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FRANCE :: Espaly-Saint-Marcel :un homme tire à la carabine sur des enfants après des années de racisme signalé

Dix enfants de 6 à 11 ans. Une carabine à plomb. Un homme de 65 ans. Et des années d'alertes ignorées. L'agression du 19 avril à Espaly-Saint-Marcel en Haute-Loire n'est pas un accident. C'est l'aboutissement prévisible d'un racisme signalé, structuré, et institutionnellement toléré.

Ce qui s'est passé le dimanche 19 avril

Dans l'après-midi du dimanche 19 avril, un groupe d'une dizaine d'enfants âgés de 6 à 11 ans jouait au pied d'un lotissement du quartier de l'Arbousset, dans la commune d'Espaly-Saint-Marcel, Haute-Loire, environ 3 500 habitants. Un homme de 65 ans est sorti avec une carabine à plomb et a chargé les enfants. Un tir a atteint le mollet d'un garçon de 10 ans.

Une voisine, alertée par les cris "Il nous tire dessus !" a recueilli les enfants en fuite et prévenu la police. Le tireur a été placé en garde à vue. Il a reconnu être sorti avec son arme mais affirme avoir voulu "tirer en l'air" et parle d'un accident. Le parquet du Puy-en-Velay indique qu'un seul enfant affirme avoir été visé directement, et qu'aucun témoin n'a, devant les autorités, rapporté de propos racistes.

Un profil documenté, des signaux ignorés depuis des années

Le racisme à Espaly-Saint-Marcel ne date pas du 19 avril. Il est ancien, structuré et connu de tous dans le quartier. Le mis en cause aurait déclaré dans une vidéo consultée par le journal Le Progrès : "Je suis raciste et je suis fier d'être raciste." Une voisine témoigne qu'il l'insulte régulièrement avec des termes déshumanisants en raison de sa couleur de peau. Son fils de 8 ans aurait subi des violences physiques répétées jets de bâtons, injures racistes.

La veille de l'attaque, le même tireur aurait annoncé explicitement son intention devant témoins : "Je vais tirer sur les petits noirs." Ce propos est rapporté par une habitante du quartier à l'Éveil de la Haute-Loire. Un enfant de 3 ans aurait été frappé avec un bout de bois il y a trois ans en raison de ses origines. L'été précédent, le mis en cause avait retiré le banc du lotissement pour empêcher les résidents racisés de s'y asseoir.

La passivité institutionnelle comme facteur d'escalade

La passivité institutionnelle face au racisme se définit comme l'incapacité ou le refus des autorités compétentes d'agir face à des signaux répétés et documentés de violences ou d'intimidations à caractère raciste, jusqu'à ce qu'un passage à l'acte grave force leur intervention.

À Espaly-Saint-Marcel, ce mécanisme est parfaitement lisible. La veille de l'attaque, une voisine s'est rendue au commissariat du Puy-en-Velay pour déposer une plainte pour injures racistes. Elle a été renvoyée à la semaine suivante, faute d'effectifs suffisants le week-end. La mairie avait été saisie de témoignages multiples. La maire, Christiane Mosnier, divers droite, a déclaré préférer attendre "d'avoir tous les éléments" et a ajouté : "Je ne sais pas s'il insulte plus les gens de couleur que les Blancs. Pour moi, c'est une personne compliquée avec tout le monde." Une procédure de relogement avait été engagée "ça prend du temps", a-t-elle justifié. Trop de temps.

Dès le lundi suivant l'attaque, le tireur avait regagné son domicile.

Impunité perçue et normalisation de la violence raciste

La qualification judiciaire des faits sera déterminante. Si la violence raciste sur mineurs n'est pas reconnue comme telle dans le dossier, mais réduite à un simple acte de violence avec arme, la décision enverra un signal clair aux victimes et aux communautés racisées : le racisme explicite ne constitue pas une circonstance aggravante effective en pratique.

Pour les habitants du quartier de l'Arbousset, la question du relogement du mis en cause et des garanties de sécurité pour les familles restera un enjeu immédiat.

Cet incident s'inscrit dans un contexte de montée des violences racistes en France documentée par les associations et les statistiques du ministère de l'Intérieur. La fascisation d'une partie du discours politique et médiatique, citée comme facteur aggravant par des habitants, crée un environnement dans lequel des individus aux convictions racistes se sentent légitimés à passer à l'acte. Sans réponse judiciaire ferme et sans révision des protocoles de traitement des plaintes pour racisme, le cycle se reproduira.

Espaly-Saint-Marcel : quand l'annonce du crime ne suffit pas à déclencher l'action

La veille, il avait dit qu'il tirerait. Le lendemain, il a tiré. Une plainte avait été renvoyée à plus tard. La mairie attendait "les éléments". Un enfant a été touché. La question qui reste sans réponse satisfaisante est celle-ci : combien d'alertes, de témoignages, de plaintes et d'années de harcèlement raciste faut-il en France pour déclencher une intervention préventive ?

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