Congrès du Parlement camerounais : Paul Biya convoque une révision constitutionnelle explosive :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 01 Apr 2026 16:41:27 | 1450Une Constitution modifiée en quatre jours
Le 2 avril 2026, le Parlement camerounais se réunit en congrès à Yaoundé sur initiative de Paul Biya. À l'ordre du jour : une révision constitutionnelle portant sur les mandats électifs et l'introduction possible d'un poste de vice-président. L'adoption est attendue le 5 avril à 16 heures.
Qui convoque, quoi, quand
C'est le président de l'Assemblée nationale, Théodore Datouo, qui a lancé la convocation du congrès. La session extraordinaire réunit les deux chambres Assemblée nationale et Sénat au Palais des verres de Ngoa Ekelle à Yaoundé.
Le calendrier est précis. Séance solennelle d'ouverture le 2 avril à 10 heures. Conférence des présidents. Travaux en commission spéciale de trente membres, quinze issus de chaque chambre. Sessions les 3 et 4 avril. Séance plénière d'adoption prévue le dimanche 5 avril à 16 heures.
L'ordre du jour officiel n'a pas été publié au moment des premières informations, mais les sources concordent : le texte initié par Paul Biya porte modification de la Constitution de la République du Cameroun.
Ce que le texte contient réellement
Deux dispositions structurent le projet soumis au congrès. La première concerne la durée et les modalités des mandats des députés et conseillers municipaux, récemment prorogés. Il s'agit de consolider dans la Constitution ce qui a déjà été appliqué sur le terrain électoral.
La seconde disposition est politiquement plus chargée : l'introduction d'un poste de vice-président. Ce sujet cristallise les spéculations depuis des années au Cameroun. Il touche directement à la question de la succession présidentielle et à l'organisation future du pouvoir exécutif.
Ces deux éléments combinés font de ce congrès un moment de bascule institutionnelle potentielle, bien au-delà d'une simple révision technique.
Le mécanisme constitutionnel en jeu
La révision constitutionnelle au Cameroun se définit comme une modification formelle de la loi fondamentale, soumise soit à référendum populaire, soit au Parlement réuni en congrès. L'article 63 de la Constitution fixe les règles : en cas de congrès, l'adoption requiert la majorité des deux tiers des membres.
Avec une large majorité du RDPC dans les deux chambres, l'adoption du texte présenté par Paul Biya est mathématiquement acquise. Ce n'est pas une hypothèse. C'est une certitude arithmétique.
Ce qui reste incertain, c'est l'intensité des débats. Le 31 mars, lors de l'examen d'un texte sur le code électoral déjà lié à la prorogation des mandats municipaux la séance avait tourné à l'affrontement. L'opposition avait exigé l'intégration de ses amendements, certains députés dénonçant une mainmise excessive de l'exécutif sur le calendrier électoral camerounais. La séance avait été reportée sine die.
Ce que ce congrès engage à court et long terme
À court terme, dans les semaines suivant l'adoption, les dispositions constitutionnalisées sur les mandats produiront des effets directs sur l'organisation des prochaines élections locales. La prorogation déjà appliquée en pratique sera désormais ancrée dans le texte fondamental.
L'introduction d'un vice-président au Cameroun, si elle est confirmée, modifie structurellement la ligne de succession. Elle répond à une interrogation que l'opposition, la société civile et les observateurs internationaux posent depuis des années : qui succède à Paul Biya, et dans quel cadre constitutionnel ?
À long terme, sur trois à cinq ans, ce congrès s'inscrit dans une séquence de verrouillage institutionnel progressif. Chaque modification constitutionnelle adoptée par un Parlement à majorité mécanique renforce la position de l'exécutif et réduit l'espace de contestation légale de l'opposition. Le précédent du 31 mars séance houleuse, report sine die montre que la résistance existe. Elle reste cependant sans levier majoritaire.
La Constitution comme outil, pas comme limite
Le congrès du Parlement camerounais du 2 au 5 avril 2026 n'est pas une formalité administrative. C'est un acte politique majeur, exécuté dans un calendrier resserré, avec un résultat final prévisible mais des débats potentiellement révélateurs.
La vraie question que pose cette session extraordinaire n'est pas de savoir si le texte sera adopté. Il le sera. Elle est de savoir ce que l'opposition fera de cette séquence : simple protestation de couloir, ou construction d'un argumentaire constitutionnel durable face à une majorité qui réécrit les règles à sa convenance ?
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