, un acteur responsable de la communauté éducative, appelée depuis la loi d’orientation de 1998 à participer à la définition des finalités de l’éducation.
Repères bio-bibliographiques
Maurice Djiongo est inspecteur pédagogique régional à la retraite.
Titulaire d’un baccalauréat C, formé en électrotechnique à l’ENSET de Douala, il a exercé comme enseignant puis comme cadre d’encadrement pédagogique.
Il est l’auteur de Changer le Cameroun par la philosophie : du tribalisme à l’émergence (2017).
Maurice Djiongo
Écrivain philosophe
Inspecteur pédagogique à la retraite
Leader enseignant
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