Confiscation du pouvoir au Cameroun : l’appel du Pr Aba’a Oyono à une opposition en alerte :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 25 Mar 2026 18:02:11 | 1113L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 a laissé des traces indélébiles
L’universitaire Jean Calvin Aba’a Oyono livre une analyse sans concession du processus électoral camerounais. Selon lui, la confiscation du pouvoir suit un dessein méthodique. Le peuple, qui possède des droits inaliénables selon la Constitution, se heurte à une mécanique qui vide le suffrage de sa substance.
Une élection présidentielle et des séquelles persistantes
L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 constitue le point de départ de cette analyse. Jean Calvin Aba’a Oyono, professeur et observateur de la vie politique, dresse un constat alarmant. La ferveur populaire observée en amont du scrutin n’a pas survécu à la réalité du processus. Tentatives d’enlèvement de candidats, encerclement militaire de figures de l’opposition, proclamation de résultats déconnectés des urnes, emprisonnements massifs de soutiens réels ou supposés : la séquence électorale a été marquée par ce que l’auteur nomme une « purge incroyable et loufoque ».
Le processus électoral camerounais révèle, selon cette analyse, une discrimination structurelle. L’élection des conseillers municipaux, préalable nécessaire aux régionales, a été différée. Ce report a mécaniquement privé l’opposition, alors en dynamique ascendante, de la possibilité de remporter les sièges aux élections régionales. Les grands électeurs, issus d’organes acquis au pouvoir, ont bénéficié d’un boulevard pour verrouiller la sphère du commandement.
La peur comme outil de gouvernance
La gouvernance par la peur se définit comme un mode d’administration qui substitue la coercition au consentement. Aba’a Oyono identifie ce mécanisme au cœur du système camerounais. La peur quasi-viscérale instillée dans les esprits explique, selon lui, le silence des universitaires longtemps tétanisés, le musellement des voix dissonantes, et la répression violente des contestataires par tirs à balles réelles.
La deuxième prorogation du mandat des députés à l’Assemblée nationale s’inscrit dans cette logique. Le pouvoir, ayant peur d’affronter la transparence des urnes, préfère geler les échéances. La prorogation du mandat devient alors un instrument de confiscation. L’auteur parle de « règne sans partage » et de « tentation au pouvoir à sens unique ».
L’hibernation politique
L’opposition, privée d’échéances électorales proches, se trouve mise en berne. Le mécanisme est simple : sans scrutin à l’horizon, la dynamique partisane s’éteint. Les électeurs se détournent du jeu démocratique. Le pouvoir, resté seul dans l’arène, se déploie sans entrave. Aba’a Oyono parle de « paralysie stratégiquement programmée des partis politiques de l’opposition ».
Ce piège, qualifié de « ruse coutumière », vise à endormir les forces vives. L’opposition camerounaise risque l’hibernation si elle se laisse enfermer dans ce calendrier imposé. La stratégie du pouvoir consiste à laisser s’estomper la « ferveur de la bourrasque » née de la mobilisation d’octobre 2025. Le report électoral n’est pas une contingence technique : c’est une arme.
Une opposition à réinventer ou à étouffer
L’absence d’échéances électorales immédiates fragilise les structures partisanes. Les partis d’opposition, privés de perspective de scrutin, peinent à maintenir leur vivier militant. Le risque de démobilisation est élevé. Le pouvoir capitalise sur ce vide pour consolider son emprise institutionnelle, notamment par le maintien de mandats prorogés.
Si l’opposition ne sort pas de cette « paralysie programmée », la confiscation du pouvoir risque de devenir irréversible. Les reports électoraux successifs, combinés à la prorogation des mandats, créent un précédent dangereux. La crédibilité du système électoral camerounais s’effondrerait définitivement, avec des conséquences sur la stabilité du pays et sa relation avec les partenaires internationaux.
L’opposition saura-t-elle éviter le piège de l’hibernation ?
Le professeur Aba’a Oyono invite les partis politiques à briser le calendrier imposé. « Un parti politique n’a guère vocation à exister à l’approche des échéances électorales », écrit-il. La formule inverse est un avertissement : attendre la veille des scrutins pour se remobiliser, c’est courir à l’échec. Reste à savoir si la leçon sera entendue.
LE DESSIN DU DESSEIN DE LA CONFISCATION DU POUVOIR
1 - La remarquable élection présidentielle du 12 octobre 2025 laissera
des traces indélébiles au fronton du très fragile édifice national. On va à la conquête des suffrages à l'effet de construire une démocratie solide.Choisir librement son destin relève d'une prérogative constitutionnellement dévolue au peuple. La Constitution proclame, en effet, que « le peuple camerounais... possède des droits inaliénables et sacrés ». Nul, qui qu'il soit, ne saurait par conséquent y déroger ou porter atteinte à la liberté du peuple de choisir son dirigeant, sauf disposition contraire et expresse fixée par la Constitution.
2 - L'inédite ferveur populaire vécue en octobre 2025 en avait été la patente manifestation en amont du processus électoral. Elle n'a cependant été que de courte durée ou de façade. Les ingrédients des frisson et péril démocratiques sont légion. Tentative d'enlèvement puis encerclement manu militari du candidat de l’Union Pour le Changement, kidnapping de ses soutiens de poids, proclamation problématique des gains électoraux sans lien avec la réalité des urnes, embastillement massif puis purge incroyable et loufoque des partisans réels ou supposés de l’opposition, caporalisation des poches potentielles de résistance à l’oppression et avant-gardistes, à l’image des universitaires longtemps tétanisés, musellement de toutes les voix dissonantes, tirs à balles réelles observables sur les contestataires, lassitude généralisée et incapacité évidente du pouvoir à imprimer une lisibilité de gouvernance utile rythment la séquence de l’effondrement de notre système voulu démocratique par la Constitution. La gouvernance par la peur quasi-viscérale, instillée dans les esprits, en est l’explication, du drame sociétal en l’occurrence.
3 - La discrimination captée dans le processus électoral n'est pas un fait anodin. L’élection des conseillers municipaux, qui devait se tenir avant celle des conseillers régionaux, a été différée. L'opposition, ayant le vent dans les voiles, a ainsi été mécaniquement empêchée de rafler les sièges aux régionales. Les grands électeurs, constitués des organes foncièrement acquis au pouvoir, avaient, ce faisant, un boulevard ouvert à la confiscation de la sphère du commandement politique. Et voilà que la deuxième prorogation du mandat des députés à l'Assemblée Nationale refait surface. Le règne sans partage du pouvoir, tel un dessin à l’encre indélébile au tableau, heurte la vue panoramique de notre démocratie en panne. A quoi peut raisonnablement tenir cet ancrage de la tentation au pouvoir à sens unique ? Le dessein à double détente mérite d’être clarifié.
4 - Le ras-le-bol généralisé contre notre gouvernance quasi-éternitaire a laissé, sur les cendres encore fumantes, des séquelles d'un engagement déterminé au changement. Et la température, somme toute chauffante, est loin d'être refroidie. Les électeurs.trices ont livré une féroce bataille qui a ébranlé fortement les fondements du pouvoir. À l'occasion de l'élection présidentielle de l'an dernier, le peuple du changement, vent debout, a voté massivement contre l'establishment. La virulente répression comme réponse à des manifestations contre la vérité des urnes est le signe révélateur de l'effondrement du système gouvernant.
On en tire, dès lors, le ressort du différé ou report électoral. Organiser une nouvelle élection législative, en ce temps perdurant du désir d’en découdre, constitue un risque certain de déculottée au scrutin. L'instinct grégaire de conservation fonde et déclenche la retenue du pouvoir.
Laisser s'estomper la ferveur de la bourrasque participe de cette clé de lecture. Il ne faudrait pas se voiler la face. Car, sous le bénéfice de ce qui précède, le pouvoir a peur d'affronter la transparence des urnes dans l'immédiat. La fraude électorale innerve son logiciel démocratique.
5 - L'effet corrélatif du report électoral impacte la vie des partis politiques de l'opposition. Celle-ci est mise en berne ou sous le boisseau. En l'absence d'une élection qui pointe à l'horizon proche, la dynamique partisane est inactive. Les électeurs.trices sont forcément détournés du jeu démocratique. Seul dans l'arène, le pouvoir absolument confisqué se déploie sans entrave. La paralysie stratégiquement programmée des partis politiques de l'opposition
caractérise l’objectif tant visé par le pouvoir. Et si l’on se laisse aller à ce jeu malsain de massacre, la confiscation du pouvoir avance allègrement. Il faut éviter le piège subrepticement tendu de l’hibernation des partis de l’opposition.6 – Que convient-il de faire pour contourner ou endiguer cette ruse coutumière du pouvoir en place ? La stratégie est pour le moins aisée à penser. Entretenir, à intervalles réguliers, le flambeau de l'opposition, reste et demeure la parade salvatrice. Un parti politique n'a guère vocation à exister à l'approche des échéances électorales. Il faut bel et bien persister dans la logique de formation politique de son vivier électoral en le maintenant en alerte constante. La sclérose gagne forcément la machine partisane non entretenue. La redémarrer
uniquement à la veille des élections mène à l'échec au terme de la compétition électorale. Il sied d'être proactif. Même en l'absence du jeu électoral, maintenir ses électeurs.trices en état d'alerte fait le lit de l'entraînement préalable aux joutes électorales. Des tournées régionales à la rencontre du sommier politique permettent d'assurer la concentration sur la cible.Professeur Jean Calvin ABA'A OYONO
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